« Après l’école, c’est plus l’école ! »

 

 
Quel parent n’a jamais eu droit à cette cinglante lapalissade, assénée entre deux bâillements voire deux sanglots par un enfant à bout de nerfs devant ses devoirs ou ses gammes de piano? Et de penser qu’il est fort ingrat ce sale rejeton capricieux qui refuse d’apprendre sa récitation ou son solfège alors qu’on se saigne aux quatre veines pour qu’il réussisse dans la vie…
 



Non mais : on l’aide à réciter ses tables, on lui paie des cours de soutien ou des séances d’orthoptie au besoin, on l’inscrit au tennis, on lui offre des leçons de danse et d’anglais, on l’envoie en « vacances éducatives », on lui achète ce qu’il réclame… avec pour seul but de le contenter, de le préparer à affronter le futur, d’en faire une personne aussi brillante qu’accomplie !

Justement : n’est-ce pas trop que tout cela ?

Un gamin de huit ans a-t-il déjà besoin d’avoir un carnet de notes parfait, un curriculum vitae international de cinq pages, un avenir tout tracé ? Son enfance se résume-t-elle à une succession de « classes » d’école, de musique, d’informatique, de langues ? Quid de ses désirs, de sa paresse, de sa fatigue ? À force d’encourager l’élitisme précoce, nos sociétés font disparaître la naïveté naturelle des jeunes pour pousser à la prolifération de petits savants sans âme. Qu’est-ce qui doit inquiéter le plus: qu’un écolier de primaire ne sache pas différencier un Renoir d’un Picasso ou qu’il ne sache pas se divertir seul dans sa chambre ? Après tout, le vrai « boulot » d’un enfant – être un enfant – consiste à grandir tranquillement, à s’amuser, à mener une vie agréable. Les contraintes, les responsabilités, les cadences infernales… viendront bien assez tôt.


Surmenage ?

 


Actuellement, certains pédiatres commencent à se demander si l’hyperactivité infantile ne trouverait pas en partie son origine dans la frénésie parentale à multiplier les occupations… Il ne s’agit pas ici d’accuser les adultes de mal faire, plutôt de se poser cette question : n’est-il pas normal qu’un bout de chou stimulé, guidé, « dirigé » depuis ses deux-trois ans, se sente perdu, abandonné dès que le tempo se ralentit, l’encadrement se desserre ? Alors il s’agite, s’énerve, refuse les tâches longues ou minutieuses. Quelques instituteurs suggèrent même que s’ils sont confrontés à des problèmes de discipline et de comportement c’est moins à cause d’un relâchement des valeurs éducatives qu’à cause d’un surcroît de sollicitation (pour ne pas dire agitation) extérieure. D’où ce paradoxe : l’école ne sert plus de cadre aux apprentissages ; elle se transforme en simple défouloir, n’étant qu’une étape de plus entre le terrain de basket et l’atelier de sculpture… Or, on oublie souvent que le calme, la patience, la concentration s’entretiennent, s’expérimentent, s’assimilent d’abord par le biais des jeux et rêveries solitaires.

Eh oui, horaires de forçats – « 25 h de cours, 4 h d’étude du soir, 2 h de gym, 1 h d’orthophonie, 3 h de guitare, 1 h de piscine, 2 h de compétitions diverses, soit près de 40 h par semaine! » – ou instructions systématiques – « L’herbe se colorie en vert, on se tient droit… » – musellent l’imagination nécessaire à l’autonomie, affadissent le goût des choses, épuisent tant physiquement que psychologiquement. En outre, ils induisent une pression supplémentaire. Toujours mus par cette angoissante envie de plaire à leurs parents, les enfants veulent bien faire, n’osant pas avouer que la capoiera leur pèse, qu’ils ne supportent pas la poterie, que le centre aéré leur donne des cauchemars.

Voilà qui frise « l’esclavagisme » et le « harcèlement moral »… Si on soufflait donc un peu?


 

 


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