Pas d’insertion sans remobilisation : au pied d’une cité parisienne, l’Espace Jaurès a fait sien ce constat et travaille à redonner envie aux jeunes, tout en souplesse.

"
J’ai fait un peu de tout : des livraisons, de la distribution dans les boîtes aux lettres, j’ai bossé chez Auchan, j’ai été aide-poseur de cloisons sur des chantiers, j’ai travaillé dans une usine… C’est des métiers très durs physiquement, et mal payés. Des contrats d’une semaine, ce genre de trucs. On se casse le dos. Sans diplôme, sans formation, c’est difficile de trouver un vrai job." Jeune homme de 24 ans, Mohamed habite une cité du 19e arrondissement parisien. Au pied de l’un des bâtiments s’est ouvert il y a quelques années un centre d’animation local agréé par la CAF, sous la houlette de l’association d’éducation populaire Espace 19. Baptisé Espace Jaurès, il accueille aussi bien "les pitchounes de 6 ans que les grands", explique Mathieu Chaveneau, son jeune responsable.
Au départ pourtant, rien n’était prévu pour les 16-25 ans qui, comme Mohamed, peinent à trouver leur voie professionnelle. "Les “grands frères” sont venus nous voir, raconte l’animateur, déjà pour nous remercier du boulot qu’on faisait pour les petits, et aussi pour nous tester, pour voir ce qu’on pouvait faire avec eux." En septembre 2005, l’Espace Jaurès passe à l’action avec un projet baptisé “Remi” (remobilisation et insertion), soutenu par le Fonds social européen. "
On s’est demandé : de quoi a-t-on besoin ? et qui sont vraiment nos jeunes ? Premièrement, ils sont en rupture complète avec des programmes ordinaires d’insertion qu’ils ne fréquentent quasiment plus. Deuxièmement, ils ont une difficulté croissante à se projeter dans l’avenir, alors même qu’ils sont les rois de l’adaptation ! Quand ils en ont besoin, ils savent trouver des sous, des combines… Mais ils n’ont pas de projets à long terme." La petite équipe essaye alors de transformer cette "énergie de s’adapter" en "énergie de se projeter".
Confrontés à une situation délicate, qui aurait donné envie à certains de mettre la clé sous la porte, les animateurs de l’Espace Jaurès cherchent d’abord le côté positif des choses. "Il y a quelques semaines, se souvient le responsable, ils ont fracturé la porte du local, ils ont squatté, puis ils ont rangé, nettoyé, et refermé la porte. Voici ce qu’il s’était passé : à l’origine, nous avions décidé de mettre à dispo des locaux pour des groupes formels ou informels. Un soir, une ancienne collègue a refusé la salle, sur une décision jugée injuste par ces jeunes habitant l’immeuble. Ils ont donc décidé de faire passer un message - peut-être que fracturer la porte était la seule solution ? Maintenant je teste la mise à disposition totale des locaux, en autonomie complète : ils ont les clés, et ils ont le droit d’y être chaque fois qu’on n’y est pas. Des dérives s’installent parfois mais c’est normal, et c’est à nous de travailler dessus."