Le demi-échec du "collège unique" |
 |
La réforme Haby : l'égalité impossible |
En 1963, la réforme Fouchet rassemble les différentes filières (enseignement long, enseignement court, cycle de transition) au sein des mêmes établissements (les CES). Enfin, en 1975, René Haby impose le même enseignement pour tous les élèves jusqu'à la fin de la classe de troisième. Le but est d'élever le niveau de culture des Français et d'augmenter le vivier dans lequel la société va puiser ses chercheurs, et l'économie recruter ses cadres. C'est le "collège unique".
La période qui suit la seconde guerre mondiale voit donc se multiplier la construction des collèges (2354 nouveaux collèges entre 1965 et 1975) et arriver un afflux d'élèves dans les lycées.
En conséquence, le niveau de certification se déplace de l'école primaire vers les collèges et vers les lycées. Les 50 % d'une classe d'âge qui obtenaient le CEP en 1950, ont le brevet en 1975, le bac en 1990, bac + 2 en 2004...
La massification s'est alors accompagnée de la recherche empirique des moyens de concilier le projet de collège unique qui se voulait égalitaire et la réalité d'une société fondamentalement inégalitaire. D'ajustements en ajustements, au gré des allers et retours, des concessions aux intérêts particuliers et des adaptations aux difficultés liées à la diversité des élèves, les filières de sélection se sont trouvées réintroduites par le jeu des options disciplinaires et la ségrégation sociale a eu raison de la carte scolaire. En définitive, on n'a fait que déplacer et stabiliser l'inégalité des chances qui dépendent toujours plus des critères sociaux que des critères scolaires...
Aux 15 % de sorties sans diplôme, il faut en effet ajouter tous ceux qu'on a orientés "par défaut" vers des voies techniques non désirées et tous ceux qui n'ont pas franchi la première année d'université.
Cela signifie que cette seconde vague de massification de l'enseignement ne s'est pas accompagnée d'une réforme des structures institutionnelles napoléoniennes ni des contenus de l'enseignement ni des modes de transmission des connaissances. Cette réforme aurait pourtant permis de diversifier les approches pédagogiques de manière à donner à chacun les moyens de réussir dans des domaines également reconnus, ou de faire autre chose que d'assimiler des savoirs formels pour franchir les obstacles de la scolarité. Cette réforme enfin était la condition sans laquelle les Zones d'éducation prioritaire ne feront que compenser une inégalité de moyens sans prendre en compte l'écart qui sépare la culture des jeunes vivant dans des quartiers défavorisés et la culture de l'école.
|
[...]"sous le même toit", les élèves, dans leur diversité d'aujourd'hui, sont face à des contenus, des modalités d'enseignement, et surtout un sens implicite des scolarités qui restent marqués par la logique historique de tri. Contredisant la proclamation égalitaire, les inégalités créent, particulièrement à l'adolescence, et plus particulièrement encore parmi les garçons des milieux populaires, davantage de déception voire de rage."
Annick Davisse, "L'air du temps contre la transformation progressiste de l'école", article en ligne sur le site des Cahiers pédagogiques en complément du dossier N° 449 "Qu'est-ce qui fait changer l'école ?", Janvier 2007.
|
|