Un « socle commun » peut-il rendre la société plus juste ?
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Le socle commun : une idée qui ne date pas d’aujourd’hui
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De Henri Wallon au collège unique

Après 1945, une conception de l’enseignement qui offre une chance aux plus doués ou aux plus méritants de rejoindre l’élite s’oppose à une conception qui, dans l’esprit d’Henri Wallon, vise « une élévation totale de la nation, quelle que soit la situation occupée, ou plutôt quel que soit le travail et quelles que soient les fonctions qu’auront à accomplir tous les individus dans la société » (conférence de Besançon, 1946).

À partir de 1959, l’allongement de la scolarité à 16 ans ayant conduit vers l’enseignement secondaire les élèves qui, auparavant, cessaient leurs études après le passage du certificat d’études, nous assistons à deux réformes majeures et contradictoires, liées à la double exigence de la formation d’agents économiques compétents et de citoyens éclairés.

D’une part, en 1963, Christian Fouchet institue un Collège d’enseignement secondaire (le CES) qui réunit « sous le même toit toutes les formes d’enseignement entre la fin des études élémentaires et la fin de la scolarité obligatoire ». Le but est de capter tous les « bons » éléments pour les diriger vers les filières de l’enseignement long tandis que les autres se contenteront d’un enseignement court destiné aux métiers d’exécution.

D’autre part, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, qui, en 1974, déclarait « Le premier objectif, c’est l’élévation du niveau de connaissances et de culture des Français », René Haby crée le « Collège unique » (1975). Valéry Giscard d’Estaing précise lui-même : « La mise en place d’un système de collèges pour tous les Français […] devra s’accompagner, sur le plan des programmes, de la définition d’un « savoir commun », variable avec le temps, exprimant notre civilisation particulière ».

Picto livre Mais de droite et de gauche (!) [VGE] est accusé de « minimiser les savoirs », de vouloir le nivellement par le bas. Ce n’était pas — c’est le moins que l’on puisse dire — prendre au sérieux (ou au mot) le président de la République. Le débat sur la définition d’un « savoir commun minimal exprimant notre civilisation particulière » qu’appelait de ses vœux Valéry Giscard d’Estaing n’a pu avoir lieu. Et le « collège unique » n’a pu être fondé à partir de ce qui était son principe et son ambition.

Extrait de l’article de Claude Lelièvre «Un socle commun pour un collège unique» accessible sur le site des Cahiers pédagogiques


On sait ce qu’il est advenu du « Collège unique » : il s’est substitué au système des filières mais il n’a jamais été mis en œuvre dans son esprit puisqu’il a constamment été l’objet de détournements favorisant les disciplines sélectives et accentuant les écarts entre les élèves. Plutôt que de profiter de leur présence dans des groupes hétérogènes pour accéder à une culture commune, les élèves en difficulté ont en effet été confrontés à leurs lacunes sans pouvoir bénéficier de réels dispositifs de soutien ni d’une pédagogie adaptée.

Parallèlement, l’idée d’un « savoir commun », attaquée de tous bords, n’a jamais pu dépasser le cap des commissions d’étude : le rapport de Pierre Bourdieu (1985), les recommandations de Luc Ferry au temps où il était président du Conseil national des programmes (1994) le rapport Fauroux commandé par François Bayrou (1996) et le rapport de François Dubet (1999) ont été enterrés. Ces travaux contenaient des propositions qui oscillaient entre une remise à jour de ce qu’il n’est pas permis d’ignorer à la sortie de la scolarité obligatoire et une redéfinition de ce qui doit fonder une culture commune sur le long terme.

Picto livre Le rapport du Collège de France remis par Pierre Bourdieu en 1985, préconise dans son chapitre intitulé « L’unité dans et par le pluralisme » :
Des programmes nationaux devraient définir le minimum culturel commun, c’est-à-dire le noyau de savoirs et de savoir-faire fondamentaux et obligatoires que tous les citoyens doivent posséder. Cette formation élémentaire ne devrait pas être conçue comme une sorte de formation achevée et terminale mais comme le point de départ d’une formation permanente. Elle devrait donc mettre l’accent sur les savoirs fondamentaux qui sont la condition de l’acquisition de tous les autres savoirs et sur la disposition à acquérir des savoirs (adaptabilité intellectuelle, ouverture de l’esprit, etc.).


L’actuelle réflexion, relancée par Luc Ferry pendant la période où il a été ministre de l’éducation, et reprise avec plus ou moins de conviction par ses successeurs, a radicalisé les termes de ce dilemme. Ira-t-elle plus loin que ses celles de ses prédécesseurs ?

      
      
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L'école enfin expliquée aux parents (et aux autres)


Ce dossier, revu et augmenté, constitue un chapitre de L'École enfin expliquée aux parents (et aux autres) publié aux éditions Stock en partenariat avec Curiosphere.tv


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