De gaulle et l allemagne - Aux origines du traite franco-allemand
 
Hermann Kusterer, Le Général et le Chancelier

Pierre Maillard, De Gaulle et le problème allemand, les leçons d'un grand dessein

Aux origines du traité franco-allemand

De Gaulle et Adenauer

De Gaulle et la question allemande
Interview de Hermann Kusterer
Allocution prononcée à Bonn le 4 septembre 1962

Réponse au toast prononcé par le président Heinrich Luebke le 4 septembre 1962

Traduction de l'allocution prononcée en allemand à Bonn devant la foule, 5 septembre 1962

Traduction de l'allocution prononcée en allemand à Cologne devant la foule

Traduction de l'allocution devant les ouvriers des usines Thyssen prononcée en allemand à Duisburg-Hamborn, le 6 septembre 1962

Traduction de l'allocution prononcée en allemand à Düsseldorf devant la foule, le 6 septembre 1962

Allocution devant les officiers de l'école de guerre allemande prononcée à Hambourg, le 7 septembre 1962

Traduction du discours devant la jeunesse allemande, prononcé en allemand à Ludwigsburg, le 9 septembre 1962

Traité de l'Elysée (22 janvier 1963)
Bibliographie franco-allemande

Biographie de Konrad Adenauer

Chronologie des relations franco-allemandes
 

Précisant sa pensée, il va jusqu'à parler, le 2 décembre, de « traités ». S'il se contente d'évoquer « des accords spéciaux », le général de Gaulle reprend l'idée lors de la conférence plénière où il souligne la nécessité de « définir une méthode pour régulariser à l'avenir la coopération entre la France et l'Allemagne », formulation sans doute très vague mais qui n'en signifie pas moins qu'une étape vient d'être franchie. Si le cap est fixé, le chemin pour parvenir au traité franco-allemand de janvier 1963 ne suit pas un tracé rectiligne. Lors de leur rencontre de Rambouillet, les 29 et 30 juillet 1960, le général de Gaulle et Konrad Adenauer définissent la méthode. Comme le Général l'explique dans la note remise le 30 juillet au Chancelier, il s'agit de bâtir d'abord l'entente franco-allemande ; c'est ensuite autour de ce noyau que l'Europe s'organisera « par elle-même et pour elle-même ». Ce n'est pas une organisation essentiellement bilatérale que nous prévoyons, ajoute-t-il lors de la réunion plénière, mais à sa base, il y aura l'accord franco-allemand. Ce programme reçoit l'adhésion du Chancelier. Pourtant, il a tenté de faire ajouter au texte une phrase sur la coopération entre l'Europe et les Etats-Unis. En vain certes, mais c'est dire qu'il risque d'être réceptif à toute pression américaine, d'autant qu'au sein même de son gouvernement, des voix discordantes se font entendre.

Jusqu'à son ministre des Affaires étrangères, le fidèle von Brentano, qui émet des réserves. Dans ces conditions, la lettre du président Eisenhower en date du 6 octobre menaçant de retirer les troupes américaines d'Europe en cas de modifications des structures de l'OTAN ne peut que troubler le Chancelier et l'inciter à la prudence. Au surplus, le lancement du programme nucléaire français, avec l'explosion de la première bombe atomique, le 13 février à Reggane, puis plusieurs déclarations françaises dans le sens de l'indépendance nationale ne sont pas sans provoquer son irritation. Ces divergences n'empêchent pourtant pas de progresser. S'il se montre attentif au maintien d'un lien fort entre les Etats-Unis et l'Europe occidentale, Adenauer n'en est pas moins sensible aux incertitudes de la position américaine qui, loin de se résorber, s'épaississent. Quelle sera la politique du nouveau Président, John E Kennedy, qui prend ses fonctions en janvier 1961 ? Pis, après que le début de la construction du Mur de Berlin, le 13 août, a relancé la question berlinoise, la diplomatie allemande redoute que Washington ne choisisse de négocier un compromis avec Moscou. Devant ces incertitudes, Allemands et Français se mettent d'accord pour tenter de définir les termes d'une coopération politique avec leurs autres partenaires du Marché commun.

C'est l'origine du plan Fouchet qui va occuper la scène des prochains mois. Adoptée le 9 février, lors d'un tête-à-tête entre de Gaulle et Adenauer à Paris, à la veille d'une conférence des Six, cette ligne est confirmée le 20 mai à Rhöndorf où le Chancelier reçoit le Général dans le havre de sa maison familiale. Dans un premier temps, on cherchera à s'entendre à six. Mais, en cas d'échec, on en reviendra à l'option d'un accord à deux. Français et Allemands vont alors de l'avant, avec l'espoir d'entraîner les autres dans leur sillage. L'échec du Plan Fouchet, consommé durant l'été 1962, libère la voie à l'option d'un accord bilatéral. Il faut toutefois encore plusieurs rencontres, entretiens et échanges pour que celui-ci prenne corps. Le voyage du chancelier Adenauer en France, du 2 au 8 juillet, permet de relancer la discussion. Celle-ci est remise en perspective, le 5 juillet, lorsque le Général pose, en séance plénière, la question au Chancelier : « La République fédérale accepterait-elle de conclure une Union politique qui serait en fait, et par la force des choses, limitée à deux ? »La réponse de Konrad Adenauer est claire : « Oui, nous serions prêts à accepter une Union restreinte en laissant la place ouverte aux autres membres ». Il n'est pourtant pas encore question d'un traité. Quand, durant le voyage triomphal du général de Gaulle en République fédérale du 4 au 9 septembre, Konrad Adenauer demande à son hôte que cet accord prenne la forme d'un acte écrit, celui-ci ne va pas au-delà d'un mémorandum « qui reprendrait ce qui s'était dit ».

Sur cette base, Paris adresse à Bonn, dès le 18 septembre, un projet de mémorandum qui développe déjà les idées-force du futur traité : coordination des politiques étrangères, coopération en matière de défense, harmonisation en matière d'éducation et échange de jeunes. Mais si, de toute évidence, la diplomatie française a entrepris d'accélérer le processus, cet accord ne doit toujours pas s'inscrire dans le cadre d'un traité. En date du 18 novembre - un délai déjà en lui-même significatif -, la réponse allemande laisse apparaître une gêne puisqu'au souhait d'une coopération dans le domaine de la défense, on oppose la nécessité d'une stratégie commune à l'ensemble de l'OTAN. Des entretiens à Paris entre les deux ministres des Affaires étrangères, MM. Couve de Murville et Schröder, permettent de rapprocher les points de vue, sans pour autant éliminer les divergences entre les partis. Pour finaliser l'accord, le principe d'une visite du Chancelier à Paris, les 21 et 22 janvier, est arrêté. On y mettra la dernière main à un « procès-verbal« et à un communiqué « qui ferait connaître les grandes lignes de l'accord ». Le travail est préparé les semaines suivantes par les diplomates et les hauts fonctionnaires des deux parties. Lorsque le général de Gaulle et Konrad Adenauer se retrouvent le 21 janvier, il reste, en dehors de quelques points mineurs, à décider la forme de l'accord. La veille au soir, Jean Monnet, inspiré par d'autres intérêts, a tenté de dissuader le Chancelier de conclure.

En vain. C'est seulement en ouvrant la séance plénière dans l'après-midi du 22, que le général de Gaulle met fin à l'incertitude l'accord prendra la forme d'un traité. Au lendemain des accords de Nassau, de la conférence de presse du 14 janvier où la porte du Marché commun a été provisoirement fermée au Royaume-Uni, il s'agit de lui donner une solennité à la mesure de l'événement. Après quoi, le traité est signé, à 19 heures, devant les caméras et les objectifs. Le général de Gaulle est-il donc le père de ce « couple franco-allemand »dont on nous célèbre journellement les vertus. A voir ! Car c'est oublier la suite. Le lobby atlantiste, dont jean Monnet avait été le porte-parole, va s'employer à édulcorer le traité. Contre le voeu du Chancelier, le Bundestag vote bientôt un préambule au traité qui, en rappelant la fidélité indéfectible de la République fédérale à l'Alliance atlantique en réduit la portée et l'empêche tout simplement de devenir ce qu'il devait être dans la pensée du général de Gaulle : l'instrument d'une Europe européenne. Le détournement de son oeuvre ne sera pas étranger à la tristesse de sa fin de règne. Quant au Général, il ne tarde pas à tirer la leçon de cette occasion manquée : le traité franco-allemand n'est bientôt plus pour lui qu'une « aimable virtualité ».

Article paru dans « Espoir », n°116, octobre 1998


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