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INTERVIEW |
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Interview de Waciny Laredj Né à Tlemcen en 1954, Waciny Laredj a été professeur de littérature moderne à l’université d’Alger jusqu’en 1994. Il vit actuellement à Paris, où il enseigne à l’université de Paris-III-Sorbonne Nouvelle. Il est l’auteur d’une dizaine de romans en langue arabe, dont Fleurs d’amandier (éd. Actes Sud, 2001), traduit en français. En mai, paraîtra Les Balcons de la mer du Nord (éd. Actes Sud). |
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Quel parcours conseilleriez-vous pour appréhender
la littérature algérienne de ses écrivains fondateurs
à la jeune génération d’aujourd’hui ?
Waciny Laredj : La littérature algérienne est traversée
par le français, l’arabe et la langue berbère qui s’appuie
sur l’oralité. Toute approche ne prenant pas en compte cette
diversité demeure limitée mais cette richesse n’a pas
été pleinement assumée car la littérature algérienne
reste unie par son "algérianité".
La francophone est traversée par plusieurs courants. De l’école
exotique ou littérature de voyage (1830-1900) , avec Gustave Flaubert,
Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, ensuite les algériansites (1900-1935),
l’école d’Alger (1935-1950) et l’école nationale
( 1950-1962), la littérature de la génération post-indépendance,
avec Albert Camus ou Jean Sénac, ont permis au lecteur algérien
d’accéder à cette double culture. Suivis par Mohammed
Dib, Assia Djebbar, Kateb Yacine, Rachid Boudjedra, Rachid et Yasmina Khadra
. A partir des années 1960, la poésie algérienne de langue
arabe a vu émerger Moufdi Zakaria, Jalwah, A. Rezzagui, Zineb Laouedj,
Fanni Achour et Rachida Khawazem. Les premiers romans algériens de
langue arabe datent de ces années-là, avec Rih al-Janoub
d'Abdelhamid Benhaddouga et l’As de Tahar Wattar. Aujourd’hui,
Khallas djilali, Mustapha Faci, Bagtache Merzac et Boutagine sont à
découvrir.
Quelles sont les thématiques de la littérature
d’aujourd’hui ?
W. L. : La guerre continue de hanter la littérature algérienne.
L’histoire est revisitée à travers des romans comme Nuits
de Strasbourg d’Assia Djebbar, Le Serment des barbares
de Boualem Sansal ou Calamus de Merzac Bagtache. D’autres thèmes,
plus liés au présent, sont venus s’ajouter, comme l’injustice,
la violence, l’amour avec, par exemple, La Vie à l’endroit
de Rachid Boudjedra ou Fetwa de Brahim Saadi.
Gérard Depardieu lisant les Confessions
de Saint-Augustin, le poète Kateb Yacine à la Comédie-Française
, la langue algérienne s’incarne cette année à
travers le spectacle vivant…
W. L. : Gérard Depardieu retournant vers une source berbèro-latine
nous renvoie à notre histoire commune qu’il faut assumer pleinement.
Kateb Yacine à la Comédie-Française, c’est plus
que la reconnaissance d’un écrivain de talent. C’est admettre
que l’histoire change et les hommes aussi. Celui qui était rebelle
contre l’occupant d’hier est à la tête de toute une
génération qui a produit une littérature algérienne
en langue française.
Quel état des lieux pour l’industrie
du livre en Algérie ?
W. L. : Il est difficile de parler aujourd’hui d’industrie
du livre ou de cinéma. Toute l’infrastructure réalisée
après l’indépendance s’est sclérosée
dans un système bureaucratique, géré de manière
catastrophique. Les problèmes de développement, économiques
et politiques, n’ont bien entendu pas facilité non plus la naissance
d’un pole d’édition. Aujourd’hui de petites maisons
d’éditions se débattent. La distribution et la diffusion
sont quasiment nulles. Les charges douanières et les taxes imposées
rendent l’achat du livre impossible. Il est devenu un luxe.
Parlez-nous de votre roman à paraître
Les Balcons de la mer du Nord…
W. L. : C’est un roman d’amour et d’exil. Après
quatre romans sur la situation algérienne des années 90, j’avais
besoin de dire la nouvelle Algérie qui se fait dans la douleur et le
fracas des grandes déceptions. Mais Les Balcons de la mer du Nord
n’est pas seulement un requiem d’une Algérie en pleine
perdition. Il dit la perte de sens, la déception d’une vision
du monde qui n’était qu’utopie éphémère.
Quand la mort n’est que l’expression la plus brutale de nos incapacités
et défaites face à une modernité qui a perdu son sens
initial et libérateur.
Propos recueillis par Laetitia Sellam