AFEV Dossier 01 - Les enfants nouvellement arrivés en France - Portrait
Les enfants nouvellements arrivés en France
Portrait
 
Puce titre La langue de Cornelia  
  Par Paul Falzon-Monferran  
 
 
À son arrivée en France, la jeune Roumaine ne connaissait pas un mot de français. Après deux ans d’études dans une classe de non-francophones d’un collège de Bobigny, elle se passionne aujourd’hui pour Victor Hugo et Jules Verne.
Récit...
 
Portrait de Cornélia De sa langue d’origine, il ne reste chez Cornelia qu’une légère trace d’accent sur les “r”. Quand cette jeune Roumaine arrive en région parisienne avec sa mère, en 2003, elle ne parle pas du tout français. Elle refuse même de prononcer le moindre mot dans cette langue, alors que ses parents l’ont déjà poussée à lire, essentiellement « des manuels et des livres pour enfants, avec des images », se souvient-elle. Son père, installé en France depuis plusieurs années, pratique couramment la langue, de même que sa mère, qui en a appris les bases dans les mois précédant son arrivée. « Moi, je n’arrivais pas à parler à la maison. J’étais comme bloquée. »
 

Et puis arrive le test organisé dans un centre départemental pour évaluer son niveau de langue, en octobre 2003. « C’étaient des questions faciles, avec des réponses à cocher. Je comprenais bien les exercices. » Quelques semaines après, Cornelia est autorisée à effectuer sa rentrée dans une classe de non-francophones du collège République, à Bobigny (Seine-Saint-Denis). « Le niveau était celui d’une sixième », estime la jeune fille qui a alors une douzaine d’années. « Une jeune Turque est venue discuter avec moi et je me suis mis tout de suite à parler français, sans difficulté ! Je me souviendrai toujours de la tête de mes parents ce soir-là, quand ils m’ont entendue parler français pour la première fois… »
Les cours proposés au collège ressemblent à ceux des classes “traditionnelles” : langues étrangères, arts plastiques, sciences, le tout à un rythme adapté au niveau des élèves… « La difficulté principale était l’apprentissage de l’histoire, très différente de celle de la Roumanie. Surtout que notre professeur parlait beaucoup et écrivait peu, alors que moi, je suis plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral. Il y avait aussi une grande diversité dans les âges des élèves. Mais j’ai toujours vu les plus forts aider les plus faibles », assure Cornelia. En français, les cours portent sur les savoirs de base, comme la conjugaison, souvent par le biais de petites histoires faciles à comprendre. « La plupart des élèves ont vite eu un bon niveau de langue », juge Cornelia, qui se rappelle des cours où certains élèves étaient capables d’écrire des poésies dans leur nouvelle langue. Elle-même a choisi d’emblée de ne plus parler que son français d’adoption, alors que certains de ses camarades, originaires comme elle d’Europe du Sud-Est, ont essayé de lui parler roumain.
Cornelia juge aujourd’hui qu’être scolarisée dans la classe non-francophone l’a surtout aidée à
« gagner de la confiance » pour la suite. À peine trois mois après son arrivée au collège, elle a intégré une cinquième traditionnelle et poursuit avec succès son cursus. Aujourd’hui, elle avoue encore « quelques difficultés en histoire » mais n’exclut pas d’engager des études, elle que ses parents, inquiets de ne pas la voir parler français, voulaient à l’origine envoyer dans une filière courte en informatique. Elle se passionne aussi pour la littérature hexagonale, surtout les romans scientifiques, Victor Hugo et Jules Verne. Cornelia est catégorique : « Ma langue désormais, c'est le français. »

 
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