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De gaulle et la constitution de la Ve republique - La volonte d une Republique nouvelle par Odile Rudelle
 
Idées et pratiques constitutionnelles du général de Gaulle

Les institutions de 1958 et l'Etat de droit par Robert Badinter

La volonté d’une « République nouvelle », par Odile Rudelle

Le nécessaire, le contingent et l’implicite dans la Constitution de 58, par J. Boitreaud

De Gaulle et ses gouvernements, 1959-1969

De Gaulle et le référendum

Le Général et le septennat, par Raymond Janot

Le président de la République et le droit de grâce, par Anne Freyssinier
Rappel des révisions de la Constitution intervenues depuis 1958

Biographie de Michel Debré

Bibliographie
De Gaulle : discours du 4 septembre 1958, place de la République.

André Malraux : discours du 4 septembre 1958

Intervention devant le Comité consultatif constitutionnel, 8 août 1958
Naissance d'une constitution par Raymond Janot

L’élaboration de la Constitution de 1958 : entretien avec Michel Debré
 
La volonté d’une « République nouvelle »
par Odile Rudelle

Un républicain de gouvernement

Pour gouverner avant trente ans, il faut être prince du sang ou révolutionnaire. A sa façon, rigoureuse et courageuse, Michel Debré aura été prince d'une République qui chérit rien tant que les lauréats, mais aussi révolutionnaire contre des régimes qui sombraient dans la déchéance ou l'oubli des principes.

Pour illustrer ces images, rien ne vaut l'image, à dix-neuf ans de distance, de ses deux premières entrées au Palais Bourbon. Puisqu'il n'a jamais été député, il est la compétence républicaine qui accompagne le président du conseil : en 1939, âgé de 27 ans, il suit Paul Reynaud, dont les pouvoirs exceptionnels avaient laissé espérer un sursaut de la République, face à une Allemagne de plus en plus menaçante. Puis, de longues années plus tard, c'est le général de Gaulle, président du conseil chargé de réviser les institutions, qu'il accompagne, le 2 juin 1958. Il est alors garde des Sceaux aux côtés d'un chef de gouvernement investi la veille, sous la menace d'un débarquement de parachutistes, que le sénateur Michel Debré avait fait son possible pour retarder...

Quel chemin ! Le lauréat, participant au premier des nombreux plans de redressement économique et social que sa vie publique connaîtrait, avait du devenir clandestin dans son pays, résistant contre ses maîtres de l'Université, parlementaire d'opposition, dans un style de plus en plus radical, puisque le génie maléfique de tous ces régimes avait été le mensonge, le travestissement de la réalité derrière des mots redondants. « Travail, Famille, Patrie » avait dit l'État de Vichy, en acceptant la collaboration avec l'ennemi, la séparation des familles, et la déportation du travail. « Liberté, Égalité, Fraternité » dira la Quatrième République, en refusant le droit de vote national et même l'accès égal aux emplois, aux citoyens et citoyennes de ce qui se disait l'Union française. Cathédrale de papier, la Constitution de 1946 ne laissait d'autres issues à la France d'outre-mer que la révolte, et cela jusqu'à devenir le théâtre de guerres d'un autre âge.

Né sous les lambris de la République, le major du concours d'entrée au Conseil d'Etat ou du concours de sortie de l'Ecole de cavalerie de Saumur, semblait prédestiné pour les plus hautes charges. Mais il aura du improviser, apprendre sur le tas les règles de la solitude, de la vie en marge vis-à-vis d'adversaires qui profitaient de la défaite pour parader ou, pire encore, d'amis de la Résistance qui ne comprenaient pas que le général de Gaulle, tout militaire et catholique qu'il était, tout autoritaire et solitaire qu'il apparaissait, était une chance pour la République et donc pour la « France de toujours », comme disaient les discours de Londres, écoutés l'oreille tendue et l'œil fermé derrière les persiennes closes des villes endormies.

Une rencontre

Le calendrier du cœur ne sera pas celui des astres. Entre le général de Gaulle et Michel Debré, si curieux que cela paraisse, la chronologie des sentiments erra avant de se fixer. Si les deux hommes se côtoient depuis 1939, Michel Debré ne s'est vraiment imposé dans le compagnonnage gaulliste qu'en 1952, à la faveur du combat contre la CED, ce temps où le Général le sacra «  champion », ce qui dans son langage si personnel, signait l'alliance du sentiment et de la raison, du courage et de la valeur.

Tous deux venaient de l'entourage de Paul Reynaud. Directeur de cabinet, Gaston Palewski fait le lien, promettant d'organiser une rencontre qui aura lieu... cinq ans plus tard, le 22 août 1944. Ce jour-là, « Monsieur Jacquier », commissaire de la République de la région d'Angers, recevait à la préfecture de la Mayenne, le président du Gouvernement provisoire de la République française. Ce dernier débarquait à Cherbourg avec Walewski, directeur de cabinet. Ils étaient en route vers Paris en passant par Rambouillet, où siégeait l'état-major du général Eisenhower, qui hésitait encore à donner aux blindés de Leclerc l'ordre de se ruer sur Paris.

Ayant signé les nominations administratives de tous les préfets de la clandestinité, « Monsieur Jacquier » avait pris son propre poste à Angers. Il était arrivé à bicyclette dix jours auparavant, sans costume de rechange. Mais, pour accompagner le Général à la cathédrale et au Monument aux morts, il trouvera un extraordinaire chapeau noir à bords roulés, émouvant symbole d'une respectabilité républicaine enfin capable de s'afficher dans le grand jour de la Libération. Tel un talisman, la photo l'accompagnera dans tous ses bureaux ultérieurs. Si son destin personnel était scellé, la réciproque devrait attendre.

En avril 1945 c'est Gaston Palewski qui, toujours fidèle, l'appelle à Paris pour être chargé d'une mission de réforme administrative. Michel Debré a 33 ans. Il n'hésite pas. Comme en 1943 pour la préfectorale de la Libération, comme en 1958 pour la Justice et la Constitution, ou en 1969 pour les Armées, il repense la carte et les hommes, les circonscriptions et la formation professionnelle. Il réussira là où Hippolyte Carnot et Jean Zay ont échoué. «  L'architecte » se met à l'ouvrage et, en six mois, l'École nationale d'administration est pensée, écrite et coulée en ordonnances constitutives, organisant le recrutement, les études, les stages, la carrière et la formation permanente des nouveaux diplômés. La réforme de la carte administrative n'aura pas le temps d'avoir cette chance. Ni en 1958, ni en 1969. De sorte qu'elle attend encore.

La réputation de Michel Debré s'affirme. Sa culture de légiste est capable d'ordonnancer les ensembles, sans perdre de vues le détail juridique ou humain qui assure l'équilibre. Et au cours de l’année 1946, ce que la France officielle avait refusé, sera mis en application dans la Sarre voisine. Après la démission du général de Gaulle de janvier 1946, Michel Debré est chargé de mission pour la Sarre qui vient d'être isolée économiquement de l'Allemagne vaincue. Un plan de reconstruction économique et un projet de Constitution sont aussitôt établis. Les élections ont lieu en octobre et, en novembre, la Constitution sarroise est votée par le premier Landtag libre.

La politique de l'autonomie sarroise sera progressivement abandonnée sur l'autel d'une politique européenne où la nécessaire réconciliation franco-allemande sera trop souvent transformée en humiliation ou prétexte à exclusion pour les gaullistes et leur chef, alors caricaturés en parangons du nationalisme. C'est alors que Michel Debré donnera sa mesure de combattant de la politique, suffisamment sûr de ses convictions républicaines pour négliger le qu'en dira-t-on des salons et des salles de rédaction, côtoyant sans peur quiconque prône la réforme des institutions et l'abandon du scrutin proportionnel, s'oppose à l'Armée européenne ou se désespère de l'impéritie des pouvoirs publics Outre-mer, puisqu'il se porte garant que le moment venu, tous et toutes crieront d'une seule et même voix : « Vive de Gaulle ».


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