Douze films, le racisme au quotidien
 
Douze courts métrages de 5 mn, sur une idée de d.f.c.r. (dire, faire contre le racisme), produits par Little Bear et JPL Films.

Comment parler du racisme quotidien aux jeunes ? Tel est le propos des initiateurs de ce grand projet de réalisation de courts métrages, diffusés dans un premier temps sur La Cinquième avant de poursuivre leur carrière sur le grand écran en janvier prochain, puis sur les autres chaînes de télévision.
C'est par l'intermédiaire d'un appel à scénarios auprès des 16-26 ans que cette initiative a voulu d'abord sensibiliser les jeunes : en leur donnant la parole, en écoutant leurs idées, en recueillant leurs témoignages.
Près de 500 scénarios ont été reçus en provenance de toute la France. Douze d'entre eux ont été retenus, dont la réalisation a été confiée à des cinéastes confirmés, parmi lesquels Yves Angelo et François Dupeyron, Vincent Lindon, Christophe Otzenberger ou Yamina Benguigui.
Ces petits films, tous aussi différents les uns que les autres, cherchent moins à fustiger le racisme qu'à faire comprendre le mécanisme qui amènent un individu à adopter un comportement ou, plus encore, un autre à en devenir la victime. Par la durée courte imposée à leurs auteurs, chacun d'entre eux sera ainsi un support efficace à une réflexion en classe sur ces attitudes d'exclusion et sur la souffrance endurée.

Poitiers, voiture 11

Réalisé par Yves Angelo et François Dupeyron, d'après un sujet original de Brigitte Paternotte (6 min 40)
Diffusion Jeudi 25 septembre 2003 à 3h50 (H)

  • Résumé
    Un homme prend le train. Une famille de Maghrébins s'est installée à sa place. Malgré les efforts de courtoisie du père, l'homme est désagréable et tient des propos racistes. Il finit par s'assoupir. Ses cauchemars vont devenir réalité !
  • Piste
    On qualifiera la nature du regard que l'auteur de ce film porte sur le personnage raciste de l'histoire : pitié ? ironie ? On analysera plus précisément le sens du plan final (une image arrêtée sur le visage du raciste qui regarde la caméra) pendant que le contrôleur demande symboliquement : " Vous êtes ensemble ? "
  • Niveaux et disciplines
    Éducation civique, ECJS - Collège, lycée

  • Pistes à suivre

    Le mépris
    On relèvera dans l'ensemble des films toutes les marques du mépris affiché à l'égard de l'autre. Les élèves pourront s'exercer à en dresser une typologie.
    On constatera sur l'ensemble des films la dénonciation d'un préjugé récurrent : l'étranger ne sait pas lire, il n'a aucune culture... C'est ce que montre Pas d'histoire : l'automobiliste s'adresse à Ali en lui disant " il " ou "on", jamais "vous", comme s'il ne comprenait pas le français ; puis il rédige le constat amiable à sa place. Dans Cyrano, Marie reçoit de superbes lettres d'amour écrites par un correspondant anonyme qui pourrait se révéler être écrivain (on aura soin d'expliquer le titre du film) ; lorsqu'elle le voit enfin, la jeune fille ne peut concevoir qu'il soit étranger et s'empresse de le confondre avec un marchand de roses. Dans Petits riens, Mohamed se voit refuser la responsabilité du rayon littérature française dans une librairie, et dans Le vigneron français, Samir n'a pas le droit de se montrer à la clientèle parce qu'il est arabe.
    La référence à une culture dominante est une variante du comportement précédent. Il n'y aurait qu'une seule façon de penser le monde, qu'une seule culture valable. Dans Pimprenelle, la grande bourgeoise française ne saurait imaginer une fée autrement que blonde. Dans Tadeus, personne ne sait où est la Tchétchénie. Dans la cantine que décrit Abou à son ami, on traite avec mépris ceux qui ne mangent pas de porc. Le petit garçon de Maman, regarde ! découvre avec émerveillement une jolie femme noire qui le regarde et lui sourit alors que sa mère ne regarde rien ni personne, occupée par son téléphone, son travail, ses amis... La découverte, heureusement, ouvre littéralement les yeux de l'enfant sur la richesse d'autres couleurs, d'autre sons.

    Des points de vue, une argumentation
    On s'exercera, pour chacun des films, à indiquer le point de vue adopté par le récit, ou les changements de points de vue qui interviennent en cours d'histoire. Sont-ils ceux des victimes du racisme ? de racistes (Poitiers, voiture 11) ? de personnages "neutres" (Maman, regarde !) ?
    Chaque film repose sur une argumentation. Comment le destinataire de ce film est-il convaincu ? La thèse soutenue est-elle clairement formulée ? au début ou à la fin ? Les arguments avancés font-ils référence à la raison, au sentiment, au passé, au droit, à la morale... ? Les arguments sont-ils en rapport avec la conclusion ? Sont-ils efficacement organisés ? Le film s'appuie sur un exemple. Est-il emprunté à l'histoire, à la vie quotidienne, à la nature, à l'expérience personnelle... ?

    Les lieux
    Les scénarios s'emploient à montrer le racisme au quotidien, dans des lieux que les spectateurs fréquentent normalement. On pourra les récapituler en proposant là aussi une typologie : les transports, comme le train (Poitiers), le bus (Relou) ; la rue (Pas d'histoire, Petits riens) ; le supermarché (Maman, regarde !) ; les lieux de travail (Le vigneron français, Petits riens), et bien sûr l'école (Lettre à Abou, Mohamed, Tadeus). Selon nos élèves, ces lieux correspondent-ils effectivement aux endroits où l'expression des préjugés est la plus forte ? On cherchera à l'expliquer. Le nombre de films dont l'histoire se situe dans le milieu clairement désigné de la banlieue et des cités ne passera pas inaperçu.
    On constatera par la même occasion que les films s'adressent à des publics différents : enfants, adolescents, adultes. Les lieux peuvent aussi marquer l'opposition des cultures : grande bourgeoisie de la France traditionnaliste (Cyrano, Pimprenelle) ; habitudes et coutumes des familles africaines (Lettre à Abou, Mohamed).
    Les racistes
    Qui sont, dans ces films, les auteurs des comportements racistes ou discriminatoires ? Des "blancs", mais aussi des Maghrébins. Le racisme entre "beurs" et "blacks" est également évoqué dans Lettre à Abou. Mais les préjugés circulent aussi dans la famille du jeune africain.
    Les racistes sont dépeints de manière très diverses dans ces films. À dire vrai, certains d'entre eux ne se l'avouent pas, mais se révèlent capables, malgré eux, de préjugés et de réflexes assimilés à du racisme : n'est-ce pas le cas de la jeune fille de Cyrano, ou de la mère de Maman, regarde ? Ceux-là pourraient malheureusement nous ressembler par bien des aspects. D'autres, conditionnés culturellement, apparaissent sous des traits plus outrés : ils se révèlent caricaturaux. On ne manquera pas d'analyser le contraste entre ces personnages et les victimes de leur ressentiment, notamment dans Poitiers, voiture 11.

    Les victimes
    Les réactions des victimes sont différentes ; certaines, comme Samir (Le vigneron français) ou Soria (Pimprenelle) refuseront de renier leur identité. Mohamed, au contraire regrette d'être noir et souhaite s'appeler Kevin. De même, Ali dit à son petit-fils de se faire oublier, mais ces comportements de renoncement des aînés mènent les jeunes à la délinquance : c'est ce que l'on devine à la fin de Pas d'histoire et dans l'attitude des adolescents de Relou. On demandera aux élèves quel comportement ils auraient adopté s'ils avaient été à la place des personnages : ils évoqueront ainsi les peurs de chacun et les reformuleront pour les dénoncer.

    Le film

    Poitiers, voiture 11
    Réalisé par Yves Angelo et François Dupeyron, d'après un sujet original de Brigitte Paternotte (6 min 40)

    Un homme prend le train. Une famille de Maghrébins s'est installée à sa place. Malgré les efforts de courtoisie du père, l'homme est désagréable et tient des propos racistes. Il finit par s'assoupir. Ses cauchemars vont devenir réalité !
    Piste
    On qualifiera la nature du regard que l'auteur de ce film porte sur le personnage raciste de l'histoire : pitié ? ironie ? On analysera plus précisément le sens du plan final (une image arrêtée sur le visage du raciste qui regarde la caméra) pendant que le contrôleur demande symboliquement : "Vous êtes ensemble ?"

    Pour en savoir plus

    Le Grand Livre contre le racisme, (collectif)
    Rue du Monde, coll. "Grands livres", 1999.
    L'esclavage, la colonisation, l'holocauste, l'immigration, la vie dans les cités, les autres cultures... Un documentaire qui ouvre la réflexion.

    COMBESQUE Marie-Agnès
    Le silence et la haine. Racisme, de l'injure au meurtre
    Syros, coll. "J'accuse", 1997.
    Le récit d'agressions racistes, suivi d'un dossier pour mieux comprendre et agir.

    GEFFARD Patrick, L'oasis d'Aïcha
    Ma famille vient d'Algérie
    Syros, coll. "Les cahiers citoyens", 1998.
    Sur l'émigration, l'intégration et la culture d'origine. Une documentation pour le maître, des fiches élèves.

    LARDY Emmanuel
    Le crime de Cornin Bouchon, Peur de l'autre
    Syros, coll. "Les cahiers citoyens", 1998.
    Sur les préjugés raciaux, les enfants de l'assistance publique... Une documentation pour le maître, des fiches élèves.

    LARDY Emmanuel
    Le chat de Tigali, Intolérance
    Syros, coll. "Les cahiers citoyens", 1998.
    Sur le racisme. Une documentation pour le maître, des fiches élèves.

    Sans l'autre, t'es rien, 20 regards sur le racisme au quotidien
    Mango document, 2000.
    Ce livre, auquel ont participé Gisèle Halimi, Ricardo Montserrat, Khémaïs Chammari, Jacqueline Costa-Lascoux et Danielle Mitterrand, regroupe une vingtaine de scénarios choisis parmi les 500 que l'association d.f.c.r. a reçus.

    Ce dossier a été réalisé par Anne Henriot, professeur de lettres et de cinéma au lycée Eugénie-Cotton de Montreuil, et Loïc Joffredo, professeur d'histoire et de géographie au CNDP.