| |
« C’est un public difficilement repérable
», explique Sabrina, animatrice. Un groupe « invisible
», qu’« il faut aller chercher ». Pour pallier
leurs lacunes, les illettrés utilisent maints subterfuges,
des pertes de mémoire aux problèmes de vue. Ils ont
le plus grand mal à solliciter d’eux-mêmes des
formations. Aujourd’hui seules 60 000 personnes en France bénéficieraient
d’actions de lutte contre l’illettrisme, alors qu’elles
sont 2 millions à être éloignées de l’écrit.
Pour les motiver, “Réussir l’insertion
à Bron” a fait le choix du pragmatisme.
L’association propose « des formations pratiques »
et s’adresse à tous ceux qui ne maîtrisent pas
les compétences de base, et pas seulement aux illettrés.
L’objectif est que les « apprenants » en ressortent
avec la maîtrise du socle de compétences nécessaires.
« Pour, selon la définition de l’Agence
nationale de lutte contre l’illettrisme, garantir
à chaque personne des conditions favorables à son
épanouissement personnel, à sa citoyenneté
active, à son intégration sociale et culturelle ainsi
qu’à son insertion professionnelle ». “Réussir
l’insertion à Bron”, véritable
régie de quartier, propose un programme de formations –
plutôt des « cours d’appui », selon Sabrina.
Les questions sont d’abord concrètes et concernent
l’apprentissage des mots courants. Les cours procèdent
par binômes. Chaque bénéficiaire est accompagné
par un bénévole de l’afev
qui met, chaque semaine, ses compétences à sa disposition.
Sabrina s’occupe ainsi d’une quarantaine de personnes.
« Chaque bénéficiaire reste en moyenne deux
mois. » La plus grande satisfaction des animateurs est que
la moitié de ces bénéficiaires accèdent,
à l’issue de leur passage, à une formation de
droit commun. “Réussir l’insertion
à Bron” fonctionne dans l’urgence
et la nécessité de trouver des solutions au plus vite.
Aussi ces cours se rapprochent-ils plus de séances de conversation
que de leçons. Les ateliers mobilisent les capacités
d’attention, de mémorisation, de représentation
et de compréhension.
Un souci du concret qui pousse l’association à proposer,
par exemple, des initiations au code de la route. « Un excellent
exercice » car, pour Sabrina et ses collègues, il est
une application directe de ces séances : se penser et s’orienter
dans l’espace relève bien des compétences de
base. Un exercice d’autant plus utile qu’il touche au
quotidien des « apprenants ».
Loin des débats sémantiques et méthodologiques,
l’exemple de “Réussir l’insertion
à Bron” prouve que, sur le terrain, analphabètes
et illettrés se rejoignent dans leur manque de maîtrise
des acquis de base, mais surtout dans leur désir de changer
le cours des choses.
|