AFEV Dossier 03 - Inégaux dès la maternelle
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Inégaux dès la maternelle

Reportage
 
Puce titre Les tout-petits à l’école de l’autonomie  
  Anne-Sophie Morel  
 
 
À Noisy-le-Grand, la pré-école communautaire de l’association ATD Quart Monde est un projet pilote où parents et enfants viennent deux fois par semaine. Un moment pour se retrouver ensemble dans un endroit calme et dévolu à l’autonomie de chacun.
 

Il est 8h30 ce jeudi matin du mois de décembre à la pré-école communautaire de ATD Quart Monde, à Noisy-le-Grand, et les mamans arrivent les unes après les autres, accompagnés de leurs bambins emmitouflés. Ici, ce n’est pas encore l’école maternelle mais une pré-école communautaire où les parents restent toute une matinée avec leurs enfants, en étant totalement libres de faire ce qu’ils veulent comme activités. Un projet unique en Ile-de-France.

Les tout-petits à l’école de l’autonomie - groupe de Noisy-le-Grand
  Pour retrouver l’origine de cette pré-école, il faut remonter aux années 70, période durant laquelle le père Joseph Wresinski, curé dans les paroisses ouvrières et rurales, rejoint un camp de sans-logis à Noisy-le-Grand. Il y crée une association, devenue “Aide à toute détresse” (ATD) et propose un jardin d’enfants et une bibliothèque pour que ces personnes retrouvent une dignité, sans dépendre des autres. Il met également en place un atelier pour les jeunes et les adultes, une laverie, un salon d’esthétique… Une atmosphère communautaire qui caractérise la cité de promotion familiale de Noisy depuis plus de trente ans. Ces personnes y vivent provisoirement avant de trouver un logement plus spacieux, à Noisy ou dans la région parisienne.

Et c’est notamment à la pré-école communautaire que les parents se retrouvent deux fois par semaine, le mardi et le jeudi matin. Tables à dessiner, dînettes, peintures, lecture, coin gym et relaxation avec des immenses tapis de sol, musique... Tout est fait pour que l’enfant puisse aller d’un jeu à un autre de manière autonome, sans règles préétablies. Trois personnes les encadrent bénévolement : Christine, responsable, Amandine, animatrice du lieu, et enfin Guylène, « alliée » au sein d’ATD. « C’est un temps pour que les parents et leurs enfants se retrouvent ensemble, explique Christine Geroudet. On essaie de travailler au maximum la relation parent/enfant car ces personnes n’ont pas toujours le temps de le faire à la maison. La plupart n’ont pas des vies faciles et c’est ici l’occasion de se concentrer tranquillement sur l’enfant car ils veulent le meilleur pour leurs petits. » Mais c’est aussi l’occasion de parler entre parents, de la vie de tous les jours, d’échanger, de s’ouvrir, de se vider la tête des problèmes, tout en restant au milieu des enfants sans les laisser jouer seuls de leur côté. Jordan va avoir deux ans en mars, il vient à la pré-école depuis qu’il a un an. Il est ici comme chez lui malgré son jeune âge. Ses yeux pétillent, on sent tout de suite qu’il est heureux d’être là au milieu des autres enfants de son âge, en pouvant faire toutes les activités qu’il souhaite. Sa maman n’est jamais très loin, prête à l’aider pour un dessin ou des jeux de construction. « J’essaie de venir le plus souvent possible car c’est un moment très important pour lui, comme pour moi d’ailleurs, raconte Sabrina, maman du petit Jordan. Il a besoin de se mélanger aux enfants de son âge pour l’aider à s’éveiller pleinement, il se défoule, parle, ça change du quotidien de la maison où il est tout seul pour jouer. » Virginie, elle, maman de trois petits garçons Ryan, Yann et le nouveau-né Yanis, y vient depuis un an. « Ils parlent plus depuis que nous venons ici car ils sont plus amenés à discuter avec les autres enfants, sans se préoccuper de ma présence. Ryan a découvert le puzzle ici et depuis il ne joue qu’à ça. Je viens même avec le tout petit de 1 mois pour qu’il s’habitue. »

L’autonomie est donc le maître mot de cette pré-école, ils ne sont pas prêts à ce qu’un adulte leur dise ce qu’il faut faire. Il leur faut cette liberté pour accéder au milieu plus scolaire que représente la maternelle. Il leur faut cette liberté pour accéder au milieu plus scolaire que représente la maternelle. « Et c’est tellement mieux pour l’enfant de faire les différentes activités près de son papa ou de sa maman, ajoute Christine Geroudet, de sentir qu’ils le regardent évoluer, ça fait grandir. » À chaque fin de matinée, pour immortaliser ces moments partagés, les parents écrivent un carnet de bord appelé “album de développement”. « On écrit ensemble en reparlant des activités que l’on a faites pendant la matinée mais les parents sont libres de l’emmener chez eux, explique Christine Geroudet. C’est toujours intéressant pour eux de revenir sur les dessins, les collages, les peintures, et ça aide les parents à revenir sur cette attention. » Et pour compléter les matinées à la pré-école, Christine se rend chez les parents de la cité de promotion familiale régulièrement afin d’établir un contact permanent.

 
Crédit photo : Carine Turin
 
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