Orthographe - L'orthographe et le pouvoir
 

Comment l'orthographe vient aux enfants ?

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D'où vient qu'on accorde une telle importance à l'orthographe ?

 
 
puce violette

La réforme impossible

 
 

En plus des difficultés introduites par les références étymologiques, les marques grammaticales et les aléas de la dérivation, notre langue écrite est desservie par un alphabet qui n’est pas adapté à la retranscription de ce que nous prononçons. Non seulement, comme le rappellent C. Brunot et F. Bruneau dans le Précis de grammaire historique de la langue française, nous sommes encombrés de lettres inutiles : h, k, q, x qui, soit ne se prononcent pas (h), soit entrent en concurrence avec d’autres lettres qui existent déjà (f = ph ; q, k = c ; x = cs), mais il nous manque une bonne demi-douzaine de signes pour transcrire certains sons (les phonèmes) sans les confondre avec des graphies dédiées à d’autres phonèmes.Enfant Comment, par exemple, expliquer la différence de prononciation entre fille et ville, Achille et achillée, agneau et stagnant, etc. ?
La première tentative sérieuse pour réformer l’orthographe date de 1542 et vise à éliminer les lettres étymologiques. Mais l’autorité que la récente invention de Gutenberg confère au texte imprimé tend à fixer la langue aussi bien dans sa prononciation que dans sa transcription graphique. Il n’y aura plus jamais d’autre occasion de modifier l’orthographe en profondeur.

 

Au début du XVIIe siècle, Malherbe, confirmé plus tard par Vaugelas puis par l’Académie française, établit les critères du « bel usage » qui ne doit pas s’écarter du modèle appartenant à l’élite. La proscription des nouveautés est érigée en loi. On croit atteindre un idéal de fixité qui, comme tous les idéaux, court le risque de devenir totalitaire.
Il y aura, contre cette prétention à figer ce qui est vivant, quelques tentatives de révolte au XVIIIe siècle avec le soutien de Voltaire, puis au XIXe siècle sous l’impulsion des auteurs romantiques. Toutes aboutissent à un échec.
Cependant, la révolution industrielle apporte des quantités de mots nouveaux et multiplie les moyens d’échanges et de communication qui vont transformer la langue sans remettre en question l’ensemble des règles orthographiques dont elle a hérité. La fin du XIXe siècle voit se poursuivre une discussion vive entre, d’un côté, les conservateurs et leur bastion de l’Académie française, et, de l’autre, les rénovateurs qui se réclament de l’héritage même de Jules Ferry. Ainsi, entre 1900 et aujourd’hui, pas moins de dix projets, rapports et propositions de réforme vont se succéder en pure perte.

La dernière, qui date de 1990, se limitait à huit recommandations qui laissaient le choix aux usagers de conserver les anciennes graphies « jusqu’à ce que les nouvelles dominent dans l’usage ». Pourtant, cette modeste tentative a soulevé autant de protestations horrifiées que si on avait voulu repeindre l’Arc de triomphe… Elle a été très peu suivie d’effets.

 
     
 

Les huit points de rectifications orthographiques adoptées en 1990 :

Picto livre1. Remplacement de certains traits d'union par la soudure. Ex. portemonnaie, en particulier dans les mots composés étrangers. Ex. weekend, covergirl.
2. Simplification du pluriel de certains mots composés. Ex. des pèse-lettres.
3. Pour l'accent grave sur un e : application de la règle générale aux verbes en -eler ou en -eter ou du type céder, ainsi qu'aux formes interrogatives (lre pers. du sing.). Ex. j'allègerais - il ruissèle - puissè-je (exceptions pour appeler et jeter).
4. L'accent circonflexe est facultatif sur i et u, sauf dans les conjugaisons (passé simple et subjonctif) et dans quelques monosyllabes où il apporte une distinction utile. Ex. mûr (à côté de mur).
5. Le tréma est placé sur la voyelle qui doit être prononcée. Ex. aigüe, argüer, gageüre.
6. Pour les mots empruntés, l'accentuation et le pluriel suivront les règles des mots français. Ex. des imprésarios, des jazzmans, des lieds, des maximums.
7. Rectification d'anomalies. boursouffler (comme souffler), charriot (comme charrette), joailler, interpeler, dentelière, etc.
8. Le participe passé du verbe laisser suivi d'un infinitif est invariable. Ex. Elle s'est laissé mourir, je les ai laissé partir.

Cité par Henriette Walter « L'aventure des langues en Occident » Ed.Laffont, 1994.

 
 
 

En définitive, tout se passe comme s’il était inconcevable d’imaginer une autre orthographe aux mots de notre langue : ils appartiennent à notre mémoire collective. Écrire assoir au lieu de asseoir paraît inconvenant même si cette nouvelle orthographe est désormais permise.
Une telle résistance correspond-elle à une bonne conception de ce qu’est un patrimoine culturel ?

 
 
 

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L'école enfin expliquée aux parents (et aux autres)

Ce dossier, revu et augmenté, constitue un chapitre de L'école enfin expliquée aux parents (et aux autres) publié aux éditions Stock en partenariat avec Curiosphere.tv


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