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Lire : comme si c’était aussi simple !

Quand grands-parents et parents ont appris à lire
La méthode syllabique
La plupart des enfants du baby-boom se souviennent du fameux Rémi et Colette avec lequel ils ont appris à lire après les années 1950. Le principe de la « méthode Boscher » utilisée depuis 1913, et à laquelle ce manuel se réfère, est d’apprendre les lettres de l’alphabet, en commençant par les voyelles, et d’y associer les sons qu’ils désignent.
La logique de cette démarche synthétique est de partir des éléments les plus simples pour aller vers des ensembles de plus en plus complexes. Cependant, la méthode syllabique a pour premier inconvénient d’être très rébarbative : elle demande d’assembler des signes abstraits pour former des syllabes qui ne contiennent pas de sens en elles-mêmes. On passait ainsi des heures à répéter toutes les combinaisons possibles de voyelles et de consonnes avant de former des syllabes, des mots puis des phrases et d’en comprendre éventuellement le sens.
La méthode globale
Dès la fin du XVIII° siècle, Nicolas Adam, soucieux de rendre l’élève plus actif et de s’appuyer sur ses capacités de réflexion, fait le pari suivant : « Apprenons-lui à lire sans parler de lettres et de syllabes ». C’est un renversement complet de la démarche traditionnelle fondée sur l’abécédaire, en œuvre depuis l’Antiquité, puisqu’elle invite alors l’enfant à partir à la découverte de l’écriture. Il s’agit de l’amener à repérer les mots qu’il faut mémoriser comme on photographie un objet ou un visage, et à les reconnaître à l’intérieur d’un texte, avant d’analyser les éléments qui le composent.
Le médecin neurologiste belge Ovide Decroly appliquera cette méthode à partir de 1901 pour apprendre à lire à des jeunes sourds et fondera, en 1907, l’école de l’Ermitage près de Bruxelles, destinée à tous les enfants.
N. Adam et O. Decroly partent du principe que l’enfant perçoit mieux les ensembles qui ont du sens (mots ou phrases) que les éléments sans signification (lettres ou syllabes). Leur méthode s’appuie sur l’observation de ce que l’élève énonce lui-même, pour le mettre en mesure de comprendre et d’utiliser le code alphabétique.
La méthode naturelle
Entre les deux guerres, Célestin Freinet est l'initiateur de la « méthode naturelle ». Il n'est pourtant pas question, pour C. Freinet de mettre sur le même plan le code alphabétique et le langage oral que l'enfant apprend spontanément au contact de ses proches. Il sait que l'alphabet est une convention tout à fait artificielle qu'on ne peut décoder si on ne nous en donne pas les clés. Mais il pense que le seul déchiffrage ne permet pas de comprendre les mots. Il s'efforce alors de prendre appui sur les centres d'intérêt, sur l'activité et sur les productions des élèves pour éveiller leur curiosité à l'égard de la langue et susciter leur besoin de maîtriser les éléments de base du code de l'écriture. L'introduction de l'imprimerie dans la classe permet tout à la fois de favoriser la composition des « textes libres » et de manipuler les lettres de plomb qui serviront à les reproduire. On a pu dire que c'est sous cette forme que la « méthode globale » a été appliquée en France. Mais Célestin Freinet a dénoncé les excès d'une méthode globale appliquée de manière dogmatique. S'il invitait à aller au plus vite vers le sens des mots écrits, situés dans un contexte d'utilisation réelle, c'était pour étudier les mécanismes du lire-écrire... et pour s'en servir... Cette idée de globalité donne par ailleurs une bonne représentation de la classe où toutes les activités et toutes les dimensions de la vie collective concourent aux apprentissages de l'écriture et de la lecture.
L’inconvénient de ces méthodes globales est qu’en s’appuyant sur ce que les élèves savent déjà, elles peuvent accentuer les inégalités entre ces derniers. Il faut pourtant donner à tous le même bagage technique qui devrait permettre d’accéder au savoir. De plus, ces méthodes parient sur une motivation et sur une « envie d’apprendre » qui ne sont pas toujours au rendez-vous…
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