De gaulle et l allemagne - Pierre Maillard, De Gaulle et le probleme allemand, les leçons d un grand dessein
 
Hermann Kusterer, Le Général et le Chancelier

Pierre Maillard, De Gaulle et le problème allemand, les leçons d'un grand dessein

Aux origines du traité franco-allemand

De Gaulle et Adenauer

De Gaulle et la question allemande
Interview de Hermann Kusterer
Allocution prononcée à Bonn le 4 septembre 1962

Réponse au toast prononcé par le président Heinrich Luebke le 4 septembre 1962

Traduction de l'allocution prononcée en allemand à Bonn devant la foule, 5 septembre 1962

Traduction de l'allocution prononcée en allemand à Cologne devant la foule

Traduction de l'allocution devant les ouvriers des usines Thyssen prononcée en allemand à Duisburg-Hamborn, le 6 septembre 1962

Traduction de l'allocution prononcée en allemand à Düsseldorf devant la foule, le 6 septembre 1962

Allocution devant les officiers de l'école de guerre allemande prononcée à Hambourg, le 7 septembre 1962

Traduction du discours devant la jeunesse allemande, prononcé en allemand à Ludwigsburg, le 9 septembre 1962

Traité de l'Elysée (22 janvier 1963)
Bibliographie franco-allemande

Biographie de Konrad Adenauer

Chronologie des relations franco-allemandes
 

Quoiqu'il en soit, le général de Gaulle, de retour au pouvoir, s'engagea dans cette entreprise de réconciliation, d'entente et d'union qui demeure, à distance, l'une des pages les plus significatives de sa politique étrangère qu'il mena sous la Ve République. Pierre Maillard en retrace les étapes durant «  l'idylle » de 1958 à 1962, puis en montre les limites et les impasses à partir de « la crise du traité franco-allemand » et par contraste avec ce qu'il appelle « l'appel du large ». Mais, dans cette seconde édition, il va bien au-delà. Et l'on ne peut s'empêcher de trouver, dans les dernières pages de ce livre, le frémissement discret d'une émotion. Au terme de son récit, il paraît tout-à-coup se reprendre comme s'il fallait, au moment de conclure, porter un autre regard sur ce qu'il venait de dire, de décrire et d'analyser. Il change de ton. Il s'interroge et interroge l'Histoire. Pierre Maillard décèle dans l'action extérieure du général de Gaulle les principes qui l'ont guidé et tente de mesurer ainsi le bilan de son action en même temps que sa valeur. Il y voit «  d'abord l'idée de nation » qui inspira, en effet, toute sa philosophie de l'Histoire et, en même temps, la pratique quotidienne de sa politique étrangère. La place primordiale donnée à l'action politique en était le second principe sans qu'elle ait en rien réduit l'importance naturellement accordée aux préoccupations économiques. « L'exigence d'indépendance » fut, d'un bout à l'autre, la ligne directrice de la politique suivie et tout y était subordonné. Le « contrôle démocratique » ou, si l'on préfère, le recours constant au soutien populaire, l'enracinement dans la volonté du peuple était, dit Pierre Maillard, le quatrième grand principe de cette politique. De là, montre-t-il, l'entreprise menée par le général de Gaulle à l'égard de l'Europe et de l'Allemagne.

Ce devait être, pour lui, une Europe respectant l'indépendance des Etats qui la composent mais, de la même façon, une Europe indépendante vis-à-vis de toute hégémonie extérieure, et le combat que la France, sous sa direction, mena contre le système des blocs, il voulait que l'Europe le mena dans son ensemble contre les hégémonies extérieures qui chercheraient à s'exercer sur elle. Pour Pierre Maillard, la réussite de cette entreprise supposait, en définitive, qu'elle soit menée en commun par l'Allemagne et la France. C'était, dit-il, la pierre angulaire de cette entreprise : sans elle, elle ne pouvait aboutir. Et c'est pour avouer, à la fin de son livre, que les trente années écoulées depuis la mort du général de Gaulle ont vu l'Allemagne se dérober et s'éloigner, tourner le dos à la voie dans laquelle le général de Gaulle aurait voulu qu'elle s'engage avec la France, avant que celle-ci, elle-même, ne semble s'en détourner ou du moins en oublier les impératifs. Ici s'ouvre inévitablement le débat. Il porte d'abord sur l'Allemagne. Est-il vrai que, même au temps de « l'idylle » de 1958-1962, elle était prête à répondre aux attentes du général de Gaulle ? On a tout dit, non sans raison, et on le revoit dans ce livre, sur une certaine parenté humaine, intellectuelle, ou même spirituelle, et de génération, entre le général de Gaulle et le chancelier Adenauer. Et il est bien vrai qu'il y eut dans la rencontre entre ces deux hommes quelque chose de symbolique et d'émouvant pour l'histoire de leurs deux pays et pour celle de l'Europe. Mais force est, pour l'historien, de constater que, tout en consacrant avec éclat la réconciliation franco-allemande, ils n'avaient de position identique ni sur les rapports avec la Russie, ni sur les relations avec les Etats-Unis, ni sur le système atlantique, ni sur ce que devait être l'organisation européenne, ni peut-être sur l'adhésion britannique à celle-ci, ni sur les problèmes apportés par l'actualité, tels que la guerre du Vietnam ou la crise du Proche-Orient.

L'entente avec la France est restée, depuis lors, profondément populaire dans l'opinion publique allemande, comme la réconciliation avec l'Allemagne peut l'être chez les Français. Mais l'essentiel est plus probablement depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, au temps d'Adenauer comme sans cesse par la suite, la volonté profonde, unanime et constante des responsables allemands de ne jamais se détacher si peu que ce soit de leur entente la plus étroite - certains diraient : de leur alignement - avec les Etats-Unis. Il n'en allait pas autrement il y a quarante ans et il en est de même aujourd'hui. Peut-être les préoccupations stratégiques et politiques l'expliquaient-elles davantage hier qu'aujourd'hui, où Pierre Maillard voit davantage la prépondérance des préoccupations économiques mais toutes, au fond, convergent dans le même sens. N'en va-t-il pas de même, du reste, pour les autres pays européens ? Il est significatif que tous aient voulu le maintien sans restriction du système atlantique après la fin de la guerre froide, sans esquisser la moindre aspiration à retrouver plus d'indépendance. Le fond et le tréfonds de ce comportement tient sans doute au traumatisme sans mesure des années 40 quand, en quelques années à peine, les quelques pays qui pensaient détenir à eux seuls le sort du monde s'effondrèrent les uns après les autres ou connurent un sentiment de détresse qui leur donna par la suite la conviction que leur propre sort ne leur appartenait plus.

S'agissant de l'Allemagne, le général de Gaulle, comme le suggère Pierre Maillard, espéra certainement qu'elle retrouverait le goût de l'indépendance tout en s'associant avec la France : comme je suggérais, au cours d'une conversation avec lui datant de 1964, que le souci de s'aligner étroitement sur les Etats-Unis était devenu primordial pour les Allemands, il me répondit, presque en maugréant, « c'est un grand peuple ». Plus tard il devait, par exemple dans ses entretiens avec Alain Peyrefitte, reconnaître que, sans doute, il en avait trop espéré.


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