Actuellement, certains pédiatres commencent à se demander si l’hyperactivité infantile ne trouverait pas en partie son origine dans la frénésie parentale à multiplier les occupations… Il ne s’agit pas ici d’accuser les adultes de mal faire, plutôt de se poser cette question : n’est-il pas normal qu’un bout de chou stimulé, guidé, « dirigé » depuis ses deux-trois ans, se sente perdu, abandonné dès que le tempo se ralentit, l’encadrement se desserre ? Alors il s’agite,
s’énerve, refuse les tâches longues ou minutieuses. Quelques instituteurs suggèrent même que s’ils sont confrontés à des problèmes de discipline et de comportement c’est moins à cause d’un relâchement des valeurs éducatives qu’à cause d’un surcroît de sollicitation (pour ne pas dire agitation) extérieure. D’où ce paradoxe : l’école ne sert plus de cadre aux apprentissages ; elle se transforme en simple défouloir, n’étant qu’une étape de plus entre le terrain de basket et l’atelier de sculpture… Or, on oublie souvent que le calme, la patience, la concentration s’entretiennent, s’expérimentent, s’assimilent d’abord par le biais des jeux et rêveries solitaires.
Eh oui, horaires de forçats – « 25 h de cours, 4 h d’étude du soir, 2 h de gym, 1 h d’orthophonie, 3 h de guitare, 1 h de piscine, 2 h de compétitions diverses, soit près de 40 h par semaine! » – ou instructions systématiques – « L’herbe se colorie en vert, on se tient droit… » – musellent l’imagination nécessaire à l’autonomie, affadissent le goût des choses, épuisent tant physiquement que psychologiquement. En outre, ils induisent une pression supplémentaire. Toujours mus par cette angoissante envie de plaire à leurs parents, les enfants veulent bien faire, n’osant pas avouer que la capoiera leur pèse, qu’ils ne supportent pas la poterie, que le centre aéré leur donne des cauchemars.
Voilà qui frise « l’esclavagisme » et le « harcèlement moral »… Si on soufflait donc un peu?