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 Au loup !
 

• F’Murrr, Au loup !, Dargaud, 1993
Age : Collège
 
Repenser la "paternité" d’un conte - avant tout universel ! - et mesurer les libertés que l’on peut prendre avec

Au loup ! F’Murrr, auteur de bande dessinée contemporain, est surtout connu pour sa série à l’humour décapant Le Génie des Alpages.

La bande dessinée Au loup ! reprend sur un ton parodique des épisodes narratifs des Contes de Perrault, des Contes de mon Moulin ou encore des Fables de la Fontaine, dans lesquels de célèbres personnages, en particulier Le Petit Chaperon rouge, sa grand-mère et le loup, mènent la vie dure à leur histoire, à leur auteur, mais explorent également de nouveaux rapports les uns avec les autres : renversement du bourreau et de la victime (p.34), multiplication d’un même personnage qui se retrouve handicapé par ses pairs (p.3 ou 37) ou au contraire qui forme une armada avec eux pour mieux combattre l’adversaire (p.40) ; amitié entre personnages adversaires : le loup et le chaperon rouge devenus grands-parents (p.39), ou encore réconciliation de ces deux mêmes et de la grand-mère autour de la dégustation des trois petits cochons, (p.31).

Découvrir les ressorts de la parodie :

1. "Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur raconter ?..."
L’auteur tourné en dérision

F’Murrr introduit dans la dimension fictionnelle de la bande dessinée, à travers des représentations graphiques souvent humoristiques, l’illustre écrivain Charles Perrault. Mais il laisse apparaître certaines faiblesses en mettant en scène l’auteur en panne d’inspiration ou en le révélant sous un nouveau visage, à travers des dialogues où la censure et le beau parler ne sont plus les mots d’ordre.

Perrault assiste en spectateur au déroulement des scènes pour essayer de renouveler ses idées, interpellent les personnages pour prendre conseil, quand ce ne sont pas eux qui l’assaillent pour réclamer des dédommagements en regard de leur sort ou simplement critiquer l’homme et son travail.

Ironie et critiques sont au célèbre rendez-vous - du petit chaperon rouge, du loup, et de la grand-mère -, et permettent au lecteur d’assister aux coulisses du spectacle (on retrouve dans certains gags de véritables mises en scènes théâtrales) propres à susciter des réflexions sur le processus de re(ré ?)création des contes populaires, finalement ouvert à tous.

2. "Tire la moulinette et - le truc hum - cherra..."
Déclinaison d’un épisode narratif sous de multiples formes de réécritures

On retrouve ce procédé dans Au Loup ! en ce qui concerne principalement trois scènes : la rencontre du petit chaperon rouge et du loup dans la forêt, la scène dans la maison de la grand-mère, ou encore celle du corbeau de La Fontaine laissant choir son fromage.

On pourra apprécier le comique de Au Loup ! en comparant la narration originelle et les multiples variantes proposées par F’Murrr (du point de vue de l’issue narrative, de la tonalité de la scène, de la présence ou non de dialogue, etc.). Par la suite, on peut imaginer écrire de nouvelles parodies de contes sous un traitement bénéficiant d’une grande liberté, parmi lesquelles l’usage du dessin.

3. "Salut la Mèr’Grand. Et vlà ton dû. M’excuse. Suis pressée. Réunion syndicale. Bye"
Un conte de Perrault revu au XXe siècle

La force de F’Murrr est d’insérer à ses parodies, donc sous une tonalité heureuse, de nombreuses pistes de réflexion sur des problèmes ou évolutions du monde moderne. L’auteur sème dans ses planches nombre d’objets, concepts ou faits contemporains aux jeunes lecteurs : usage de la voiture (p.29), référence à la S.P.A (p.41), dénonciation du phénomène de disparition des forêts liées à l’urbanisation (pp.18-19 ou 48), mise en scène de syndicats montés par les personnages pour exercer une pression sur l’auteur...

Le public des adolescents d’aujourd’hui est particulièrement convoqué dans certains gags où éclatent les évolutions des relations intergénérationnelles, et ce, à travers le personnage du Petit Chaperon rouge et de sa grand-mère.

C’est aussi le langage moderne (utilisations d’abréviations et du langage familier, moindre rigueur dans la construction des phrases ou le choix du vocabulaire) qui contamine la plume de Perrault et qui nous permet de penser à l’impact qui réside dans le choix de la tonalité d’écriture lors de la transmission d’un conte classique, mais aussi par extension, de toute communication.

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