| |
L'école de Jules Ferry |
 |
Quelle égalité des chances ? |
Le projet de Jules Ferry visait à dépasser l'ambition qui, jusque-là, se contentait modestement d'apprendre à lire, à écrire et à compter aux enfants du primaire. Les nouvelles lois assignaient donc à l'école de la République la mission d'enseigner, sans renoncer à l'objectif essentiel de fournir à chacun "tout le savoir pratique" dont un homme a besoin sa vie durant. Mais cette mission se heurte aux pesanteurs d'un système qui ne parvient à résoudre ni les contradictions qui mettent en tension la formation de l'esprit et l'accumulation des connaissances, ni celles qui opposent l'esprit critique à l'esprit de soumission vis-à-vis de l'ordre établi... fût-il républicain...
Sous la pression d'un savoir assimilé au beau langage, des traditions encyclopédiques et des réalités sociales, l'égalité des chances de l'école de Jules Ferry s'est réduite à une égalité de l'offre d'éducation.
La préoccupation de la puissance publique a finalement été de réformer le système éducatif pour que les moyens en locaux, en personnel, en organisation de l'institution et des programmes soient à la hauteur de l'objectif de rendre l'école accessible à tous. Mais les encouragements de Jules Ferry à aller dans le sens d'une "pédagogie nouvelle" n'ont pas suffi à entraîner les instituteurs vers des pratiques pédagogiques capables de faire réussir le plus grand nombre.
Au-delà d'une alphabétisation de base, la réalité reste la sélection précoce des élites et la préparation de la masse des élèves à leur future condition d'exécutants. La démocratisation de l'école n'est pas la démocratisation de l'enseignement et n'entraîne pas mécaniquement l'élévation du niveau d'instruction. L'apprentissage des mécanismes de la lecture et de l'écriture ne garantit pas, en effet, que l'élève en fera bon usage au cours de sa vie d'adulte. C'est ainsi que, jusqu'à aujourd'hui encore, on constate un analphabétisme "de retour" qui progresse en fonction du nombre d'années qui se sont écoulées depuis la sortie de l'école (9).
|
L’inspecteur général Roger-François Gauthier explique dans un rapport pour l’Unesco que, selon la conception de l’enseignement dont l’école d’aujourd’hui a hérité, "l’important était bien qu’il y eût tri, mise en hiérarchie, la question des contenus eux-mêmes, dont la plus ou moins grande maîtrise permettait le classement hiérarchique devenait du même coup secondaire, superflue. L’élève pouvait d’ailleurs souvent se permettre, une fois la sélection franchie, de tout oublier."
Les contenus de l’enseignement dans le monde : état des lieux et choix stratégiques (UNESCO, 2007)
|
|
(9) Voir le dossier "lire"
|
|
| |
|
|
|
|
Les Cahiers pédagogiques sont édités par le Cercle de recherche et d'action pédagogique (Crap), association de loi 1901.
Cette revue de référence est animée et composée depuis 1945 par des praticiens qui exercent à tous les niveaux de l'école (primaire, secondaire, supérieur) et dans tous les secteurs (enseignement, formation, vie scolaire, documentation, direction).
|
|
|
Ce dossier, revu et augmenté, constitue un chapitre de L'École enfin expliquée aux parents (et aux autres) publié aux éditions Stock en partenariat avec Curiosphere.tv
|
|
|