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PuceCe qu’en pensent les « experts »

Le ministre a évoqué d’une part des rapports d’orthophonistes et d’autre part des travaux de « scientifiques spécialistes des neurosciences ».
En ce qui concerne les orthophonistes, La « Fondation pour l’innovation politique », animée par des intellectuels de l’actuelle majorité gouvernementale, estime que « non seulement les méthodes globales augmentent les difficultés chez les vrais dyslexiques, mais elles créent de « faux dyslexiques » chez des enfants qui ont une bonne mémoire et une bonne capacité de déduction ».
En revanche, la Fédération nationale des orthophonistes déclare : « il n’existe à ce jour aucune étude menée par des orthophonistes, validée scientifiquement, mettant en évidence des liens de causalité entre méthodes de lecture et pathologies du langage écrit » .

 

Picto

Selon les recherches menées au CNRS par Sylviane Valdois, orthophoniste et neuropsychologue, les opérations de déchiffrage ne précèdent pas la reconnaissance des mots. « Des études récentes montrent qu’en fait les deux procédures se développent conjointement et co-existent dès le tout début d’apprentissage de la lecture. Il semble en outre qu’elles entretiennent des relations étroites et que le développement de chacune d’elles contribue au développement de l’autre. »

- Jacques Bernardin

 


Pour ce qui concerne les spécialistes des neurosciences, le docteur Wettstein-Badour, fait état des travaux de chercheurs japonais, selon lesquels l’activité déclenchée par la lecture sollicite la zone du cerveau où s’opère la reconnaissance des signes graphiques et non pas celle dédiée à la reconnaissance des images. Cela confirme qu’il est indispensable de donner très vite à l’enfant les clés du code écrit et de l’entraîner à en combiner les éléments. Ce dont tout le monde convient.

Mais un diagnostic ne constitue pas une méthode pédagogique. Il est étrange que, par un inattendu retour des choses, un courant de pensée pédagogique qui se réclame du simple « bon sens » ait recours à la recherche scientifique pour justifier ses méthodes. Les tentatives menées au cours des années 1980 pour rationaliser les outils d’apprentissage (les approches cognitivistes) ont en effet pu donner lieu à des excès qui ont été dénoncés comme simplificateurs et inefficaces quand ils ont cherché à donner des réponses techniques à des problèmes qui concernent les processus de compréhension.

De son côté, l’Observatoire national de la lecture, que le dossier de presse du ministère cite pourtant à l’appui des thèses de Gilles de Robien, préconise « une entrée dans la lecture par un apprentissage de l’identification des mots et de la compréhension ». Sans condamner formellement les méthodes qui ont eu cours jusque-là, et dans lesquelles il recommande de ne pas s’enfermer, il considère que « la méthode synthétique [syllabique, mixte, phonique] peut donner des résultats positifs, y compris chez les élèves les plus fragiles face à la langue, dans un temps assez court, entre six mois et deux ans. Il va sans dire que la méthode synthétique impose d’être immédiatement liée à des activités décalées portant sur les textes et l’apprentissage de la compréhension, qui peut être commencé de manière orale. »
(http://www.bienlire.education.fr/04-media/a-methodes.asp).

En décembre 2003, s’est tenue une « Conférence de consensus » sur la lecture rassemblant quinze experts. Les conclusions font apparaître que les compétences qui sont mises en œuvre pour maîtriser la lecture « sont imbriquées et ne doivent pas être considérées comme des étapes ». Il s’agit de travailler sur la conscience du découpage syllabique à l’oral et à l’écrit, sur l’identification des graphèmes et des phonèmes, sur l’automatisation des opérations de reconnaissance du texte écrit et donc de mener simultanément un travail sur le sens et sur le code.

Enfin, dans le dossier de presse qui a accompagné la condamnation de la méthode globale, le cabinet du ministre mentionne l’association « Éducation et devenir » .
Si cette association cite quelques-uns des scientifiques sur lesquels les services du ministre s’appuient pour condamner la méthode globale, elle donne largement la parole à d’autres spécialistes comme Roland Goigoux qui, sans contester l’importance d’enseigner le code alphabétique le plus vite possible, insistent sur la nécessité de familiariser très tôt l’enfant avec le monde de l’écrit afin de susciter sa curiosité, de  mettre en œuvre ses facultés d’observation et, par conséquent, de ne pas s’en tenir à l’approche mécanique de la méthode Boscher.
 

 

Picto« Les apprentissages implicites exploitent des compétences présentes chez l’enfant bien avant l’apprentissage de la lecture. En effet, avant que l’enfant ne rencontre l’écrit, existent d’une part des compétences linguistiques, d’autre part une capacité à catégoriser les objets perçus visuellement. Il a là les outils qui seront mobilisés dans les apprentissages implicites dès que les mots écrits feront objet d’attention (d’où l’importance de la manipulation précoce d’écrits, notamment des mots, dès le cycle-clé 1). »

Jean-Émile Gombert extrait de l’article « La place des apprentissages implicites », Cahiers pédagogiques, « Apprendre à lire, quoi de neuf ? », N° 422, mars 2004.

 

Trois des scientifiques largement cités par le ministère : L. Sprenger-Charolles, J. Zizgler et F. Ramus viennent d’ailleurs de signer, avec quinze de leurs confrères, un texte collectif publié sur le site du Café pédagogique, dans lequel ils affirment sans ambiguïté leur désaccord avec un retour au syllabique pur.

 

Picto« Faut-il donc revenir aux vieilles méthodes enseignant exclusivement le B-A-BA de manière répétitive et dénuée de sens ?
Certainement pas. Sur ce point nous rejoignons largement l'avis du monde enseignant pour dire que les méthodes qui, dans l'état actuel de l'art, semblent optimales, initient l'enfant non seulement au déchiffrage, mais également à la morphologie, à la syntaxe, à la compréhension de textes ayant un sens, ainsi qu'à l'écriture. Simplement, le déchiffrage doit être présent dès le début du CP »

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L'école enfin expliquée aux parents (et aux autres)

Ce dossier, revu et augmenté, constitue un chapitre de L'École enfin expliquée aux parents (et aux autres) publié aux éditions Stock en partenariat avec Curiosphere.tv


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