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De sa langue d’origine,
il ne reste chez Cornelia qu’une légère
trace d’accent sur les “r”. Quand cette jeune
Roumaine arrive en région parisienne avec sa mère,
en 2003, elle ne parle pas du tout français. Elle refuse
même de prononcer le moindre mot dans cette langue, alors
que ses parents l’ont déjà poussée
à lire, essentiellement « des manuels et des
livres pour enfants, avec des images », se souvient-elle.
Son père, installé en France depuis plusieurs
années, pratique couramment la langue, de même
que sa mère, qui en a appris les bases dans les mois
précédant son arrivée. « Moi,
je n’arrivais pas à parler à la maison.
J’étais comme bloquée. » |
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Et puis arrive le test organisé dans
un centre départemental pour évaluer son niveau de
langue, en octobre 2003. « C’étaient des
questions faciles, avec des réponses à cocher. Je
comprenais bien les exercices. » Quelques semaines après,
Cornelia est autorisée à effectuer sa rentrée
dans une classe de non-francophones du collège République,
à Bobigny (Seine-Saint-Denis). « Le niveau était
celui d’une sixième », estime la jeune fille
qui a alors une douzaine d’années. « Une
jeune Turque est venue discuter avec moi et je me suis mis tout
de suite à parler français, sans difficulté
! Je me souviendrai toujours de la tête de mes parents ce
soir-là, quand ils m’ont entendue parler français
pour la première fois… »
Les cours proposés au collège ressemblent à
ceux des classes “traditionnelles” : langues
étrangères, arts plastiques, sciences, le tout à
un rythme adapté au niveau des élèves…
« La difficulté principale était l’apprentissage
de l’histoire, très différente de celle de la
Roumanie. Surtout que notre professeur parlait beaucoup et écrivait
peu, alors que moi, je suis plus à l’aise à
l’écrit qu’à l’oral. Il y avait
aussi une grande diversité dans les âges des élèves.
Mais j’ai toujours vu les plus forts aider les plus faibles
», assure Cornelia. En français, les cours portent
sur les savoirs de base, comme la conjugaison, souvent par le biais
de petites histoires faciles à comprendre. « La plupart
des élèves ont vite eu un bon niveau de langue
», juge Cornelia, qui se rappelle des cours où certains
élèves étaient capables d’écrire
des poésies dans leur nouvelle langue. Elle-même a
choisi d’emblée de ne plus parler que son français
d’adoption, alors que certains de ses camarades, originaires
comme elle d’Europe du Sud-Est, ont essayé de lui parler
roumain.
Cornelia juge aujourd’hui qu’être scolarisée
dans la classe non-francophone l’a surtout aidée à
« gagner de la confiance » pour la suite. À
peine trois mois après son arrivée au collège,
elle a intégré une cinquième traditionnelle
et poursuit avec succès son cursus. Aujourd’hui, elle
avoue encore « quelques difficultés en histoire »
mais n’exclut pas d’engager des études, elle
que ses parents, inquiets de ne pas la voir parler français,
voulaient à l’origine envoyer dans une filière
courte en informatique. Elle se passionne aussi pour la littérature
hexagonale, surtout les romans scientifiques, Victor Hugo et Jules
Verne. Cornelia est catégorique : « Ma langue désormais,
c'est le français. »
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