AFEV Dossier 02 - L'illettrisme
L'illettrisme
Interviews
 
Puce titre Interview : Marie-Thérèse Geffroy  
  «Offrir à chacun la solution adaptée»  
 
 
Pour Marie-Thérèse Geffroy, directrice de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), des partenariats efficaces voient le jour. Mais le chantier reste vaste...
Offrir à chacun la solution adaptée
 
 
Q : Y a-t-il aujourd’hui une approche concertée de toutes les institutions concernées pour repérer, prévenir et lutter contre l’illettrisme ? Quel rôle votre institution joue-t-elle ?
  R : Les hommes et les femmes confrontés à l’illettrisme vivent dans des contextes très différents, il s’agit donc de leur offrir les solutions appropriées pour remettre en route les processus d’apprentissage à tous les âges de la vie et dans toutes les situations. C’est le rôle de l’ANLCI de réunir tous les partenaires (pouvoirs publics, société civile, entreprises) pour qu’ils puissent mieux agir ensemble dans un cadre interinstitutionnel, partenarial, organisé et solidaire. Tous nos partenaires, environ cent cinquante institutions, le savent. Pour mettre en œuvre dans la durée une politique d’accès de tous à la lecture, à l’écriture et aux compétences de base qui nous permette de construire une société plus juste, on ne peut raisonner en termes de mesures séparées, de directives descendantes, de dispositifs cloisonnés.
Après nous être accordés sur un cadre commun de référence au niveau national, nous avons, en France, invité décideurs et financeurs à signer des plans régionaux de lutte contre l’illettrisme. Mais si l’organisation est nécessaire, le partage des ressources et des expériences est indispensable pour la rendre opérationnelle et renforcer son efficacité. C’était tout le défi du Forum permanent des pratiques, qui s’est tenu à Lyon du 5 au 7 avril 2005.
 
Q : Quel est votre bilan après le Forum permanent des pratiques? Quelles perspectives ouvre-t-il ?
  R : Ce temps fort d’un processus de travail collaboratif a réuni plus de six cents intervenants.
Chacun y a exprimé une volonté commune et forte de prendre la part qui lui revient dans cette politique complexe en agissant au mieux dans son corps de métier et en faisant du partage des bonnes pratiques un outil efficace au service de tous.
Les participants ont présenté des pratiques préalablement analysées et formalisées dans tous les champs de la lutte contre l’illettrisme : prévention, sensibilisation, formation de base dans les entreprises...
Le processus de mutualisation a commencé : depuis le 15 avril 2005, les premiers échos sont disponibles en ligne sur le site de l’Agence. Un DVD regroupera tous les films et documents. Et ensuite, les rencontres vont s’organiser en fonction des besoins ressentis sur le terrain. Le chantier est vaste...
 
Q : Votre institution insiste sur la prévention de l’illettrisme dès le plus jeune âge. Quels outils et méthodes préconisez-vous ?
  R : La prévention de l’illettrisme doit se mettre en œuvre dès la petite enfance et se poursuivre pendant les années de scolarité obligatoire en mobilisant de manière conjointe les ressources des pouvoirs publics et de l’Éducation nationale tout particulièrement, et celles de la société civile.
On sait que les démarches auprès des tout-petits, en lien avec les familles, pour placer les enfants dans un univers où le langage, les mots et les livres ont toute leur place, permettent de créer dès le plus jeune âge des contextes favorables aux apprentissages. C’est ensuite l’accompagnement à la scolarité, les activités éducatives, artistiques qui permettent de renforcer les apprentissages et de créer, autour de l’enfant qui apprend, une véritable chaîne de solidarité éducative. L’afev est l’un des maillons forts de cette chaîne.
 
Q : Pour les jeunes sortis du système scolaire, quels sont les moyens que vous privilégiez pour déceler l’illettrisme et y remédier ?
  R : Trouver des stratégies pour motiver ces jeunes, leur donner envie de s’engager dans une nouvelle démarche d’apprentissage n’est pas chose facile. Il s’agit de saisir toutes les occasions pour aider les jeunes à rencontrer l’écrit dans un contexte motivant, comme la découverte d’un métier, le permis de conduire, un engagement sportif, etc., et aussi de leur redonner confiance en eux, leur permettre de voir le sens, l’intérêt et aussi la possibilité de réussir.
 
Crédit photo : Christophe Loiseau
 
 
Puce titre Interview : Valérie Bruneteau  
  «Il n’y a pas d’âge pour apprendre»  
 
Directrice du centre de ressources illettrisme de Melun (Seine-et-Marne), Valérie Bruneteau propose une méthode d’apprentissage de la lecture basée sur la vie quotidienne.
Il n'y a pas d'âge pour apprendre
 
 
Q : Quelles sont les missions de votre centre ?
  R : Les centres de ressources illettrisme ont pour mission de fournir un appui pédagogique et technique à tout acteur de la lutte contre l’illettrisme. Ils sont ouverts à toute personne intervenant dans la lutte contre l’illettrisme ou qui s’y intéresse. Outre l’illettrisme, leur champ de compétences peut s’étendre au Français langue étrangère (FLE) et à l’analphabétisme.
 
Q : L’approche pédagogique est-elle différente auprès d’une personne en situation d’illettrisme, d’analphabétisme, ou d’une personne non francophone relevant du FLE ?
  R : La personne illettrée est habituellement renvoyée à son propre échec. Elle est dépendante des autres mais elle a développé des compétences qui ne s’appuient pas sur la lecture, l’écriture ou les mathématiques. En tout état de cause, refaire l’école n’est surtout pas à proposer. La personne analphabète est demandeuse de formation. Quant à la personne relevant du FLE, elle maîtrise déjà l’écrit, elle souhaite apprendre le français en plus !
 
Q : Comment redonner le goût des apprentissages aux personnes pour lesquelles, à un moment dans leur formation initiale, quelque chose a bloqué ? Comment faire pour que ça marche ?
  R : Leur dire qu’elles ne sont pas les seules dans cette situation, qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre. Leur faire prendre conscience que leur situation doit changer.
Entrer en formation, c’est une mise en danger, c’est accepter aussi que le regard de l’autre va changer. La personne ne sera plus vraiment comme avant. Pour que cela marche, il faut utiliser des méthodes non infantilisantes, adaptées selon la difficulté linguistique. Il faut des outils en lien avec la vie quotidienne, mais aussi faire découvrir la littérature, l’art en général. C’est un moyen valorisant d’apprendre à lire, à écrire.
 
Q : Entre misérabilisme et stigmatisation, la position des personnes illettrées n’est pas simple. Quels écueils éviter, quelle attitude adopter ?
  R : Quand nous serons à même de parler et d’écrire “illettrisme” au lieu de tourner autour du pot, des tas de situations se débloqueront et les tabous disparaîtront. Nos voisins francophones ont un regard différent qui permet aux personnes en difficulté linguistique de se sentir plus soutenues.
 
Q : Quelles sont vos recommandations pour les bénévoles qui souhaitent s’impliquer dans l’aide à la maîtrise des compétences de base ?
  R : Une formation est nécessaire pour envisager une intervention bénévole auprès de publics en difficulté linguistique. Il faut avoir toujours en tête que la personne que l’on a en face de soi a des compétences : elle a vécu avant vous, elle a engrangé des expériences. Ce n’est pas une page vierge comme le pourrait être un enfant.
 
Crédit photo : Christophe Loiseau
 
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