L'essentiel de ce qu'il faut savoir sur le sujet de la vidéo que vous avez visionnée : une remise en contexte, des clés pour comprendre, quelques chiffres et les points qui font débat. Bonne lecture !
La défaite de 1940 et l'armistice (22 juin 1940) abasourdissent les Français. Même hostiles aux Allemands, ils peinent à inventer des modes d'action. C'est dire l'importance de la manifestation qui se déroule le 11 novembre 1940. Vers 17 heures, des lycéens et des étudiants forment plusieurs cortèges s'efforçant de converger vers la place de l'Etoile, afin de rendre hommage au soldat inconnu. Cette démonstration est relativement massive, rassemblant selon les estimations de 1 000 à 3 500 participants. Elle est violemment réprimée, les Allemands interpellant une centaine de manifestants.
L'origine de cette action est plurielle. La radio de Londres, avait appelé à commémorer la victoire de 1918, commémoration que les autorités allemandes avaient interdite. Les étudiants proches du PCF, révoltés par l'arrestation, fin octobre, du professeur Langevin (un physicien réputé de longue date engagé dans la lutte contre le fascisme) avaient, pour protester, appelé à une manifestation le 8 novembre, qui n'avait connu qu'un succès limité. Ils entendirent rééditer l'expérience le 11 novembre. Lycées et facultés, enfin, bruissaient depuis la rentrée d'une sourde agitation, élèves et étudiants supportant mal la présence des Allemands et les premières mesures vichystes.
Le défilé du 11 novembre 1940 résulte donc de la convergence de cette triple attente et ne peut être porté au seul crédit des communistes, comme ces derniers l'ont suggéré après la guerre.
Le 11 novembre 1940 peut donner l'impression que la résistance fut surtout une affaire de jeunes. Les historiens tendent aujourd'hui à invalider ce schéma. Car l'armée des ombres recruta aussi des hommes et des femmes, solidement installés dans la vie.
Le cortège du 11 novembre montre que la manifestation, sous l'occupation, est restée un vecteur privilégié d'opposition. Elle fut encouragée par de Gaulle qui appela souvent à des garde-à-vous nationaux et autres démonstrations patriotiques.
Elle fut exploitée par le PCF qui exhorta notamment à des manifestations de ménagères (rue de Buci ou rue Daguerre), moyen de mobiliser des catégories qui n'étaient pas majoritairement engagées dans la résistance, telles les femmes, tout en limitant les incidences de la répression. On espérait que la police serait moins sévère à l'égard du sexe faible.
Les cortèges furent souvent spontanés. L'enterrement d'aviateurs alliés abattus put ainsi provoquer, en Bretagne par exemple, des manifestations improvisées montrant tant la haine de l'occupant que la solidarité avec les Alliés. Cette pratique renouait avec des formes anciennes, celles des enterrements républicains. Sous le Second Empire, les manifestations étaient interdites. Les opposants, lorsqu'une figure républicaine était enterrée, profitaient de l'occasion pour se rassembler, montrant ainsi leur refus du régime de Napoléon III.
Ces manifestations, enfin, ont présenté des formes spécifiques à la différence d'autres actions résistantes. Elles n'étaient pas clandestines : les protestataires défilent à visage découvert, voire de manière ostentatoire (quand ils portent des signes tricolores). Contrairement aux sabotages ou aux grèves, elles n'ont pas d'efficacité directe, exprimant avant tout la réprobation qu'inspiraient le régime de Vichy ou l'occupant allemand.
Elles eurent une certaine incidence. Elles contribuèrent à la délégitimation de Vichy, bien que Pétain ait jusqu'en 1944 conservé une certaine popularité. Elles permirent à des hommes ou à des femmes de s'engager ponctuellement, sans courir trop de risques, quitte à s'investir ensuite dans des formes plus achevées de résistance.
Aurélie LUNEAU, Radio-Londres : les voix de la liberté (1940-1944), Perrin, 2005.
Jacques SEMELIN, Sans armes face à Hitler. La Résistance civile en Europe. 1939-1945, Payot, 1989.
Danièle TARTAKOWSKY, Les Manifestations de rue en France. 1918-1968, Publications de la Sorbonne, 1997.