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Comment
l'orthographe vient aux enfants ? |
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D'où vient qu'on accorde
une telle importance à l'orthographe ? |
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L'orthographe et le pouvoir |
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Dans notre pays, la langue a toujours été une affaire
d’État. De Charlemagne à Charles de Gaulle qui
a créé le « Conseil supérieur de la langue
française », en passant par François 1er et
Richelieu, nos dirigeants ont constamment tenu à intervenir
dans le domaine de la langue en légiférant ou en mettant
en place les instances qui en fixent les normes et en imposent l’emploi
dans la vie sociale.
Ainsi, en 1635, Richelieu crée l’Académie
française dont la mission est d’édicter
les règles de l’art d’écrire. En réalité,
l’Académie ne fait que valider les évolutions
imposées par l’usage si bien qu’en 1740, au bout
de trois éditions, l’orthographe de plus d’un
tiers des mots contenus dans le Dictionnaire
de l’Académie avait été modifiée.
Jusqu’au début du XXe siècle, l’orthographe
évolue en simplifiant parfois mais en compliquant souvent
une langue dont les fins lettrés qui siègent sous
la Coupole tiennent en premier lieu à rappeler les origines
antiques.
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Les
académiciens n'hésitent pas à
écrire, dans un projet pour l'édition
de 1694 :
«
La compagnie déclare qu'elle désire
suiure l'ancienne orthographe qui distingue les
gents de lettres davec les ignorants et les simples
femmes, et qu'il faut la maintenir par tout, hormis
dans les mots ou un long et constant usage en aura
introduit une contraire ».
Cité
par F. Brunot et C. Bruneau, Précis de
grammaire historique de la langue française,
Masson 1956. |
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Cette langue du « bon goût »
lettré devient langue de la bourgeoisie quand Louis Philippe
exige par décret, en 1832, la connaissance de l’orthographe
pour l’accession à tous les emplois publics. Cette
langue devient langue officielle quand par un autre décret,
en 1835, le même Louis Philippe impose l’orthographe
de l’Académie dans les école primaires.
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| En
1846, le préfet de police de Paris adresse
à ses commissaires une circulaire les enjoignant
de « jeter un coup d’œil sur
toutes les enseignes de [leur] quartier, à
l’effet de reconnaître celles dont l’orthographe
est vicieuse, et d’engager les propriétaires
de ces enseignes à les faire rectifier. »
Cité
par Claire Blanche-Benveniste et André Chervel
dans L'orthographe, Maspero, 1974. |
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On voit que c’est la volonté de se référer
à une écriture savante – autant que le désir
d’éviter les confusions entre les mots – qui a
forgé l’orthographe que nous connaissons et qui en a
fait une marque d’appartenance sociale. |
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On est loin du temps où les copistes du Moyen-Âge
ne faisaient que transcrire ce qui était issu d’une
parole destinée à être restituée à
voix haute plutôt qu’à être lue silencieusement.
Ce renversement des rôles s’est traduit par un renversement
des valeurs. L’écrit est alors devenu plus noble
que l’oral au point de s’en détacher et de
se doter d’un code orthographique et syntaxique qui lui
est propre.
Pour couronner le tout, l’agencement des mots dans la
phrase écrite française se veut ordonné et
« logique » (le style écrit) plutôt que
d’être l’instrument d’une pensée
en mouvement (le style parlé). C’est ce qui a fait
dire aux philosophes du XVIIIe que la langue française
possède le génie de la « clarté ».
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Et c’est pourquoi nos grands orateurs sont
si intimidants : ils parlent comme dans les livres, leur discours
ne laisse place au doute ni sur le fond ni sur la forme. Et l’électeur
de base ajoute : « On n’y comprend pas grand-chose,
mais c’est convaincant »...
Songeons à nos écoliers qui doivent apprendre à
décoder, à encoder puis à manipuler cette langue
écrite qui ne leur est pas également familière. |
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Ce dossier, revu et augmenté, constitue un chapitre de L'école enfin expliquée aux parents (et aux autres) publié aux éditions Stock en partenariat avec Curiosphere.tv
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