L'essentiel de ce qu'il faut savoir sur le sujet de la vidéo que vous avez visionnée : une remise en contexte, des clés pour comprendre, quelques chiffres et les points qui font débat. Bonne lecture !
Le 26 janvier 1943, les trois grands mouvements de résistance opérant en zone sud – Combat, Franc-Tireur et Libération (sud) se fédèrent, formant une nouvelle organisation : les Mouvements Unis de Résistance (MUR).
La fondation des MUR marque une étape essentielle dans l’unité de la résistance. De fait, les trois mouvements acceptaient de fusionner l’ensemble de leurs services, à l’exception de la presse (chaque formation conserve son journal clandestin), ce qui devait permettre d’accroître la rationalisation et la coordination des activités clandestines.
Cette création favorisa également l’enracinement local de la résistance. Furent en effet créés, dans les six régions de zone sud ( R1 : Lyon, R 2 : Marseille…) des Directoires où les trois mouvements étaient représentés, les départements étant pour leur part dotés de chefs départementaux.
Le pouvoir gaulliste – et son représentant Jean Moulin – soutinrent une entreprise qui, dans l’ensemble, servait l’efficacité de l’armée des ombres.
Cette unification fut pourtant complexe, en raison des rivalités personnelles mais également idéologiques qui opposaient les trois premiers chefs – d’Astier pour Libération (sud), Frenay (pour Combat), Levy (pour Franc-Tireur). Chacun tentait en effet d’accroître son influence – même si Jean-Pierre Levy eut souvent un rôle de médiateur. En outre, ces querelles recoupaient des antagonismes idéologiques, opposant par exemple d’Astier, plus à gauche, à Frenay (au départ favorable à certaines thèses vichystes).
Cette unification, on l’a dit, répondait aux vœux de Londres ; dans le même temps, elle pouvait lui compliquer la tâche, en substituant à des forces atomisées un mouvement unique et puissant. Les heurts furent donc nombreux, se focalisant notamment sur la question de l’Armée secrète : ces effectifs paramilitaires devaient-ils être commandés par un homme nommé par de Gaulle ? Ou rester sous la houlette des MUR, comme l’exigeait Frenay (qui finalement perdit la partie)?
Les MUR démontrent que la résistance française, surmontant ses divisions, eut plutôt tendance à s’unir qu’à se diviser. Cette logique résulte tant de la maturité politique de ses dirigeants que de l’impulsion donnée par le général de Gaulle. Cette situation contraste fortement avec la situation caractérisant de nombreux pays, la Yougoslavie ou la Grèce par exemple, où les affrontements, fratricides, débouchèrent parfois sur une guerre civile. Cette marche vers l’unité fut renforcée par la création du Conseil national de la Résistance et la naissance du Mouvement de libération nationale qui, aux MUR, adjoignit en décembre 1943 d’importantes organisations de Zone Nord (Défense de la France, Résistance et Lorraine).
L’unification suscita toutefois des heurts, entre les mouvements mais également entre résistances intérieure et extérieure. Car par delà ses objectifs patriotiques - libérer la France de l’occupant allemand et mettre à bas le régime de Vichy - le MLN poursuivait un but politique. Il ambitionnait clairement d’enfanter, à la Libération, un parti politique susceptible de supplanter les formations traditionnelles. Il n’acceptait pas, du même coup, d’être traité en subordonné par de Gaulle, revendiquant au contraire le statut de partenaire.
C’est dire qu’il faut, au total, se défier de la légende d’une résistance marchant, sous la direction du général de Gaulle et sans conflit, vers l’unité.
Emmanuel d’Astier de la Vigerie (1900-1969), ancien officier de marine, puis journaliste, il fonde dès 1940 un mouvement de résistance, La Dernière colonne, qui constitue la matrice du mouvement Libération (sud), né en 1941, dont il devient le principal dirigeant.
Jean Pierre Lévy (1911-1996), ingénieur commercial, combattant en 1940, il fonde, autour du journal du même nom, le mouvement Franc-Tireur, au départ implanté dans la région lyonnaise.
MUR : Mouvements unis de Résistance.
MLN : Mouvement de libération nationale.
Laurent DOUZOU, La Désobéissance, histoire d’un mouvement et d’un journal clandestins : Libération-Sud (1940-1944), Odile Jacob, 1995.
Dominique VEILLON, Le Franc-Tireur : un journal clandestin, un mouvement de Résistance, 1940-1944, Flammarion, 1977.