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Tout près
de Bruxelles, un projet original mêlant écriture
et arts plastiques, lettrés et illettrés, a abouti
à la publication de dix livres, tous adaptés à
l’apprentissage de la lecture. |
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La plupart d’entre eux maîtrisaient
à peine la lecture lorsque le projet “Entre
mots” a été lancé, en 1998.
Aujourd’hui pourtant, les adultes membres de l’atelier
d’écriture et d’arts plastiques des Ateliers
de la Banane, situé à Saint-Gilles, une petite
commune de la région de Bruxelles-Capitale, n’ont pas
moins de dix livres à leur actif.
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Dix beaux petits ouvrages1
où se mêlent textes courts et dessins, vie quotidienne
et poésie. « L’atelier se réunit
tous les mercredis soirs. Au départ, aucun des participants
n’avait de formation artistique. Certains étaient
non lettrés, d’autres lettrés ; les origines
et les professions étaient diverses. Il s’agissait
donc de publics très différents. Grâce
à ce projet collectif, les participants ont appris
ensemble, par la pratique, l’échange et la confrontation
», explique l’une des coordinatrices, Mariska
Forrest. Quand cette dernière, plasticienne de formation,
rejoint le projet en 1999, l’atelier ajoute à
l’écriture d’autres pratiques comme la
gravure, la peinture ou la photographie. Puis, une ou deux
fois par an, l’atelier se lance dans un projet de livre
et d’exposition.
Commence alors une phase de créativité, menée
avec des artistes professionnels. « Durant des années,
les essais s’accumulent. Les consignes permettent de
jeter des ponts entre écriture et arts plastiques.
Parfois, les deux disciplines se recoupent et s’entrechoquent,
avant un travail d’évaluation qui précise
le projet », indique Mariska Forrest. Ces “ponts”
entre écriture et arts plastiques sont déterminants.
« Pour les gens qui ne maîtrisent pas la lecture,
et qui le vivent comme un échec, la pratique de l’art
redonne confiance : quand il s’agit de dessiner, les
analphabètes2
montrent souvent des compétences que les lettrés
n’ont pas», note Michèle Minne, de la cellule
“alphabétisation” de la Communauté
française de Belgique.
Signe de la qualité du travail accompli, les gravures
produites par l’atelier ont même été
exposées dans un centre culturel à Bruxelles.
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Les livres de la collection “Entre mots”
sont, eux, devenus une référence dans les cours d’alphabétisation
de Belgique francophone. « Quand les adultes analphabètes
cherchent des livres, ceux destinés aux adultes leur semblent
trop difficiles, et ceux écrits pour les enfants ne sont
pas valorisants. Là, on a un outil d’apprentissage
adapté, qui plus est conçu par des apprenants eux-mêmes
», se félicite Michèle Minne.
Après avoir longtemps laissé l’initiative aux
associations, qui gèrent encore neuf cours d’alphabétisation
sur dix, les pouvoirs publics belges ont lancé ces dernières
années une vaste campagne d’alphabétisation.
Il faut dire que la situation est aussi inquiétante qu’en
France : entre 7 et 14 % de la population de Wallonie-Bruxelles
présenteraient de sérieuses difficultés face
à l’écrit. Le problème concerne surtout
les personnes étrangères, qui représentent
87 % du public pris en charge à Bruxelles. Parmi ces étrangers,
les deux tiers sont des femmes. La prise de conscience des pouvoirs
publics, concrétisée avec la création d’une
cellule "alpha" impliquant les différents ministères
et institutions locales, a permis d’améliorer l’aide
en mettant en place une politique effective dotée de moyens
conséquents. Mais ces moyens restent insuffisants : entre
2000 et 3000 demandes seraient aujourd’hui insatisfaites.
On est encore loin du droit à l’alphabétisation
pour tous.
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1.Tous
édités par les Ateliers de la Banane, association
sans but lucratif reconnue par le ministère de la Communauté
française de Belgique, direction générale de
la culture.
Contact: bananeatelier@swing.be
Références disponibles sur le site www.collectif-alpha.be
2.En
Belgique, le terme “analphabètes” inclut aussi
les illettrés.
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Crédit photo : Mariska
Forrest |
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