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| Q : Y a-t-il aujourd’hui
une approche concertée de toutes les institutions concernées
pour repérer, prévenir et lutter contre l’illettrisme
? Quel rôle votre institution joue-t-elle ? |
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R : Les hommes et les femmes
confrontés à l’illettrisme vivent dans des contextes
très différents, il s’agit donc de leur offrir
les solutions appropriées pour remettre en route les processus
d’apprentissage à tous les âges de la vie et dans
toutes les situations. C’est le rôle de l’ANLCI
de réunir tous les partenaires (pouvoirs publics, société
civile, entreprises) pour qu’ils puissent mieux agir ensemble
dans un cadre interinstitutionnel, partenarial, organisé et
solidaire. Tous nos partenaires, environ cent cinquante institutions,
le savent. Pour mettre en œuvre dans la durée une politique
d’accès de tous à la lecture, à l’écriture
et aux compétences de base qui nous permette de construire
une société plus juste, on ne peut raisonner en termes
de mesures séparées, de directives descendantes, de
dispositifs cloisonnés.
Après nous être accordés sur un cadre commun de
référence au niveau national, nous avons, en France,
invité décideurs et financeurs à signer des plans
régionaux de lutte contre l’illettrisme. Mais si l’organisation
est nécessaire, le partage des ressources et des expériences
est indispensable pour la rendre opérationnelle et renforcer
son efficacité. C’était tout le défi du
Forum permanent des pratiques, qui s’est tenu à Lyon
du 5 au 7 avril 2005. |
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| Q : Quel est votre bilan
après le Forum permanent des pratiques? Quelles perspectives
ouvre-t-il ? |
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R : Ce temps fort d’un
processus de travail collaboratif a réuni plus de six cents
intervenants.
Chacun y a exprimé une volonté commune et forte de prendre
la part qui lui revient dans cette politique complexe en agissant
au mieux dans son corps de métier et en faisant du partage
des bonnes pratiques un outil efficace au service de tous.
Les participants ont présenté des pratiques préalablement
analysées et formalisées dans tous les champs de la
lutte contre l’illettrisme : prévention, sensibilisation,
formation de base dans les entreprises...
Le processus de mutualisation a commencé : depuis le 15 avril
2005, les premiers échos sont disponibles en ligne sur le site
de l’Agence. Un DVD regroupera tous les films et documents.
Et ensuite, les rencontres vont s’organiser en fonction des
besoins ressentis sur le terrain. Le chantier est vaste... |
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| Q : Votre institution insiste
sur la prévention de l’illettrisme dès le
plus jeune âge. Quels outils et méthodes préconisez-vous
? |
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R : La prévention de
l’illettrisme doit se mettre en œuvre dès la petite
enfance et se poursuivre pendant les années de scolarité
obligatoire en mobilisant de manière conjointe les ressources
des pouvoirs publics et de l’Éducation nationale tout
particulièrement, et celles de la société civile.
On sait que les démarches auprès des tout-petits, en
lien avec les familles, pour placer les enfants dans un univers où
le langage, les mots et les livres ont toute leur place, permettent
de créer dès le plus jeune âge des contextes favorables
aux apprentissages. C’est ensuite l’accompagnement à
la scolarité, les activités éducatives, artistiques
qui permettent de renforcer les apprentissages et de créer,
autour de l’enfant qui apprend, une véritable chaîne
de solidarité éducative. L’afev est l’un
des maillons forts de cette chaîne. |
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| Q : Pour les jeunes sortis
du système scolaire, quels sont les moyens que vous privilégiez
pour déceler l’illettrisme et y remédier
? |
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R : Trouver des stratégies
pour motiver ces jeunes, leur donner envie de s’engager dans
une nouvelle démarche d’apprentissage n’est pas
chose facile. Il s’agit de saisir toutes les occasions pour
aider les jeunes à rencontrer l’écrit dans un
contexte motivant, comme la découverte d’un métier,
le permis de conduire, un engagement sportif, etc., et aussi de leur
redonner confiance en eux, leur permettre de voir le sens, l’intérêt
et aussi la possibilité de réussir. |
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Crédit photo : Christophe
Loiseau |
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| Q : Quelles sont les missions
de votre centre ? |
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R : Les centres de ressources
illettrisme ont pour mission de fournir un appui pédagogique
et technique à tout acteur de la lutte contre l’illettrisme.
Ils sont ouverts à toute personne intervenant dans la lutte
contre l’illettrisme ou qui s’y intéresse. Outre
l’illettrisme, leur champ de compétences peut s’étendre
au Français langue étrangère (FLE) et à
l’analphabétisme. |
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| Q : L’approche pédagogique
est-elle différente auprès d’une personne
en situation d’illettrisme, d’analphabétisme,
ou d’une personne non francophone relevant du FLE ? |
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R : La personne illettrée
est habituellement renvoyée à son propre échec.
Elle est dépendante des autres mais elle a développé
des compétences qui ne s’appuient pas sur la lecture,
l’écriture ou les mathématiques. En tout état
de cause, refaire l’école n’est surtout pas à
proposer. La personne analphabète est demandeuse de formation.
Quant à la personne relevant du FLE, elle maîtrise déjà
l’écrit, elle souhaite apprendre le français en
plus ! |
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| Q : Comment redonner le
goût des apprentissages aux personnes pour lesquelles,
à un moment dans leur formation initiale, quelque chose
a bloqué ? Comment faire pour que ça marche ? |
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R : Leur dire qu’elles
ne sont pas les seules dans cette situation, qu’il n’y
a pas d’âge pour apprendre. Leur faire prendre conscience
que leur situation doit changer.
Entrer en formation, c’est une mise en danger, c’est accepter
aussi que le regard de l’autre va changer. La personne ne sera
plus vraiment comme avant. Pour que cela marche, il faut utiliser
des méthodes non infantilisantes, adaptées selon la
difficulté linguistique. Il faut des outils en lien avec la
vie quotidienne, mais aussi faire découvrir la littérature,
l’art en général. C’est un moyen valorisant
d’apprendre à lire, à écrire. |
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| Q : Entre misérabilisme
et stigmatisation, la position des personnes illettrées
n’est pas simple. Quels écueils éviter,
quelle attitude adopter ? |
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R : Quand nous serons à
même de parler et d’écrire “illettrisme”
au lieu de tourner autour du pot, des tas de situations se débloqueront
et les tabous disparaîtront. Nos voisins francophones ont un
regard différent qui permet aux personnes en difficulté
linguistique de se sentir plus soutenues. |
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| Q : Quelles sont vos recommandations
pour les bénévoles qui souhaitent s’impliquer
dans l’aide à la maîtrise des compétences
de base ? |
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R : Une formation est nécessaire
pour envisager une intervention bénévole auprès
de publics en difficulté linguistique. Il faut avoir toujours
en tête que la personne que l’on a en face de soi a des
compétences : elle a vécu avant vous, elle a engrangé
des expériences. Ce n’est pas une page vierge comme le
pourrait être un enfant.
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Crédit photo : Christophe
Loiseau |
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