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Pierre Maillard, De Gaulle et le problème allemand, les leçons d'un grand dessein
Paul-Marie de LA GORCE
Pierre Maillard a été, plus que tout autre, associé à l'œuvre de réconciliation, d'entente et même d'union que le général de Gaulle a entreprise à l'égard de l'Allemagne après son retour au pouvoir. Et, plus qu'il en était, à sa place, un artisan, il en a été partisan. Comme à la lecture de la première édition de ce livre, on ne peut être ici qu'impressionné par les pages consacrées à l'extraordinaire périple que l'ancien chef de la France libre, devenu président de la Ve République, accomplit en Allemagne en septembre 1962. Tout y est : le soin avec lequel tout fut préparé, l'attention mise à la composition du discours, le recours à la langue allemande, le choix soigneusement calculé mais singulièrement sagace des trois cibles particulièrement visées, la classe ouvrière, la jeunesse et l'armée, et le fantastique accueil populaire.
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Impossible de ne pas sentir, en dépit de la discrétion qu'il s'impose à lui-même, que Pierre Maillard n'ait pas alors été profondément heureux : dans une vie d'homme et dans une carrière de diplomate, il n'y a pas souvent de circonstance pareille. Ce n'est là, bien sûr, que l'un des moments, même s'il fut le plus spectaculaire, du long parcours des relations entre le général de Gaulle et l'Allemagne. On le retrouve ici tel qu'il fut écrit dans la première édition de ce livre, suscitant les mêmes réflexions et, parfois, les mêmes interrogations. Pierre Maillard souligne, à juste titre, les éloges que le général de Gaulle adresse au peuple allemand, ce « grand peuple », dans ses écrits datant des années 20, alors que l'usage était alors souvent en France à l'accabler de tous les défauts, voire même d'une sorte de barbarie. Il ne peut éviter de rappeler que le jeune officier sortant de la tourmente de la première guerre mondiale fut instinctivement en faveur d'un traitement dur de l'Allemagne après la victoire, sévère pour ceux qui tentèrent, du moins à partir de 1924, de réussir la réconciliation qu'il accomplit lui-même près de 40 ans plus tard : il était alors dominé par le sentiment de la précarité d'une paix où il ne voyait qu'une trêve et par le pessimisme historique qui ne l'abandonna jamais mais qui, alors, lui faisait pressentir un nouvel affrontement - alors que d'autres pensaient qu'il fallait faire ce qu'il fallait pour essayer de l'éviter, du moins avant que l'accession de Hitler au pouvoir ne rendit ces efforts inutiles. De même Pierre Maillard reprend-il l'examen qu'il avait fait déjà des positions et propositions du général de Gaulle sur le traitement de l'Allemagne après la seconde guerre mondiale et sur le statut de la Rhénanie et de la Ruhr.
Ici, d'autres textes que ceux cités dans ce livre, montreraient davantage le caractère provisoire qu'ils avaient dans l'esprit du général de Gaulle comme il le dit, par exemple, au président Truman en août 1945, et l'on pourrait également souligner que la rupture intervenue entre Soviétiques et Occidentaux devait situer le problème allemand dans un contexte radicalement nouveau dont le général de Gaulle, s'il était resté au pouvoir, aurait naturellement tenu compte. Et, par-dessus tout, on n'oubliera pas que tous les gouvernements des Etats vainqueurs de la guerre, sans exception, se sont d'abord interrogés sur ce que serait le comportement de l'Allemagne et des Allemands et, dans cette attente, voulaient prendre des précautions contre le retour des tentations antérieures, au point même que les projets de partage de l'Allemagne présentés par les représentants américains à la conférence de Téhéran, soutenus par les Britanniques, étaient bien plus radicaux et définitifs que les propositions ultérieures de la France sur le Rhin et la Ruhr : mais l'essentiel fut l'adhésion profonde, massive et apparemment irréversible des Allemands à un avenir pacifique et démocratique qui, désormais, détermina leur histoire et qui, du même coup, devait changer le comportement des autres à leur égard.
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