AFEV Dossier 01 - Les enfants nouvellement arrivés en France - Sur le terrain
Les enfants nouvellements arrivés en France
Sur le terrain
>Reportage
 
Puce titre Slovénie, terre d’asile ?  
  Par Paul Falzon-Monferran  
 
 
Face aux carences en termes de scolarisation des mineurs réfugiés, l’association Filantropija se bat pour leur ouvrir les portes de la culture du pays.
 

Biélorussie, Irak, Liberia, ex-Yougoslavie… La Slovénie, aux frontières de l’Italie et de l’Autriche, est devenue ces dernières années une terre d’accueil pour les demandeurs d’asile fuyant les guerres ou la misère. Une situation à laquelle la petite république, indépendante depuis 1991 seulement, ne semble toujours pas préparée. L’accueil des enfants étrangers s’y déroule dans des conditions difficiles. Sous le coup d’une législation encore restrictive, « la plupart des demandeurs d’asile vivent dans des camps spéciaux avec peu d’argent à disposition », explique Nina Bradic, membre de l’association Filantropija qui lutte, avec le soutien de l’ONU, pour l’intégration des réfugiés présents sur le sol slovène. Surtout, le gouvernement de Ljubljana n’est pas très actif pour améliorer la situation des enfants. La scolarité est obligatoire au niveau primaire, « mais c’est juste au niveau de la loi… », constate Nina Bradic. « Dans les faits, aucun cours spécial n’a été mis en place. » Les volontaires de l’association organisent comme ils le peuvent l’apprentissage du slovène et les leçons à la maison pour la vingtaine d’enfants réfugiés qu’ils encadrent en moyenne. Mais là encore, ils se heurtent aux blocages d’une administration rigide. « Nos opérations ne sont financées que si elles respectent à la lettre ce qui avait été défini par convention, jusqu’au nombre de ramettes de papier que nous achetons ! C’est évidemment une gêne, puisqu’il nous est impossible de réajuster nos actions, par exemple en créant des ateliers de langue de niveaux différents. »

C’est dans ce contexte que Filantropija tente, depuis plusieurs années, d’offrir en complément des cours de langue des activités extra-scolaires, comme le sport et les visites culturelles. Cet été, un séjour de vacances a été organisé à travers tout le pays. « C’était l’occasion de confronter les enfants à la culture de leur pays d’accueil, explique Nina. Parler la langue est essentiel. Mais c’est important aussi de connaître les villes, les paysages, les populations, la nourriture… Pour ces enfants immobilisés dans des centres, ce séjour constituait une occasion unique. »

 
 
 
>Action
 
Puce titre Veiller à la scolarisation des jeunes sans papiers, un combat quotidien  
  par Matthieu Crocq et Anne-Sophie Morel  
 
 
Rassemblant près de 70 associations, le réseau Éducation sans frontières se mobilise pour aider les enfants et adolescents arrivés en France hors de la procédure de regroupement familial.
  « Enfants en situation irrégulière ? » Juriste et permanent au Gisti (Groupe d'information et de soutien des immigrés), Jean-François Martini n'apprécie pas beaucoup cette tournure :
Rassemblement d'étudiants « Juridiquement, ça n'existe pas ! En France, un mineur ne peut jamais être en situation irrégulière. Le titre de séjour n'est requis qu'à partir de 18 ans. Mais l'expression est parlante, cela dit, et elle permet d'alerter les gens. » Alerter, car les mineurs arrivés en France en dehors des procédures de regroupement familial sont généralement en situation précaire.
 

Ces jeunes ne se font que rarement connaître spontanément. Conscients d'être vulnérables et sachant que de nombreuses personnes peuvent leur être hostiles, ils taisent leurs difficultés. Mais la prudence n'est pas la seule raison de leur discrétion. Le sentiment de honte s'y ajoute, injustifié mais bien réel. Car il ne faut pas oublier qu'ils sont ceux que les policiers traquent, que les juges emprisonnent, qui disparaissent du jour au lendemain sans laisser de trace. Même s'il ne le laissent que rarement paraître, leur vie est pourrie par la peur et ils sont conscients de ne pas être comme les autres.

« Je pense sincèrement que beaucoup de jeunes sont découragés, ils vivent traqués et certains ne sont pas scolarisés par peur de se faire démasquer », raconte ainsi Pierre Cordelier, du réseau "Éducation sans frontières". Il est donc rare que ces jeunes osent franchir le pas d'eux-mêmes et se confier à un adulte ou à un camarade. Le réseau Éducation sans frontières, qui rassemble près de 70 associations, est donc là pour leur tendre la main, pour les encourager à parler. Une fois que le jeune sans papiers a pris le risque de se "découvrir", il faut que les choses aillent vite et qu'il se sente pris en main. Une réunion sera alors organisée avec sa famille, si elle est présente, et deux ou trois autres adultes qui deviendront ses référents.
L'objectif de cette rencontre n'est pas d'engager une action immédiate, mais d'avoir un aperçu des problèmes qui se posent. Il est également important de connaître sa situation familiale afin de savoir si une assistance sociale peut lui être utile. Une fois qu'une décision est prise et explicitement formulée, un certain nombre de mesures d'urgence s'imposent : vérifier que l'élève a une carte de lycéen ou lui en faire établir une, vérifier qu'il a compris et retenu ce qu'il doit faire en cas d'arrestation… Toutes ces étapes précèdent l'ébauche du dossier qui permettra, dans le meilleur des cas, une possibilité de régularisation.

Mais souvent, le problème juridique n'est que reporté jusqu'à la majorité du jeune sans papiers « … quand il n'apparaît pas plus tôt, précise Jean-François Martini, car ceux qui ont plus de 16 ans sont souvent orientés vers un apprentissage, pour lequel il faut obtenir une autorisation de travailler… que le code du travail subordonne à l'existence d'un titre de séjour ». Pas de titre, pas de contrat de travail, pas d'études. Les jeunes sans papiers se voient alors expliquer qu'il ne servirait à rien de les inscrire puisqu'ils ne pourront pas travailler. « On voit donc des gamins de 15, 16, 17 ans qui ne sont plus scolarisés, ou qui ne l'ont jamais été, poursuit le juriste. On pensait souvent que la non-scolarisation relevait d'une volonté familiale – notamment pour les jeunes filles – mais un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a clairement montré que, le plus souvent, elle est due à des blocages institutionnels ! » Certains maires ou directeurs d'école tentent ainsi d’empêcher la scolarisation des jeunes sans papiers. Ils savent bien que la loi leur interdit ces discriminations,
« alors ils embêtent les familles, raconte encore Jean-François Martini. Parce qu'elles vivent dans un squat, parce qu'elles ont installé leurs caravanes sur un terrain non prévu pour cela… »
Fort heureusement, ces entraves ne forment pas la majorité des cas. Des élus, des responsables d'établissement, des parents d'élèves, des enseignants se mobilisent à travers le réseau Éducation sans frontières. Pour aider ces jeunes dans leurs démarches, pour leur apporter un soutien psychologique autant que juridique. « Le but de ce collectif est de rendre visible les pratiques de reconduite à la frontière qui sont contraires aux droits de l'homme », indique Pierre Cordelier. Et les actions, bien souvent, portent leurs fruits. « Il faut dire que le corpus juridique est très solide là-dessus, conclut Jean-François Martini. Le droit des étrangers se dégrade en matière d'accès à la santé, de mariage… mais pas en matière de scolarisation. Cela dit, on n'est à l'abri de rien, et le jour où la mobilisation faiblira, certains responsables politiques n'hésiteront pas à s'en prendre à cet autre droit fondamental. »

 
 
 
Puce titre Trajets d'Exils  
 
 

Présenté aux Eurockéennes de Belfort les 1er, 2 et 3 juillet 2005, le projet “Trajet d’exils” est une opération de sensibilisation sur la défense du droit d'asile soutenue par l’afev et portée conjointement par trois associations : Forum Réfugiés, France Terre d'Asile et la Cimade. Elles ont pu s'adresser aux 90 000 spectateurs qui ont pour la majorité entre 20 et 25 ans à travers différentes actions. Un espace déambulatoire permettait une approche pédagogique du sujet (publications, rencontre des professionnels, expo...) et un atelier proposait aux visiteurs de se faire photographier en portant un panneau revendicatif. Ces photos étaient ensuite diffusées sur les écrans géants du festival en préambule des concerts.

  Des milliers d'autocollants dont le visuel avait été élaboré par Les Chats Pelés et portant la mention RÉFUGIÉ ou DÉBOUTÉ ont été distribués sur le site en respectant le pourcentage de personne accédant ou non à l'asile en France. Les associations ont également eu accès à de nombreux artistes dont certains comme Cali ont pris la parole sur scène pour défendre le droit d'asile.
 
 
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