Pour ce qui concerne les spécialistes des neurosciences, le docteur Wettstein-Badour, fait état des travaux de chercheurs japonais, selon lesquels l’activité déclenchée par la lecture sollicite la zone du cerveau où s’opère la reconnaissance des signes graphiques et non pas celle dédiée à la reconnaissance des images. Cela confirme qu’il est indispensable de donner très vite à l’enfant les clés du code écrit et de l’entraîner à en combiner les éléments. Ce dont tout le monde convient.
Mais un diagnostic ne constitue pas une méthode pédagogique. Il est étrange que, par un inattendu retour des choses, un courant de pensée pédagogique qui se réclame du simple « bon sens » ait recours à la recherche scientifique pour justifier ses méthodes. Les tentatives menées au cours des années 1980 pour rationaliser les outils d’apprentissage (les approches cognitivistes) ont en effet pu donner lieu à des excès qui ont été dénoncés comme simplificateurs et inefficaces quand ils ont cherché à donner des réponses techniques à des problèmes qui concernent les processus de compréhension.
De son côté, l’Observatoire national de la lecture, que le dossier de presse du ministère cite pourtant à l’appui des thèses de Gilles de Robien, préconise « une entrée dans la lecture par un apprentissage de l’identification des mots et de la compréhension ». Sans condamner formellement les méthodes qui ont eu cours jusque-là, et dans lesquelles il recommande de ne pas s’enfermer, il considère que « la méthode synthétique [syllabique, mixte, phonique] peut donner des résultats positifs, y compris chez les élèves les plus fragiles face à la langue, dans un temps assez court, entre six mois et deux ans. Il va sans dire que la méthode synthétique impose d’être immédiatement liée à des activités décalées portant sur les textes et l’apprentissage de la compréhension, qui peut être commencé de manière orale. »
(http://www.bienlire.education.fr/04-media/a-methodes.asp).
En décembre 2003, s’est tenue une « Conférence de consensus » sur la lecture rassemblant quinze experts. Les conclusions font apparaître que les compétences qui sont mises en œuvre pour maîtriser la lecture « sont imbriquées et ne doivent pas être considérées comme des étapes ». Il s’agit de travailler sur la conscience du découpage syllabique à l’oral et à l’écrit, sur l’identification des graphèmes et des phonèmes, sur l’automatisation des opérations de reconnaissance du texte écrit et donc de mener simultanément un travail sur le sens et sur le code.
Enfin, dans le dossier de presse qui a accompagné la condamnation de la méthode globale, le cabinet du ministre mentionne l’association « Éducation et devenir » .
Si cette association cite quelques-uns des scientifiques sur lesquels les services du ministre s’appuient pour condamner la méthode globale, elle donne largement la parole à d’autres spécialistes comme Roland Goigoux qui, sans contester l’importance d’enseigner le code alphabétique le plus vite possible, insistent sur la nécessité de familiariser très tôt l’enfant avec le monde de l’écrit afin de susciter sa curiosité, de mettre en œuvre ses facultés d’observation et, par conséquent, de ne pas s’en tenir à l’approche mécanique de la méthode Boscher.