15 % des 11-18 ans vont très mal 

 Les manifestations de la souffrance psychique 

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 Xavier Pommereau, Centre Abadie, Bordeaux 

 Marie-Catherine Chikh, Fil Santé Jeunes 

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Les manifestations de la souffrance psychique

Ils sont donc 15 % des adolescents à présenter des signes tangibles de souffrance psychique s'exprimant à travers des troubles et/ou des comportements variés.  Ces manifestations recouvrent un vaste champ s'étendant des plaintes somatiques diverses à des comportements dont l'issue peut être fatale :
- les deux premières causes de mortalité chez les moins de 25 ans sont les accidents de la route et les suicides ;
- 5 % des anorexiques meurent chaque année des conséquences de leur comportement alimentaire pathologique ;
- l'usage précoce et régulier de tabac, d'alcool et d'autres drogues (notamment le cannabis et, de manière croissante, l'ecstasy) expose les jeunes à des risques d'accident plus fréquents et, à moyen terme, à des répercussions somato-psychiques graves ;
- d'autres conduites à risque mènent à l'IVG, aux maladies sexuellement transmissibles, à la désinsertion scolaire ou professionnelle, aux violences agies, etc. La plupart de ces troubles auront à l'âge adulte des conséquences qui dépendent largement de la précocité du diagnostic et des modalités thérapeutiques entreprises.

Dans son rapport sur les adolescents en danger, la Défenseure des enfants Dominique Versini a tenté d’identifier les "facettes multiples et inquiétantes" de la souffrance psychique des adolescents.  Elle y distingue des manifestations bien connues et d’autres, nouvelles et alarmantes, qui concernent notamment des adolescents de plus en plus jeunes.

- Suicide et tentatives de suicide
Le suicide demeure la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans en France (1). Le nombre de tentatives de suicide - 40 000 par an - est particulièrement élevé et il représente un quart des tentatives effectuées dans l’ensemble de la population. Celles-ci sont beaucoup plus fréquentes chez les jeunes filles mais les taux de décès féminins sont nettement inférieurs à ceux des décès masculins : pour 160 tentatives chez les filles de moins de 25 ans on dénombre un décès, mais on compte un décès pour 5 tentatives chez les garçons du même âge. Par ailleurs, les jeunes homosexuels présentent des risques accrus de faire des tentatives de suicide. "Les chiffres des suicides sont globalement sous-estimés autant chez les jeunes que dans la population générale", souligne Dominique Versini. Un constat d’autant plus accablant que l’absence de prise en compte du premier geste par l’entourage du jeune constitue un facteur évident de récidive.

- Polyaddiction : alcool, tabac, cannabis
La polyaddiction de ces trois substances a doublé en dix ans, passant de 17 % en 1997 à 34 % en 2007. Elle paraît démarrer à la fin du collège et une polyconsommation accrue est relevée chez les lycéens scolarisés en lycée professionnel.

- Consommation de cannabis
Première substance illicite consommée, le cannabis est aujourd’hui totalement banalisé et, parmi les pays européens, la France affiche une des consommations les plus élevées chez les jeunes. Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, l’expérimentation du cannabis progresse rapidement entre 12 et 18 ans. Très faible entre 12 et 13 ans, elle augmente rapidement à partir de 14 ans. Parmi les jeunes scolarisés âgés de 15-16 ans, 38 % déclarent avoir déjà expérimenté le cannabis ; à 18 ans, un sur deux en a déjà consommé une fois et plus d’un sur cinq (22 %) fume au moins une fois par mois. Bien entendu, l’usage répété de cette substance aboutit au développement de pathologies mentales chez les plus fragiles. Ainsi, indique le rapport Versini, "les psychiatres relèvent une véritable épidémie de bouffées délirantes consécutives à une consommation très élevée de cannabis". Si ces troubles disparaissent à l’issue de soins adaptés, il reste que beaucoup de jeunes connaissent ces phénomènes mais ne se soignent pas. 


(1) Toutefois, entre 1993 et 2004, le nombre de décès par suicide a baissé de 36 %, passant de 966 à 621, selon les chiffres de l’Inserm présentés par l’Union nationale pour la prévention du suicide en 2007.


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