A Berlin, l’enseignement du hip-hop ouvre des perspectives à des jeunes en mal d’avenir. Elèves, puis professeurs, la danse les transforme en passeurs d’espoir.

"
Que puis-je faire pour la société ?" se demandait Ivan Stevanovic, rongé par l’envie de dépasser ses rêves et d’être pragmatique. Professeur de danse, il est né et habite Neukölln, un quartier de Berlin qui n’a vraiment rien à envier à nos ghettos hexagonaux : insultes, jets de pierres, violences quotidiennes dans les collèges… des scènes vues et revues, sur fond de débats autour de l’intégration et de l’immigration. "
Nous aussi, à Berlin, on a des ghettos d’immigrés", titrait même un article de
Welt am Sonntag relatant des événements survenus fin février 2006 dans un collège du secteur. Depuis 2004, Ivan a lancé le projet Streetdance. Son idée est, à travers le hip-hop, de redonner un sens à la vie de ces jeunes "
qui ne savent pas quoi faire d’eux-mêmes".
Après des débuts laborieux, le projet est intégré à l’association d’utilité publique Fusion, qui rassemble des projets d’accompagnement de jeunes défavorisés à travers l’art et la culture. Parce que "
la danse et la musique sont les deux formes d’expression les plus importantes des enfants et des jeunes", l’association décide de développer un département de danse, chapeauté par Ivan : cours de danse urbaine, ateliers de breaks et battle au programme.
Dans une optique d’insertion durable et pour "
les aider et leur donner confiance", Ivan a rapidement compris que former de futurs professeurs présentait plus d’intérêt que d’accompagner des danseurs. "
Ils transforment le mauvais potentiel en bon." Une dizaine de jeunes sont sélectionnés parmi les participants de Manege, une sorte de centre aéré à vocation artistique, géré par Fusion. Ils reçoivent une formation de six mois, sanctionnée par un certificat d’aptitude, et seront habilités, à l’issue de ce stage, à enseigner les danses urbaines à des enfants et des adolescents de 6 à 16 ans. Côté pratique, Ivan leur dispense des cours de danse, de chorégraphie, d’acrobatie et de coaching. Une partie théorique est consacrée aux notions, au langage du corps, à l’histoire et à la philosophie de la discipline. L’élève est projeté au cœur de l’apprentissage, l’accent étant porté sur sa capacité à se transcender et expérimenter, pour "
devenir quelqu’un".
La philosophie de Fusion dépasse les vertus sociales de ses activités. A travers ces cours, l’association offre de "
nouvelles possibilités professionnelles" à des jeunes en panne de perspectives et "
comble une lacune d’offres" dans un secteur en pleine expansion. Et pour cause, comme les académies de hip-hop se développent ici, elles fleurissent outre-Rhin. Quant aux jeunes, "
la fierté de leur propre performance et la reconnaissance publique les encourage dans leur confiance en eux, et les aide à devenir des adultes dans un monde difficile, explique-t-on à l’association
. Cette approche créative et artistique va au-delà du travail social classique et fournit au travail des jeunes de nouvelles approches et des méthodes pour une organisation réussie de l’espace social et pour une régénération urbaine".
Mathias Bocabeille