Averroès développe
une pensée philosophique originale, qui reste d’ailleurs
assez méconnue en Islam. S’opposant à
Avicenne, il refuse l’idée d’un Etre
nécessaire par soi et fait de Dieu l’Agent
de l’univers, présent au monde physique qu’il
régit. « On ne peut séparer essence
et existence… » « Dieu est présent
au monde physique, mais n’en est pas moins transcendant..
»
Pour lui, deux voies d’accès s’ouvrent
à la recherche de la vérité : celle
du philosophe : de la raison, et celle du prophète
: de la révélation.
Il exclut l’existence de deux vérités,
l’une destinée au commun, l’autre aux
esprits éclairés, pour admettre au contraire
l’existence de deux aspects d’une même
vérité. En cela, il est proche d’al-Farabi.
C’est en tant que « grand commentateur d’Aristote
» qu’il aura une postériorité
célèbre en Occident médiéval
: en effet, c’est à travers ses traductions
en Latin que les professeurs et étudiants de la montagne
Sainte-Geneviève, d’Oxford, de Bologne, et
de Louvain découvriront et étudieront Aristote
– dont ils n’avaient pas les textes originaux
- pendant plus d’un siècle.
L’ « Averroïsme latin » avait une
telle présence en Occident chrétien, que Thomas
d’Aquin (+ 1274), pour lutter contre son influence,
écrira « contra Averroïstem » pour
donner aux étudiants une lecture chrétienne
d’Aristote.
A la fin de sa vie Averroès, victime de juristes
orthodoxes cordouans, est exilé, et ses œuvres
philosophiques sont brûlées.
Son protecteur al-Mansour, souverain de Cordoue, le fera
réhabiliter. Mais Averroès meurt à
Marrakech, d’où son corps sera rapatrié
dans sa ville natale.