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Les manifestations de la souffrance psychique (suite)
- Les troubles des comportements alimentaires
En nette augmentation, les troubles des comportements alimentaires, qui concernent majoritairement les filles, désignent d’une part l’anorexie en tant que pathologie psychiatrique, et d’autre part les comportements alimentaires anorexiques. Là aussi, le contexte culturel actuel (valorisation de la minceur) joue un rôle essentiel.
Initié dans le milieu de la mode, un code éthique concernant l’âge et le poids minimum des mannequins a vu le jour en 2007. Et en avril 2008, le ministère de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative a élaboré une "charte d’engagement volontaire sur l’image du corps" signée avec les professionnels de la communication, des médias, des champs de la mode et de la beauté.
Malgré ces salutaires prises de conscience, les troubles des comportements alimentaires chez les jeunes constituent un phénomène inquiétant : ainsi, près d’un jeune sur six a des comportements alimentaires anarchiques. Or ceux-ci sont révélateurs d’un mal-être général chez l’adolescent : mésestime de soi, anxiété, dépression et moins bonne santé générale. En outre, plus de 12% des 11-15 ans présentent un surpoids et plus de 3% sont déjà obèses.
- Le décrochage scolaire et l’absentéisme
S’il y a toujours eu des élèves absents, on constate depuis une dizaine d’années qu’un nombre croissant d’adolescents prennent leurs distances avec l’école : ils "décrochent ", s’éloignent progressivement de l’institution scolaire. D’abord cantonné aux lycées (notamment professionnels), le décrochage commence à toucher aussi les collèges. "Manque de réussite scolaire, sentiment de dévalorisation et perte de motivation, l’un renforçant l’autre, expliquent largement cet abandon progressif de l’école", note Dominique Versini.
- Une montée indiscutable de la violence
Les violences physiques infligées à soi-même (coupures, brûlures, scarifications) constituent fréquemment un signe d’alerte avant une tentative de suicide. Les scarifications, surtout fréquentes chez les filles, sont la forme la plus courante de blessure corporelle délibérée d'un adolescent en souffrance. Tout en le soulageant, elles lui permettent de se libérer d’une tension intérieure, d’un sentiment d’enfermement.
Autre forme de violence, les bagarres, brimades et jeux violents font véritablement partie de l’univers des adolescents et leur impact dans le milieu scolaire serait, semble-t-il, largement sous-estimé.
Les jeux dangereux et les jeux violents sont aussi une pratique en constante augmentation. Parmi eux figurent les jeux de non oxygénation (jeu du foulard, rêve bleu, jeu de la tomate…), mais aussi les jeux d’agression, dont l’objectif est d’humilier et de frapper l’un des joueurs.
En septembre 2007, une enquête Sofres-SOS Benjamin a estimé qu’un million d’enfants de 7 à 17 ans aurait un jour ou l’autre joué au moins une fois à l’un de ces jeux dangereux. 15 % des enfants n’associent pas ces pratiques à un danger. Ces jeux sont pratiqués à l’école (73 %), dans les quartiers (46 %), mais aussi à la maison (16 %) et en colonie (14 %).
Enfin, le " happy slapping " pratiqué par les collégiens et les lycéens, consiste à filmer une agression via un téléphone portable puis à diffuser ces images notamment sur internet. Depuis la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance, ces actes - perpétrer des violences, enregistrer et diffuser des images de violence - sont punis par la loi.
- Une nouvelle addiction, la cyberdépendance
Phénomène relativement nouveau, la cyberdépendance ne concerne qu’une infime minorité de jeunes, pour qui le remplacement du réel par le virtuel constitue la seule manière de vivre. Dans les cas extrêmes, elle entraîne une rupture du lien social. Encore mal connue, "cette dépendance s’installerait en compensation d’un manque ou d’un mal-être ressenti, ce qui peut être particulièrement vif à l’adolescence" (Dominique Versini).
- Les blogs, journal intime à ciel ouvert
A en croire le psychologue Michael Stora, fondateur de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines, seuls "2 à 3 % des blogs sont réellement inquiétants". Dans son rapport 2007, la Défenseure des enfants Dominique Versini a cependant fait le choix d’évoquer ces formes d’expression parmi les manifestations possibles de la souffrance psychique des jeunes. "Les textes abordent tous les thèmes même les plus intimes, la sexualité, le mal-être, des confidences violentes ou morbides peuvent être exposés avec une grande précision et susciter fascination et inquiétude chez le lecteur", souligne-t-elle. Quant à la question de savoir s’il s’agit d’un jeu, d’une provocation ou d’une intention réelle, elle reste ouverte.
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