Lire la nature
Erasme et Comenius ont trouvé après eux des pédagogues défendant un apprentissage du monde à travers une lecture de la nature et une expérience sensitive, plutôt qu’à travers une lecture des livres, illustrés ou non.
Ponti, dans ses représentations, a su réconcilier harmonieusement nature et culture. Il n’amenuise en rien l’intérêt de l’observation et d’imitation de la nature dans le développement de l’être. Par exemple, Okilélé ("Oh ! Qu’il est laid !"), héros de l’album éponyme, vilain petit canard d’une famille sans pitié, rencontre au cours de sa quête initiatrice un "vieillard très sage" qui lui livre ce conseil : "Il te faut suivre le fil, trouver la Vieille Forêt et faire l’arbre".
Quelques temps plus tard, "Okilélé marchait sans savoir où aller. Il regarda les arbres : ils tenaient le ciel dans leurs branches et la terre dans leurs racines. Ils devaient certainement tout savoir et tout comprendre. Okilélé leur parla, mais il n’entendit pas leurs réponses. Il ne savait pas parler arbre. Okilélé se souvint des paroles du vieillard très vieux : il devait faire l’arbre. Il fit un trou et se planta dans la terre. (…) Les racines d’Okilélé s’enfonçaient partout dans la terre, ses branches s’étendaient partout dans le ciel. Il apprenait les secrets des pierres qui sont aussi vieilles que la terre. Et ceux du ciel qui sont immenses. Il apprit également le langage des oiseaux en écoutant les leçons que recevaient les oisillons. Et le jour où les oiseaux s’envolèrent, Okilélé cessa de faire l’arbre. Il jeta ses branches et quitta ses racines. Il savait parler arbre, il savait parler oiseau. Il parlophonait avec le monde entier. Il posa mille questions à n’importe qui, sur n’importe quoi, pendant trois jours et trois nuits." (3)
Si l’on est attentif aux détails de l’illustration, on remarque le fait qu’Okilélé apprend le langage des oiseaux en écoutant les leçons des oisillons qui s’instruisent…dans des livres ! L’auteur transmet ainsi à l’enfant l’idée du rôle complémentaire que la nature et la culture ont dans son développement et enrichissement personnel.
Il pense aussi que par essence "les livres sont une des plus belles choses naturelles du monde. Si on parle de la plaquette d’argile ou de l’os gravé, ce sont des livres au sens de quelque chose qui supporte l’écrit et qu’on peut relire" . (4)
|