AFEV Dossier 02 - L'illettrisme
L'illettrisme
Etat des lieux
 
Puce titre Le droit à l’écrit pour tous  
  Eunice Mangado – Reportage photo : Christophe Loiseau, avec les enfants et les étudiants lillois  
 
 
Illettrisme : de quoi parle-t-on ? Combien de personnes réellement concernées ? Quels enjeux ?
Retour sur un phénomène qui interroge le système scolaire et mobilise les pouvoirs publics, les entreprises et la société civile.

 
Le droit à l’écrit pour tous

Le grand espoir du XXe siècle était que la scolarisation de masse parvienne à réduire les inégalités. Aujourd’hui en France, environ 12 % des personnes de 18 à 65 ans sont en difficulté avec l’écrit. Pour ces personnes, c’est l’accès aux savoirs, à la culture, à l’emploi, la progression dans la vie professionnelle, le suivi de la scolarité des enfants qui sont mis en péril.

Sans catastrophisme – les problèmes de maîtrise de l’écrit étaient probablement plus importants à l’époque où ils n’étaient pas mis en avant – il s’agit dans ce dossier d’éclairer ce phénomène difficile à appréhender et à mesurer, afin de mieux le cerner et d’envisager les différents moyens de le réduire.

 

Une confiance absolue en l’École a longtemps laissé dans l’ombre le phénomène de l’illettrisme. En 1978 apparaît le néologisme “illettrisme” dans le rapport d’ATD Quart-Monde. En 1984, un rapport intitulé Des illettrés en France provoque le malaise. Entre 8 et 15 % des Français seraient en réelle difficulté avec l’écrit. Ce que le rapport révèle surtout, c’est que les personnes ne maîtrisant pas l’écrit ne sont pas seulement les immigrés ou les personnes en grande pauvreté mais de nombreux citoyens passés par l’école républicaine.

L’année 1990 est déclarée “année internationale de l’alphabétisation” par l’Unesco. En France, la distinction est faite entre les personnes relevant de l’illettrisme, de l’analphabétisme et les personnes scolarisées pour qui le français est une langue étrangère. Toutes, pour des raisons diverses, ne maîtrisent pas la langue écrite ou orale, mais toutes n’ont pas le même rapport aux apprentissages. Les personnes illettrées sont difficiles à repérer dans la mesure où elles ne revendiquent pas leur situation mais tentent plutôt de la dissimuler. En outre, entre une personne incapable de lire et d’écrire et une autre éprouvant des difficultés, il n’existe pas un profil de personne illettrée.
À partir de 1998, la loi d’orientation de lutte contre les exclusions place la lutte contre l’illettrisme au rang de priorité nationale : elle s’inscrit désormais dans les politiques éducatives, linguistiques, culturelles et sociales. En 2002, un pas décisif est franchi par l’Éducation nationale, jusqu’alors très réticente à faire référence à l’illettrisme pour des jeunes en cours de scolarisation, avec la mise en place d’un plan de prévention. L’engagement pour la maîtrise de la lecture et de l’écriture de tous devient donc une action concertée (pouvoirs publics, société civile, entreprises) pilotée depuis 2000 par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI).

Les modes d’action sont multiples, à tous les âges de la vie : dès la petite enfance, en développant le goût de l’écrit, pendant la scolarité, en repérant rapidement les fragilités. Après 16 ans, les jeunes en difficulté avec l’écrit peuvent être pris en charge. Au cours de la vie active, les adultes peuvent bénéficier de formations…
Pour éviter que l’illettrisme ne soit qu’un scandale social de plus, inspirant l’indignation au rythme des marronniers, il y a une action dans laquelle au moins tout le monde peut s’engager, c’est être attentif à ses propres représentations. Il est important de ne pas isoler la catégorie des “illettrés”, qui vivraient dans l’indignité et le malheur, de celle des “lettrés”, qui seraient, eux, des citoyens accomplis.
L’illettrisme n’est pas une maladie : on peut vivre, travailler, fonder une famille sans maîtriser l’écrit ; mais c’est un facteur d’exclusion, et non des moindres ! L’autonomie est l’enjeu réel de la non-maîtrise de l’écrit. Or l’autonomie est non seulement un but, mais un droit : c’est ce qui fait de l’illettrisme un problème politique et un enjeu démocratique.

 
Crédit photo : Christophe Loiseau
 
Pied de page


curiosphere.tv est un site du groupe francetelevisions

Les sites du groupe France Télévisions :