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Une confiance absolue en l’École
a longtemps laissé dans l’ombre le phénomène
de l’illettrisme. En 1978 apparaît le néologisme
“illettrisme” dans le rapport d’ATD Quart-Monde.
En 1984, un rapport intitulé Des illettrés en France
provoque le malaise. Entre 8 et 15 % des Français seraient
en réelle difficulté avec l’écrit. Ce
que le rapport révèle surtout, c’est que les
personnes ne maîtrisant pas l’écrit ne sont pas
seulement les immigrés ou les personnes en grande pauvreté
mais de nombreux citoyens passés par l’école
républicaine.
L’année 1990 est déclarée “année
internationale de l’alphabétisation” par l’Unesco.
En France, la distinction est faite entre les personnes relevant
de l’illettrisme, de l’analphabétisme et les
personnes scolarisées pour qui le français est une
langue étrangère. Toutes, pour des raisons diverses,
ne maîtrisent pas la langue écrite ou orale, mais toutes
n’ont pas le même rapport aux apprentissages. Les personnes
illettrées sont difficiles à repérer dans la
mesure où elles ne revendiquent pas leur situation mais tentent
plutôt de la dissimuler. En outre, entre une personne incapable
de lire et d’écrire et une autre éprouvant des
difficultés, il n’existe pas un profil de personne
illettrée.
À partir de 1998, la loi d’orientation de lutte contre
les exclusions place la lutte contre l’illettrisme au rang
de priorité nationale : elle s’inscrit désormais
dans les politiques éducatives, linguistiques, culturelles
et sociales. En 2002, un pas décisif est franchi par l’Éducation
nationale, jusqu’alors très réticente à
faire référence à l’illettrisme pour
des jeunes en cours de scolarisation, avec la mise en place d’un
plan de prévention. L’engagement pour la maîtrise
de la lecture et de l’écriture de tous devient donc
une action concertée (pouvoirs publics, société
civile, entreprises) pilotée depuis 2000 par l’Agence
nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI).
Les modes d’action sont multiples, à tous les âges
de la vie : dès la petite enfance, en développant
le goût de l’écrit, pendant la scolarité,
en repérant rapidement les fragilités. Après
16 ans, les jeunes en difficulté avec l’écrit
peuvent être pris en charge. Au cours de la vie active, les
adultes peuvent bénéficier de formations…
Pour éviter que l’illettrisme ne soit qu’un scandale
social de plus, inspirant l’indignation au rythme des marronniers,
il y a une action dans laquelle au moins tout le monde peut s’engager,
c’est être attentif à ses propres représentations.
Il est important de ne pas isoler la catégorie des “illettrés”,
qui vivraient dans l’indignité et le malheur, de celle
des “lettrés”, qui seraient, eux, des citoyens
accomplis.
L’illettrisme n’est pas une maladie : on peut vivre,
travailler, fonder une famille sans maîtriser l’écrit
; mais c’est un facteur d’exclusion, et non des moindres
! L’autonomie est l’enjeu réel de la non-maîtrise
de l’écrit. Or l’autonomie est non seulement
un but, mais un droit : c’est ce qui fait de l’illettrisme
un problème politique et un enjeu démocratique.
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