L'orthographe et sa mémorisation demandent un apprentissage long et surtout de l'entraînement. Il faut par conséquent lire, écrire, apprendre par cœur… ce que les enfants font peu. De toute façon, ils pensent que du moment qu'on comprend ce qu'ils écrivent, peu importe comment, cela suffit. D'où une orthographe qui ressemble plus à de la phonétique qu'à du français. À l'image de celle d'Antoine qui, sur sa liste de matériel pour la rentrée de 6e, a écrit: « 2 caillier » – comprenez 2 cahiers…
Pourquoi un jeune ne mémorise-t-il pas les mots qu'il est pourtant amené à voir régulièrement ? Faute de les avoir écrits ? Par manque de concentration? Parce qu'il ne juge pas l'orthographe essentielle? À cause de l'école qui relâche la pression sur l'orthographe ? Parce que cela demande du temps que les enseignants n'ont plus ? L'exercice d'écriture est en effet contraignant : on ne peut pas rédiger sans faute si l'on ne se pose pas des questions à chaque phrase. L'orthographe exacte d'un mot, l'accord, le sens des propositions… tout compte. Il faut plonger dans sa mémoire (et mieux, dans un dictionnaire) pour se rappeler si tel mot prend 2 «r», si tel autre se termine par «ssion» ou «tion», si un verbe reste à l'infinitif. On ne tire pas à
pile ou face! Et à force d'expérience, on se sent plus à l'aise car l'orthographe est mieux comprise. Mais tant que les mots ne sont pas connus, il faut travailler! Se concentrer demeure indispensable. En outre, suivant l'exercice, l'investissement n'est pas le même. Avec la rédaction en classe, ce sont les idées et la mise en forme qui priment. La récitation quant à elle demande un effort de mémorisation. En dictée, c'est l'orthographe et la grammaire qui sont importantes. S'ils ne pratiquent pas tous ces exercices très régulièrement et de façon suffisamment intensive, les élèves passent à côté de l'apprentissage de l’écrit. Les enfants ont beaucoup de mal à maîtriser la langue française et les professeurs s’en désolent. Les parents se disent souvent que ce sont pourtant ces derniers les mieux placés pour y remédier. Toutefois, ils n'ont pas les coudées franches : ils ont des programmes et surtout des méthodes d'enseignement qui sont imposés. Tout débute à l'IUFM et par la suite ils sont forcés de respecter les consignes s'ils ne veulent pas voir leur notation administrative chuter. C'est donc toute l'institution qu'il convient de bouleverser pour que l'apprentissage de la langue écrite redevienne une priorité. Et il n'est pas sûr qu'un seul ministre puisse y parvenir !