L'esclavage

L'avis d'un enseignant : François Durpaire

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François Durpaire

François Durpaire est agrégé et docteur en Histoire. Professeur à la Sorbonne et en lycée dans l'académie de Créteil, il sortira son dernier ouvrage, " France blanche, colère noire " le 11 mai. Il y consacre tout un chapitre à la journée de commémoration, aux programmes scolaires, aux enjeux d'histoire et de mémoire…


- Les programmes scolaires du secondaire permettent-ils aux enseignants d'apporter une vision globale de l'histoire de l'esclavage ?

Non pas vraiment. Même si on l'aborde en classe de 4ème et de 2nde, les programmes et les manuels omettent plusieurs parties de l'histoire et négligent certains points de vue. Par exemple, en seconde, ils n'évoquent que la deuxième abolition de l'esclavage et ne parlent de la traite négrière que d'un point de vue économique et non humain. Il faudrait que le programme d'histoire commence par la naissance de l'esclavage pour ensuite parler de l'abolition, qu'il présente au moins une cohérence chronologique. le problème ne vient pas seulement des programmes mais de la nécessaire sensibilisation des enseignants.

- Les enseignants sont-ils assez sensibilisés au thème de l'esclavage pour l'aborder en classe ?

Globalement les connaissances ne sont pas suffisantes car très peu d'enseignants ont eu ces périodes à étudier durant leur cursus universitaire. Ils ne sont pas censés tout savoir mais doivent néanmoins continuer à se former. L'institution, quant à elle, doit les accompagner et leur fournir les outils nécessaires pour cela. On pourrait tout à fait envisager, comme le suggère le rapport du CPME (Comité pour la Mémoire de l'Esclavage) que certains professeurs, qui connaissent bien cette problématique, puissent encadrer leurs collègues durant des stages.

- Depuis la remise au premier ministre du rapport du CPME, les choses ont-elles évolué?

En première réponse à ce rapport, un bulletin officiel de l’Education Nationale paraissait en novembre 2005 préconisant l’adoption d’une approche pluri-disciplinaire et transversale de cet enseignement. Par ailleurs, nous sommes aujourd’hui dans une période de recensement des outils pédagogiques existants à laquelle succèdera la phase de mise en place. Mais il est certain que nous ne disposons pas pour l’instant des outils d’accompagnement nécessaires. Enfin, comme le souligne le CPME, la recherche détient une place centrale. On ne pourra pas durablement enseigner cette histoire si la recherche n’avance pas. La création d’un laboratoire inter-universitaire de recherche sur la traite est une proposition intéressante qu’il faut développer en suggérant la création d’un département de recherche et de documentation au sein de chaque université.

- Quelle va être l'impact de la journée nationale de commémoration nationale sur le monde scolaire ?

Tout dépend du nombre d’actions qui vont être lancées par les écoles à cette occasion. Il faut garder à l’esprit que le temps scolaire est particulier et la définition récente, en janvier 2006, de la date de commémoration (le 10 mai) ne laissait que très peu de temps aux enseignants pour développer un projet. Par ailleurs, le temps scolaire et le temps de commémoration sont deux choses différentes, il ne faut pas que ce dernier se substitue au devoir d’enseignement. Par exemple, on n'attend pas le 8 mai pour étudier la seconde guerre mondiale et on ne fait pas nécessairement coïncider l'étude de la première guerre mondiale avec la période du 11 novembre. C'est le respect de la chronologie qui prime.