UN ENJEU DEMOCRATIQUE

 
 

Par Bernard Bier, chargé d’études et de formation à l'Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire (INJEP)

 
 

Bernard BierEduquer, c’est l’affaire de tous! Cette affirmation semble aller de soi : les lieux, instances ou acteurs éducatifs sont nombreux, chacun en a fait et en fait l’expérience dès sa prime enfance dans les espaces scolaires ou universitaires ad hoc où il est confronté à des savoirs scolaires (éducation formelle), dans des lieux divers tels les centres de loisirs, clubs sportifs, associations... espaces souvent assimilés à l’éducation populaire (éducation non formelle), ou dans son expérience quotidienne, à travers les différentes situations personnelles, professionnelles, associatives... où il construit autant qu’il se construit (éducation informelle). Et pourtant !

Nous avons hérité, en France, d’une conception qui très majoritairement nous conduit à limiter l’éducation à la scolarisation, à la formation initiale et à la transmission générationnelle, au rebours d’autres pays et des textes européens qui parlent aujourd’hui couramment d’"éducation et formation tout au long de la vie", pour qui l’éducation n’est pas synonyme d’Etat mais tout autant de local, de vie associative, d’expérience de vie... Néanmoins on peut observer quelques évolutions appréciables : le développement des politiques éducatives locales, la validation des acquis de l’expérience...

Eduquer/s’éduquer, c’est entrer en contact avec le monde, avec les autres, sortir de la finitude, s’altérer, grandir, tisser du lien. On ne peut s’éduquer seul, mais il n’y a pas d’éducation sans implication, mobilisation, participation du sujet qui entre en apprentissage. On n’éduque pas par décret. Donc penser les apprentissages, c’est aussi penser (et travailler) la question du désir du sujet comme celle de ses résistances.

Le rapport au savoir, comme le rappelait Bernard Charlot(1), est rapport aux autres, au monde, à soi. Nous déclinerons cependant, contrairement à lui, ce terme au pluriel, tant les savoirs sont multiples (savoirs scientifiques, "profanes", d’action, d’expérience, "mineurs", etc.) et qu’il apparaît clairement aujourd’hui que l’invalidation de certains savoirs est reçue comme invalidation de ceux qui en sont porteurs. Il ne s’agit aucunement par là de rentrer dans une sorte de relativisme (tous les savoirs se vaudraient !) : penser la reconnaissance de ces savoirs, c’est affirmer leur légitimité à être mis en débat dans l’espace public.

(1)Auteur de "Le Rapport au savoir en milieu populaire", Anthropos, 1999.

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