| |
Oliver n’a que 16 mois mais
il est déjà scolarisé : il vient d’intégrer
le jardin d’enfants qui constitue, en Suède, le premier
niveau du système éducatif. « Et encore,
il n’est pas le plus jeune, certains bébés ont
à peine douze mois », remarque son père,
Viktor. Depuis 1996, l’entrée de tous les enfants de
1 à 2 ans dans les structures préscolaires est devenue
une priorité nationale. Au même moment, ces structures,
qui accueillent les enfants jusqu’à 6 ans, ont été
transformées par l’État en antichambres des
classes primaires, avec des personnels et des programmes préparés
en conséquence. Aujourd’hui, 84 % des bébés
de 1 à 2 ans sont pris en charge ; ce chiffre monte à
100 % pour les enfants de 2 à 5 ans. L’objectif n’est
pas pour autant de faire rentrer dans le crâne des tout-petits
des savoirs utiles à leur future scolarité.
« Les professeurs nous ont expliqué que le plus
important, c’était la socialisation, explique
la mère d’Oliver, Jona. Les enfants jouent ensemble,
mangent ensemble, font des sorties, apprennent à se découvrir.
Tout ce que nous, parents, ne pouvons pas leur offrir, d’autant
que nous travaillons tous les deux. » « Cette scolarisation
dès le plus jeune âge est axée autour de l’enfant,
elle doit lui permettre de grandir et de se développer dans
les meilleurs conditions », confirme le professeur Ingrid
Pramling Samuelsson, auteur de plusieurs enquêtes sur l’éducation
préscolaire en Suède.
Toutefois, si l’accent est mis sur le jeu et l’expression
personnelle, cette entrée précoce dans des structures
préscolaires doit permettre d’éveiller aussi
la curiosité des tout-petits par rapport à leur environnement.
« La petite enfance est une période clé
pour l’avenir de l’individu : c’est à cet
âge qu’il construit ses aptitudes et ses valeurs »,
poursuit Ingrid Pramling Samuelsson. Au niveau des aptitudes, la
chercheuse précise qu’il s’agit par exemple «
non pas de savoir compter, mais de pouvoir reconnaître entre
deux chiffres ou deux objets lequel est le plus grand ».
Ceci afin de « donner du sens » au vocabulaire
mathématique qui sera plus tard employé. Au niveau
des valeurs, l’ambition n’est rien moins que de «
préparer les enfants à être des citoyens ».
Alors que le pays accueille de plus en plus d’immigrés,
l’espoir est que la vie en collectivité dès
le plus jeune âge permette aux enfants d’apprendre à
la fois le respect des différentes cultures et celui des
institutions démocratiques propres à la Suède.
Dix ans après l’intégration des structures préscolaires
dans le système éducatif, le bilan est ici jugé
très positif. Le plus surprenant, souligne une enquête
réalisée en 2002 par l’Unesco,
est qu’au final, ce sont les structures préscolaires
qui ont influencé les écoles, et non l’inverse
comme certains le craignaient. Les programmes des classes primaires
« se sont beaucoup inspirés de pratiques pédagogiques
préscolaires », notamment le jeu et l’expression
artistique. De façon générale, «
l’apprentissage s’est substitué à l’enseignement
», juge l’Unesco
qui voit là une évolution décisive dans le
rapport de l’école aux élèves.
|