Lire : comme si c’était aussi simple !
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PuceLa bataille des chiffres

Mais enfin, y a-t-il ou non une baisse de niveau dans le domaine de la lecture ?
Là encore les estimations sont extrêmement contradictoires.
Certains avancent les chiffres de 30 % et parfois même 40 % d’élèves entrant au collège sans savoir lire.
L'« Étude spécifique relative aux élèves en difficulté en lecture à l’entrée en sixième » (Les Dossiers n° 112, du ministère de l’Éducation nationale, 1999) donne le chiffre de 15 %.
Il faut rappeler par ailleurs que, dans les années 1950, 70 % des élèves sortaient de l’école primaire sans pouvoir entrer au secondaire, 50 % ne réussissaient pas le Certificat d’études primaires.

 
 
 
 

Picto- L’étude réalisée en 2001 lors des Journées d’appel de la Défense, portant sur la totalité des jeunes d’une classe d’âge, révèle que 11,6 % éprouvent des difficultés diverses, parmi lesquels 6,5 % sont proches de l’illettrisme, mais tous les observateurs s’accordent sur le fait que c’est le taux le plus faible depuis 25 ans.

- Les jeunes en savent-ils moins que leurs aînés ? Selon une enquête réalisée par l’Insee en 2002, 12 % de l’ensemble des adultes ont des difficultés de lecture, mais en comparant les tranches d’âges, on s’aperçoit que les jeunes sont moins touchés que leurs aînés : cela concerne 4 % des 18-24 ans… mais 13 % des 40-54 ans et 19 % des 55-65 ans (Source : Insee, enquête méthodologique sur l’information et la vie quotidienne, novembre 2002.) [Mais comment donc les uns et les autres ont-ils appris à lire ???]

- Trop de jeunes sortent sans diplôme ? Rappelons qu’en 1975, 56,5 % de la population était non diplômée. Si aujourd’hui, 15 % d’une génération ne valide pas son second cycle long, c’est le cas de 18 % d’une génération dans la moyenne des pays de l’OCDE (et de 28 % d’une génération aux Etats-Unis).

Rappeler ces éléments, ce n’est pas pour autant négliger les 10 à 15 % d’élèves faibles lecteurs à l’entrée en 6e (qui auparavant n’accédaient pas au collège). Qu’il soit plus insupportable aujourd’hui qu’hier de ne pas maîtriser suffisamment l’écrit pour se mouvoir dans la vie sociale, être autonome et accéder à l’emploi, chacun en convient. Mais peut-on parler de baisse de niveau ? Si on considère ces chiffres et les programmes, il s’agit plutôt d’une hausse – légitime — des exigences, sur les plans quantitatif et qualitatif.

- Jacques Bernardin

 

 

IllustrationPuceQuel est l’enjeu ?

La décision du ministre a surpris tous les partenaires de l’école. Son annonce dans les médias et la radicalité de la décision qui se traduit par une interdiction semble répondre à une situation d’urgence très importante. La réalité apparaît beaucoup plus complexe, contrastée et soumise à débat. Il est par ailleurs tout à fait étonnant que le ministre raye d’un trait de plume les nouveaux programmes de 2002 dont il a lui-même préfacé l’édition de 2004.

L’absence de référence au travail sur le sens au profit exclusif du B -A BA satisfait par contre les collectifs qui mènent une guerre sans relâche contre la recherche pédagogique et qui ont déjà obtenu, par exemple, la suppression des TPE en terminale, le retour des « punitions collectives », la remise en question du système permettant de mettre des enseignants à disposition des associations (associations pédagogiques notamment) et qui militent pour la suppression des IUFM.

Heureusement, la pédagogie ne se réduit pas à cette guerre de clans et continue son action de manière ouverte et critique.
Dans les faits, cette décision interdisant la « méthode globale » ne devrait donc avoir que peu d’incidence sur les pratiques pédagogiques qui n’ont, dans leur ensemble, pas attendu les injonctions ministérielles pour évoluer. À moins que, de manière autoritaire, le ministre ne décide d’imposer aux enseignants, aux formateurs et aux inspecteurs une méthode syllabique pure et dure qui sera vécue comme un retour au passé difficilement compréhensible.

Ainsi, cette décision, si elle se traduit par un tel durcissement, pourrait bien avoir pour effet principal d’une part de transformer la confiance que les parents accordent à l’école en méfiance et en suspicion et, d’autre part, de laisser croire qu’on peut opposer l’autorité à la compétence. Ce que les enseignants auraient bien du mal à admettre…

 
 
 
 

Picto« La vigueur de ma colère est à la mesure de l’investissement et de l’engagement avec lesquels, mes collègues et moi-même, nous nous employons à accompagner nos élèves dans l’appropriation de la langue écrite dans toutes ses composantes (techniques, procédurales, culturelles, sans oublier la dimension de plaisir).
Je ne peux taire mon sentiment d’écœurement et de profond pessimisme quant à l’avenir de l’École.
Heureusement, mes élèves seront là demain matin... »

Blandine Triplet, professeur des écoles Cahiers pédagogiques, N° 440, février 2006

 


Pierre Madiot, rédacteur aux Cahiers pédagogiques.


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L'école enfin expliquée aux parents (et aux autres)

Ce dossier, revu et augmenté, constitue un chapitre de L'École enfin expliquée aux parents (et aux autres) publié aux éditions Stock en partenariat avec Curiosphere.tv


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