Premiere journee du refus de l echec scolaire - contributions


 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

REPOSER LA QUESTION DES VALEURS QUI FONDENT L'ÉCOLE

Depuis son origine, le Mouvement ATD Quart Monde dénonce les politiques de lutte contre l’exclusion qui font surtout appel à l’assistance, car celles-ci ne font qu’atténuer provisoirement les effets de la grande pauvreté et de l’exclusion sociale, sans s’attaquer à leurs causes. Elles sont de surcroît très souvent humiliantes.

De la même manière, s’attaquer à l’échec scolaire en mettant en avant le soutien scolaire comme moyen premier est aussi une démarche d’assistance, qui ne s’attaque pas aux causes de cet échec. Ce soutien scolaire risque aussi d’être stigmatisant et humiliant, car il met l’accent sur les déficiences des enfants. Si ce soutien se révèle peu efficace, nous craignons vivement que cela aboutisse à en reporter la responsabilité sur les enfants et sur leurs parents : « On a tout fait pour les aider, sans résultat, donc c’est de leur faute ».

Pour ATD Quart Monde, le soutien et l'accompagnement scolaire ne sont pas à négliger mais ils ne sont pas le principal remède à l'échec scolaire. Refuser l’échec scolaire implique donc une remise en cause plus profonde du fonctionnement de l’école, pour qu’elle devienne vraiment une école faite pour tous les enfants, qui prenne vraiment en compte leur diversité sociale, culturelle…

Quelques axes essentiels :

  • l'échec scolaire pose en premier une question sur les valeurs qui fondent le fonctionnement de l'école (et de notre société, donc c'est une question "politique") : c'est le mode compétitif et élitiste de l'école qui en est la première cause, qui génère l'échec scolaire, en valorisant le fort et en rabaissant le faible.
  • l'échec scolaire est aussi une question de formation des adultes qui ont une responsabilité éducative. Pour éduquer les enfants, c'est très important de les connaître, eux et leur milieu de vie, en particulier ceux qui ont un vécu très différent de la culture véhiculée par l'école,
  • L'échec scolaire est une question de pédagogie (la même pour tous) : faire de l'élève un acteur et un citoyen, développer une pédagogie de la réussite, des valeurs coopératives...
    Pour investir vraiment dans les apprentissages, un enfant a besoin de confiance en soi. L’école cherchera donc à l’aider à développer sa propre estime de lui-même et de sa famille.
  • Impliquer les parents est fondamental, car l'enfant fait confiance à l'école si sa famille lui fait aussi confiance. Or les parents des milieux défavorisés ont souvent le souvenir de leur échec à l'école ; ils doivent donc pouvoir sentir la volonté des enseignants de briser le cercle vicieux…
  • Prendre en compte tous les savoirs : Pour être à l’aise à l’école, les enfants doivent pouvoir donner sens aux apprentissages scolaires, en rapport avec les autres savoirs vécus dans leur famille et leur milieu. L’implication des parents à l’école sera donc importante, pour aider à trouver ce lien entre les savoirs vécus et les savoirs scolaires. Pour qu’un enfant soit motivé pour apprendre, c’est important de lier les acquisitions qui lui sont demandée avec son expérience concrète et celle de son milieu (prendre en compte, par exemple, les savoirs plus manuels et moins théoriques).
  • C'est d'abord dans un cadre de mixité sociale , en valorisant toutes les capacités, compétences et intelligences que  l'échec scolaire doit être combattu de façon préventive. Il ne s'agit pas seulement de combattre l'échec scolaire, il s'agit de créer des relations entre les membres d'une même communauté qui permettent ensuite de faire société, de faire communauté, ce qui est la seule alternative à un monde d'exclusion,  de corporatismes en tous genres et de violence.

Bruno Masurel
Mouvement ATD Quart Monde

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