LES ENFANTS
EN PANNE DE GRAMMAIRE

 

 



On entend souvent déplorer, un peu rapidement, les lacunes des enfants en français. Faisons le point, en gardant le sens des nuances...

 

 

Ce sont les enseignants de langues qui se plaignent le plus du manque de maîtrise du français. Les professeurs d'allemand mais aussi d'anglais regrettent de ne pas pouvoir se référer aux connaissances de la grammaire française pour expliquer à leurs élèves celle de leur idiome. En sixième, ils s'associent d'ailleurs avec leurs collègues de français pour que les jeunes acquièrent quelques bases solides sur lesquelles s'appuyer. De plus, ils sont forcés d'ouvrir de longues parenthèses pour réexpliquer les règles françaises, ce qui retarde leur propre travail.

Doit-on faire étudier à nos enfants l'allemand et le latin afin de leur inculquer le français ? On commence à se poser la question ! Ce n'est pas que les enfants n'aient jamais entendu parler de grammaire. Ils l'ont étudiée au long du primaire. Néanmoins, toutes les règles n'ont pas été mémorisées. À défaut de les avoir apprises par cœur, de les avoir pratiquées autrement que par de petits exercices d'application lors de la leçon, ils les oublient vite. Depuis des années cependant, nos ministres successifs rappellent régulièrement que le français en primaire doit devenir une priorité. Nouveaux programmes, nouvelles directives… rien n'a l'air de bouger, si on en juge le niveau des entrants au collège. Sylvie, professeur de français est atterrée : « Dans ma classe de 6e, seuls trois élèves maîtrisent à peu près la grammaire française. Les autres ne savent pas différencier un complément d'objet direct d'un complément d'objet indirect. Je suis obligée de refaire des cours sur le pluriel des mots car 90% des élèves ne mettent pas de s au pluriel. Je ne vous parle même pas des pluriels complexes ou des exceptions. Tout est à recommencer!».

Or, les notions simples de grammaire, orthographe et conjugaison, y compris le pluriel, sont abordées dès le CP et revues puis approfondies quasiment tous les ans. Toute la question reste donc de savoir pourquoi il n'y a pas eu de vraie mémorisation. Les hypothèses abondent: manque de pratique, pas assez d'exigences de la part des enseignants, méthodes non efficaces… C'est tout de même bien en primaire que les bases du langage se mettent en place et se retiennent pour toute la vie. Si chaque année il faut reprendre à zéro tous les apprentissages, les adultes de demain ont certes peu de chances de connaître le français !

Évidemment, les méthodes actuelles sont tout à fait différentes de celles utilisées par le passé. Sur certains points, ce n'est pas un mal. Les châtiments corporels ont heureusement disparu – les cas d'instituteurs cassant les règles en bois sur les doigts ou le dos des élèves n'étaient pas rares dans les années 70 – car on ne peut pas apprendre dans un tel climat de tension. D'autant que maintenant les enfants apparaissent beaucoup plus performants à l'oral, plus épanouis… Malheureusement, les apprentissages deviennent plus ludiques, plus diversifiés, n'incitant pas à mémoriser. Le principe qui vise à donner aux élèves les moyens d'apprendre et de réfléchir par eux-mêmes pour comprendre les règles ne leur permet apparemment pas de bien les retenir.

 

 


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