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| Q : Vous avez signé
en 2003 un court métrage mettant en scène un homme
illettré, Éric le voisin. Comment est né
ce projet ? |
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R : Il s’agissait
d’une commande dans le cadre d’une campagne contre
l’illettrisme. Je l’ai immédiatement acceptée,
dans un esprit militant.
Maîtriser la lecture, c’est accéder à
la culture, à la vie sociale. Or, je constate qu’on
vit de plus en plus dans des logiques de rentabilité
à court terme, l’éducation passe après.
On le voit dans la manière avec laquelle le Fonds monétaire
international a prêté de l’argent aux pays
africains : ils devaient rembourser sur une période de
quatre ans, alors ce qui a trinqué c’est l’éducation,
la santé et le social… En France aussi, les professeurs
sont découragés, ils ont le sentiment d’être
abandonnés, de ne plus avoir les moyens de remplir leur
mission, notamment dans la lutte contre l’illettrisme.
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| Q : Comment avez-vous construit
ce personnage d’illettré ? |
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R : Je travaille régulièrement
dans des écoles sur des projets liés au cinéma,
souvent dans des quartiers défavorisés. J’y ai
rencontré un grand nombre d’enfants, mais aussi d’adultes,
qui ne maîtrisent pas la lecture et l’écriture.
J’ai pu me rendre compte des difficultés que cela impliquait.
Déjà, moi, sans être illettré, je n’ai
pas été trop à l’école, je fais
plein de fautes d’orthographe, et honnêtement ça
me pourrit la vie... |
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| Q : Dans votre film, Éric finit
par aborder la femme à qui il n’osait pas parler,
mais il ne sait toujours pas lire et écrire… Qu’avez-vous
voulu montrer ? |
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R : Éric est en situation
d’échec pendant une grande partie de sa vie. À
la fin, la femme qu’il aime le regarde et lui montre qu’elle
l’aime aussi. On peut se demander si ça, c’est
une position d’échec… Je voulais montrer que ce
n’est pas parce que l’on est illettré qu’on
est condamné à être exclu de tout. |
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