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Joëlle Turin, formatrice, critique
de littérature jeunesse |
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| L’école, lieu
d’accueil de tous les enfants, de toutes les nationalités,
de toutes les origines sociales ou culturelles, creuserait-elle
le fossé des inégalités ? Un des discours
fréquemment entendus, et encore plus depuis les récents
événements où des bâtiments scolaires
ont été volontairement incendiés, est
qu’elle ne répond plus aux exigences et aux conditions
qui assureraient à tous les enfants scolarisés
une égalité des chances. L’école
maternelle, parce qu’elle est le lieu de transition
entre la famille et l’école, est un des éléments
clés de la prévention des inégalités
et de l’échec scolaire. |
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Parvient-elle à préparer
la lecture de manière à permettre à tous
les enfants d’y accéder ? Comment s’y prend-elle
? Les sociologues ont montré que l’échec
en lecture concerne surtout des enfants de milieux populaires,
et en particulier ceux qui n’ont pas passé des
heures à lire des albums sur les genoux de leurs parents,
qui n’ont pas été familiarisés avant
l’école avec les codes et la culture de l’écrit.
Cette approche socioculturelle des inégalités
n’est pas, loin s’en faut, étrangère
à l’école maternelle. Dès 1984, suite
au rapport « Les illettrés en France », le
livre et la culture de l’écrit ont été
valorisés à l’école maternelle. En
2002, les programmes prennent à la fois en compte l’éveil
de l’enfant (qui passe par la dimension du langage oral)
et les premiers apprentissages de lecture et du langage des
récits. En 2003, la question de la lecture devient plus
que jamais une question politique, sociale et culturelle.
L’école maternelle est de plus en plus confrontée
à la difficulté que représente la disparité
des enfants quant à leur accès au langage du récit
et à la maîtrise de la syntaxe : de nouveaux dispositifs
sont mis en place, dont on commence à percevoir les effets.
La lecture est désormais perçue comme une pratique
compliquée et non comme un apprentissage élémentaire,
ce qui sous-entend que lire, c’est comprendre des textes
et non seulement savoir déchiffrer. La création
de programmes familiaux locaux en collaboration avec différents
ministères ainsi que l’Agence nationale de lutte
contre l’illettrisme constitue un de ces leviers. Ces
programmes permettent d’entrer dans une dynamique plus
culturelle que scolaire, visant à aider l’enfant
à grandir dans une culture et à l’enrichir
de références sans chercher à rentabiliser
ses connaissances et son intelligence.
Ils s’inspirent des pratiques d’associations militantes
qui préparent à la lecture en la considérant
sous l’angle des bonheurs culturels, imaginaires et affectifs
et non seulement sous l’angle de la maîtrise du
code dont on sait toutefois qu’elle est indispensable
pour accéder à l’autonomie. René
Diatkine, le président-fondateur d’A.C.C.E.S.,
compte parmi ces précurseurs qui ont permis de décoller
des références uniquement scolaires. Le colloque
de 1979 “Apprentissage et pratique de la langue écrite”
a permis de débattre autour de la problématique
de l’école et de l’entrée des enfants
dans la lecture, leur appétit et le fait que d’autres
restent à la traîne.
Le fait d’équilibrer les dimensions culturelles,
sociologiques et psychologiques, de prendre aussi en compte
la dimension de l’individuel, a permis d’avancer.
Le projet que des bénévoles de l’afev
ont démarré à Valenciennes relève
de cette dynamique. Il présente aussi l’avantage
d’associer étroitement les familles qui doivent
comprendre l’importance de ce qui se fait à l’école
pour mieux accompagner leur enfant. Dans le cadre de cette action,
elles verront leurs enfants s’éveiller aux bonheurs
de la lecture partagée, elles entendront parler de livres
et ne manqueront pas à leur tour de goûter au plaisir
des histoires.
C’est par l’offre faite avec subtilité et
respect qu’il va être possible de susciter des choses
et réintroduire de quoi compenser les manques initiaux,
c’est aussi en prenant du temps et non dans une course
à la rentabilité, en prenant les enfants où
ils en sont et en s’accordant à leur rythme avec
une totale disponibilité que les actions menées
en concertation par l’école et l’afev
devraient permettre de redistribuer les cartes. |
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