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Interview : Xavier Pommereau
Médecin psychiatre et directeur du Pôle aquitain de l'adolescent au centre Abadie, au CHU de Bordeaux.

"Les jeunes ne sont pas assez reconnus dans nos pays comme des acteurs à part entière, à qui on confie des projets"

En quoi la structure que vous dirigez se distingue-t-elle des autres Maisons des adolescents ?

Le pôle comporte quatre services : trois services d'hospitalisation et un département de consultation polyvalent, avec des psychologues mais aussi des gynécologues, dermatologues, pédiatres, avocats... Les trois services d'hospitalisation sont : un service pour les pré-ados, entre 8 et 13 ans, ce qui est très rare dans ce type de structure ; un service pour les jeunes présentant des troubles graves du comportement alimentaire, comme l'anorexie mentale et la boulimie ; enfin nous avons un troisième service avec 15 lits, pour accueillir des adolescents suicidaires au sens large : soit des jeunes ayant fait des tentatives de suicide, soit des jeunes qui se sont mis en danger de diverses manières en se signalant par des conduites à risque, et qui nous sont adressés en prévention. Il est rare de pouvoir hospitaliser des jeunes dans des services distincts, avec dans chaque unité une équipe spécialisée, multidisciplinaire, tout cela hors de l'hôpital psychiatrique et selon des modalités d'hospitalisation basées sur l'acceptation. Personne n'est accepté ici contre son gré, nous travaillons dans l'alliance et non la contrainte.

Chronologiquement, comment s'est développé le Pôle aquitain de l'adolescent ?

Nous avons ouvert l'unité pour les jeunes suicidaires en 1992 ; puis nous avons élargi : en 2000, ouverture de l'unité pour les troubles alimentaires ; en 2001, ouverture de celle pour les pré-ados ; et en 2002, nous avons vraiment donné au Pôle aquitain son aspect actuel.

Combien de patients pouvez-vous accueillir ?

Au total, 33 ados en hospitalisation à temps complet, nuit et jour ; en parallèle, nous pouvons accueillir 15 patients en hôpital de jour ; et en consultation, 200 à 300 patients par mois.

Qu'est-ce qui vous a incité à créer un service dédié aux 8-13 ans ?

On assiste actuellement à un rajeunissement de la population en souffrance, qui se signale par des premiers troubles graves dès l'âge de 13/14 ans. Quand j'ai ouvert en 1992 l'unité pour les jeunes suicidaires, la moyenne d'âge était de 17 ans. Il s'agissait surtout de jeunes lycéens ayant fait des tentatives de suicide. A l'heure actuelle, la moitié de ce service est représentée par des jeunes de moins de 15 ans. Et cette tendance est générale. Avant, à 13 ans, on avait le plus souvent des jeunes issus de milieux très défavorisés qui pétaient un câble parce qu'on les surprenait en train de faire un shoot dans une cave... Les tableaux étaient extrêmement typés. Maintenant, nous recevons des ados issus de tous les milieux sociaux. Pas seulement des milieux défavorisés ni de l'immigration. J'insiste, car les clichés sur le sujet sont tellement durables. La souffrance et le vrillage de l'adolescence peuvent vraiment concerner tout le monde.


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