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Interview : Claude Baudoin |
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« Favoriser les échanges
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Claude Beaudoin
est coordonnateur du CASNAV (Centre académique
pour la scolarisation des nouveaux arrivants et des enfants
du voyage) de Paris. |
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| Quelles sont les missions
et activités du CASNAV ? |
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Nous nous occupons de l'accueil et de la scolarisation
des publics nouveaux arrivants dans l'Académie. Nous avons
un rôle d'expertise et de conseil auprès de tous les
acteurs de l'intégration : les services académiques,
les partenaires associatifs, les instances locales et régionales.
Notre mission est centrée sur l'information et la formation
autour des questions d'immigration et d'intégration scolaire.
Au CASNAV
de Paris, depuis 2002, nous avons mis en œuvre l’organisation
du « parcours individuel d’intégration
». Le jeune est accueilli à son arrivée en France
et nous le suivons le plus longtemps possible, jusqu'à son
intégration scolaire complète. Une évaluation
initiale de ses compétences en français oral et écrit
évite de faire l'amalgame entre les nouveaux arrivants (statut
juridique et sociologique) et les non-francophones (statut scolaire
et linguistique). Les tests de langue et de mathématiques effectués,
le jeune devient élève et est affecté dans une
classe qui lui convient. |
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| Justement, pouvez-vous nous
présenter brièvement les dispositifs du CASNAV
? |
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Les élèves non-francophones représentent
environ la moitié de notre public. Ces élèves
seront dirigés vers des classes de FLE-I (Français langue
étrangère intensif), avec dix-huit heures de cours par
semaine pendant douze semaines environ. Les élèves complètement
francophones seront directement dirigés vers les classes dites
« banales ». Dans les classes d'accueil de collège,
lycée professionnel et général, le but est d'intégrer
l'élève le plus vite possible dans sa classe de rattachement,
avec un suivi individuel qui se poursuivra pendant une année
sous forme de modules de « Soutien Français Langue de
Scolarisation ». Les CLA-NSA sont destinées
aux élèves non scolarisés antérieurement
en France et dans leur pays d’origine, ne maîtrisant pas
de langue écrite, ni les pratiques scolaires. Si ce type de
public tend à diminuer, nous voyons par contre arriver de plus
en plus d’élèves déscolarisés, victimes
d’une sorte de déstructuration cognitive suite à
une rupture souvent brutale avec leur monde scolaire d’origine.
Cet état se double bien souvent d’une situation sociale
et affective très précaire, en particulier pour les
mineurs isolés.
Depuis 2004, un dispositif expérimental appelé «
Français Langue Etrangère Renforcé »
a été mis en place pour répondre à un
nouveau profil d’élèves en partie francophones,
âgés et de faible niveau scolaire.
Pour les enfants âgés de 5 à 11 ans qui arrivent
en France, la scolarisation se fait dans les classes d'initiation
(CLIN), l’affectation étant du ressort
des mairies d’arrondissement. |
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| Pourquoi la question des
enfants nouvellement arrivés en France est-elle éminemment
européenne ? |
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Dès que les frontières se sont
ouvertes entre les pays d’Europe, les populations immigrées
ont compris que le déplacement entre ces pays devenait plus
aisé; de ce fait, les modalités de l'immigration ont
évolué et nous devons en tenir compte dans nos propres
stratégies de développement en nous adaptant à
ces variations des flux. Que ce soit dans le cadre de projets comme
eLearning qui promeut l'apprentissage de la langue par le multimédia
ou eTwinning qui encourage les échanges entre les élèves
européens, le CASNAV
de Paris cherche à favoriser les rencontres et les échanges
entre les divers acteurs de la scolarisation des élèves
migrants dans l’espace européen. Nous voudrions ainsi
tisser un réseau de partenaires en charge de dispositifs d'accueil
et réfléchir ensemble à l'adaptabilité
des structures, des méthodologies et des pratiques d'un pays
à l'autre, véritable enjeu à mes yeux d’une
politique éducative européenne d’intégration
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Interview : Oliviel Rousselle |
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« Un processus complexe » |
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Olivier Rousselle
a été directeur du FASILD (Fonds
d’action et de soutien pour l’intégration
et la lutte contre les discriminations) jusqu'en octobre 2005.
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| Comment faire pour que les
enfants nouvellement arrivés en France ne soient pas
les oubliés de l’égalité des chances
? |
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D’abord en raccourcissant les délais
de leur prise en charge. Beaucoup d’efforts ont été
faits à ce sujet, mais la situation demeure préoccupante.
Ensuite, en réduisant les incertitudes liées aux différences
de modalités d’évaluation des connaissances des
primo-arrivants selon les académies. Enfin, un éclairage
particulier devrait porter sur les 16 à 18 ans dont l’inscription
dans les dispositifs de formation et d’insertion se heurte à
des problèmes de statuts et de pratiques administratives diverses.
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| L’Éducation
nationale est la principale force d’intégration
pour ces enfants, mais elle ne peut pas accomplir seule cette
mission. En quoi le FASILD peut favoriser leur intégration
? |
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Le rôle intégrateur de l’école
n’est plus à démontrer. Il faut toutefois rappeler
que l’école est aussi importante pour les primo-arrivants
que pour les enfants d’étrangers ou issus de l’immigration.
Considérer l’intégration comme un processus
simple amenant mécaniquement un enfant à l’intégration
par la seule oeuvre de l’école, élément
intégrateur par essence, est un non-sens. Le processus d’intégration
est bien plus complexe et ne peut se réduire à une
équation où la seule inconnue soit l’enfant.
Il questionne aussi bien les individus que la société
dans son ensemble, et donc l’école.
L’obligation de scolarisation des primo-arrivants se heurte
à une série de difficultés malgré la
circulaire du 20 mars 20021. Le FASILD
a publié les résultats d’une recherche à
ce sujet2.
Très prochainement seront aussi publiés les actes
d’un colloque que le FASILD
a organisé à Marseille, avec le ministère de
l’Education nationale, sous le titre « Ecole et
diversité culturelle » qui montre que l’école
n’est pas à l’abri des tensions qui traversent
la société dans son ensemble.
Dès 2001, le FASILD
a signé un accord-cadre avec le ministère de l’Education
nationale qui montre bien l’importance que nous accordons
à la situation des enfants nouvellement arrivés en
France.
En termes de traduction de nos réflexions en actions, le
FASILD
soutient depuis plusieurs années des dispositifs comme ceux
d’Ecole ouverte ou de l’Accompagnement à la scolarité.
Ces dispositifs bénéficient aussi aux élèves
nouvellement arrivés en France.
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1 Relative à la scolarisation des
élèves de nationalité étrangère.
2 “L’accueil à l’école
des élèves primo-arrivants en France”, Documentation
française.
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Comment valoriser les compétences
éducatives
du parent primo-arrivant, qui reporte beaucoup d’attentes
sur ses enfants ?
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Il faut agir en permanence avec et non pas
seulement pour les parents. L’école doit mieux s’ouvrir
à tous les parents particulièrement ceux qui en sont,
théoriquement, les plus éloignés.
Il s’agit d’affirmer clairement ici que tous les parents
surinvestissent dans l’école et attendent d’elle
ce qu’elle ne peut donner toute seule. On ne peut pas essayer
de rapprocher les parents de l’école, et dans le même
temps, les déprécier et les disqualifier. Une enquête
récente auprès de jeunes enseignants issus de l’immigration
montre que la majorité d’entre eux jugent que leur
réussite tient en grande partie au soutien de leurs parents.
Il ne s’agit donc pas de faire à la place des parents
mais de leur faire une place. Il faut imaginer une formule qui accompagne
les parents nouveaux-arrivants dans la compréhension du système
scolaire français, l’orientation, les recours possibles,
bref dans ce qu’ils peuvent en attendre.
Parallèlement, il faut aussi encourager l’implication
des parents primo-arrivants dans les associations de parents d’élèves.
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L’intégration
des enfants nouvellement arrivés en France est une responsabilité
partagée. Que peuvent apporter les étudiants qui
s’engagent bénévolement auprès de
ces enfants et de leurs familles ?
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Le travail de l’afev à ce niveau
est exemplaire et, dans ce sens, soutenu par le FASILD
depuis 1993. Il répond à nos préoccupations
notamment en termes de respect des compétences des parents
primo-arrivants.
Il s’agit d’une relation singulière passant
par l’exemple. Le travail de l’étudiant ne consiste
pas à se substituer à l’enseignant, ni aux parents,
et encore moins à l’élève. Les étudiants
de l’afev, bien formés, peuvent apporter un plus incontestable.
Dans le triangle parents-élèves-école, ils
peuvent jouer un rôle déterminant dans la réussite
scolaire de l’enfant en favorisant le goût d’apprendre.
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