Regards sur la couleur
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Pigments et peinture
La nature qui nous entoure foisonne d'une variété de couleurs luxuriantes. Baignant dans cet univers coloré, l'homme n’a eu de cesse de trouver des matériaux capables de générer la couleur d'une façon durable dans son décor quotidien.
 
Peinture Histoire des pigments et des terres
 

En peinture, ce sont les émotions et les associations d'idées qui ont prévalu. Le rouge est plus ou moins consciemment lié au feu, à la lumière... et donc à la chaleur. A l'inverse, le bleu rappelle l'eau, la nuit, et donc le froid. Il est d'ailleurs courant pour un peintre de préférer une palette de rouge et de jaune pour des tableaux de fête et de joie, et de réserver les verts et les bleus pour des atmosphères plus intimistes.

Echantillons de pigments ocres - © C2RMF - Daniel Vigeard

Palette des ocres de Roussillon-Provence
© C2RMF -Daniel Vigeard

Les pigments naturels, utilisés dans la peinture pour produire la sensation de couleur, sont issus des trois règnes. Ils peuvent ainsi être d'origine animale, tel le rouge de cochenille (insecte parasite des plantes) ou la pourpre de murex (coquillage méditerranéen), ou d'origine végétale, comme l'indigo ou la garance, ou encore d'origine minérale, le vert de malachite ou les ocres par exemple. S'il leur arrivait de se servir de pigments d'origine animale ou végétale sous forme de laques colorées, les peintres privilégiaient surtout l'utilisation de pigments minéraux, plus stables et beaucoup plus faciles à conserver.

La terre offre généreusement des matériaux tels que l'ocre jaune ou l’ocre rouge, le lapis-lazuli, le bleu égyptien, les terres vertes (argiles), les craies blanches, le blanc de plomb, le noir de fumée... pour n'en citer que quelques-uns parmi les plus connus. La couleur de la plupart de ces terres naturelles, en particulier les ocres rouges et les ocres jaunes, est due à la présence de fer, métal se trouvant en abondance dans la croûte terrestre.

Grotte de Lascaux - Source : Ministère de la Culture

Grotte de Lascaux - Source : Ministère de la Culture

Les terres colorées ont été employées de tout temps et par toutes les civilisations, de la Préhistoire à la Renaissance, en passant par l'Égypte ancienne, la Grèce antique ou le Moyen Âge, qu'il s’agisse d’orner des corps ou de peindre parois ou toiles. Les couleurs obtenues ainsi sont parfaitement stables et offrent une large gamme de teintes et de luminosité qui permettent d'exprimer toutes les sensibilités.

Si dans l'Antiquité, les peintres se limitaient à l'utilisation de quelques pigments de base, ces mélanges offraient déjà de très nombreuses possibilités de variations de couleur.

Dès le 9ème siècle, la gamme des couleurs disponibles s'élargit, entraînant de notables changements dans les techniques de peinture. Ainsi, la couleur participe de plus en plus pleinement à la perspective du tableau. Les jeux d'ombre et de lumière confèrent à la toile volume et profondeur. Au début du 20ème siècle, certains peintres comme Degas cherchent à développer une palette de tons capable de rendre une luminosité exceptionnelle. Ils s'appuient sur la subtilité du pastel dont la craie est le résultat d'un mélange de pigments. En effet, la lumière qui éclaire un pastel est renvoyée d'une manière parfaitement diffuse. Les nuances les plus délicates peuvent alors être reproduites et des rendus presque vaporeux créés.

Ces terres naturelles, bien qu'extraites de façon artisanale, possèdent une tenue à la lumière et une résistance aux ultraviolets incomparables. Pourtant de nos jours de nombreux pigments naturels ont disparu par épuisement de leurs gisements ou ont été proscrits en raison de leur toxicité pour être remplacés par des colorants de synthèse.