
L’expédition de Bonaparte a participé de la constitution d’un
art « orientaliste », en faisant mieux connaître l’Égypte, et en
fournissant ainsi de nouveaux sujets de rêve et
d’émerveillement tant aux écrivains qu’aux peintres. La
lumière si particulière du pays, ses coloris vifs, ses cieux
limpides sont largement traduits dans la peinture du XIXe
siècle, qui cherche à mêler un exotisme dépaysant à
l’évocation des gloires passées. Bonaparte, sous le nom de
Bounaberdi, ainsi que le raconte Théophile Gautier, est
devenu le sujet de légendes merveilleuses que l’Arabe
conteur se plaît à déclamer sous la tente... Et si les origines
du goût pour cet exotisme sont à porter à l’actif des
nombreux voyageurs qui sillonnent le pays, il ne faut pas
oublier que la Description de l’Égypte a considérablement
fait croître l’intérêt des Occidentaux du XIXe siècle pour l’art
islamique, qui constitue l’une des composantes majeures de
l’orientalisme.
Bien que, dès l’expédition, certains, comme
Jean-Joseph Marcel, aient commencé à constituer une
collection d’art islamique, c’est de la premièremoitié du XIXe
siècle que l’on peut dater le début de la reconnaissance des
arts de l’Islam. L’architecte Pascal Coste et l’ingénieur Prisse
d’Avennes se passionnent pour l’architecture et publient des
ouvrages remarquablement illustrés. Le premier réside en
Egypte de 1817 à 1827 et effectue de nombreux croquis ; le
second, au service de Méhémet Ali comme ingénieur civil et
hydrographe de 1827 à 1844. Il reviendra entre 1858 et 1860
pour faire photographier les monuments du Caire. Des
collectionneurs commencent eux aussi à s’intéresser à cet
art. De telles collections, constituées tant en France qu’en
Égypte, commencent à être présentées au public dans le
cadre de l’Exposition universelle de 1867, puis lors de celle de
1878 dans la galerie orientale du Trocadéro. Cet intérêt
renouvelé, joint à une plus large visibilité de ces objets, va
offrir aux arts décoratifs français l’occasion de puiser à cette
nouvelle source d’inspiration.