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Fiche réalisée par Olivier Wieviorka

14 juillet 1941 : parution de Défense de la France

14 juillet 1941 : parution de Défense de la France

Fiche d'accompagnement de la vidéo

L'essentiel de ce qu'il faut savoir sur le sujet de la vidéo que vous avez visionnée : une remise en contexte, des clés pour comprendre, quelques chiffres et les points qui font débat. Bonne lecture !

1. De quoi s'agit-il ?

Le 14 juillet 1941, un groupes d'étudiants rassemblés autour de Philippe Viannay, Hélène Mordkovitch, Robert Salmon, étudiants eux-mêmes - sortaient le premier numéro d'un journal clandestin, Défense de la France. Désireux de « faire quelque chose » pour reprendre la formule consacrée, ces jeunes entendaient donc surtout lutter par la presse pour agir sur l'opinion publique.

2. Repères essentiels

Ainsi, ces pionniers portaient leur combat sur le plan des idées. Car beaucoup de résistants appréhendaient l'occupation allemande. Ils craignaient que la population, contaminée par le virus nazi, ne se rue dans la servitude et que la France perde son âme. Il fallait donc conjurer ce risque en agissant sur la société, en lui disant la vérité et en l'alertant sur le péril que représentaient le nazisme, voire le pétainisme. Ces résistants se situaient donc dans la perspective de l'occupation, plutôt que dans la perspective de la guerre ; ils attendaient plus la libération que la victoire ; et ils agirent surtout dans le cadre des mouvements de résistance (Combat, Libération Nord, Franc-Tireur...).

3. Débats

Ce choix ne fit pas l'unanimité. D'autres organisations, les réseaux (Pat O'Leary, Manipule...) comme certains mouvements (ceux de la Libération) privilégièrent la dimension militaire. Cette opposition traduisait l'inégalité des savoir-faire : il était peut-être plus naturel à un étudiant de créer un journal que de combattre ; les officiers étaient sans doute plus à l'aise dans le renseignement que dans les armes de l'esprit.

Beaucoup jugèrent même que la distribution de cette presse s'apparentait à un enfantillage n'aidant en rien la libération du pays.

4. Aller plus loin

Le calcul des mouvement se révéla pourtant fécond.

Car pour conduire leur combat, ils durent se structurer. Il fallait des ateliers clandestins pour imprimer les journaux ; pour protéger ces installations se créèrent des corps-francs, petits groupes para-militaires, qui, outre la protection, menèrent des actions para-militaires. De même, les typographes fabriquèrent des faux-papiers, utiles pour protéger les réfractaires au Service du Travail Obligatoire, les juifs qui se cachaient, les Alsaciens déserteurs de l'armée allemande. La presse clandestine facilitait l'enrôlement, en donnant aux volontaires une tâche aisée à accomplir (distribuer un tract est plus facile que saboter une locomotive) et en forgeant, par le journal, une identité collective où chacun pouvait se reconnaître.

La presse clandestine connut donc un prodigieux essor. DF tirait 5 000 exemplaires en 1941 mais en imprima 450 000 le 15 janvier 1944. Du coup, les mouvements multiplièrent les imprimeries clandestines, crées ex nihilo (DF) ou mises à disposition par des professionnels (Martinet, Pons).

Il est cependant difficile de mesurer l'incidence de cette presse sur l'opinion. Vu sa périodicité irrégulière, elle ne pouvait pas véritablement informer, un rôle surtout tenu par les radios anglaise ou suisse. Mais elle contribua à imposer la résistance, en montrant que des Français pensaient différemment ; elle popularisa le programme politique de la résistance et contribua à souder un consensus autour de la résistance et du général de Gaulle. Elle fut aussi la matrice d'une presse nouvelle, dégagée, du moins l'espérait-on, des puissances d'argent qui avaient corrompu les journaux de l'entre-deux-guerres. Cette promesse fut inégalement tenue. Car si Combat incarna une forme de presse d'excellence, Défense de la France, métamorphosé en France-Soir, n'introduisit pas de rupture radicale.

5. Bibliographie

Claude Bellanger, Jacques Godechot et alii, Histoire générale de la Presse française, tome 4, de 1940 à 1958, PUF, 1975.

Olivier Wieviorka, Une certaine idée de la Résistance. Défense de la France. 1940-1949, Le Seuil, 1995.



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