Manifestations urbaines et commerciales, les foires d'Europe rassemblent, depuis le Moyen Age, marchands ambulants, changeurs, mais aussi artistes : acrobates, marionnettistes, dompteurs, musiciens. Battant leur plein au XVIIe siècle, elles acquièrent une véritable dimension ludique et festive. Les comédiens érigent des loges en bois, facilement démontables, pour s'y produire. Les banquistes et danseurs de corde y travaillent en palc, puis devant les théâtres de foire. Le visiteur assiste aux prestations désordonnées des saltimbanques et aux facéties de nombreux charlatans. Mais les artistes forains ont fort à faire avec les différents privilèges royaux. Ainsi ceux conférant à l'Opéra de Paris le monopole du chant et de la danse, et à la Comédie-Française celui du jeu théâtral. En se développant, les petits théâtres de foire font concurrence aux établissements officiels qui déclenchent, en 1698, la "guerre comique". Malgré les procès, les fermetures et les démolitions, les forains passent outre ou contournent ingénieusement les défenses de dialoguer, chanter et jouer. Très populaires, ils emportent l'intérêt du public et deviennent finalement, avec leurs parades, la meilleure publicité pour les spectacles joués en salle.
Originaires d'une province du Pakistan, le Sind, les Romanis fuient l'intolérance de la société indienne du XIe siècle. Ils traversent l'Europe, toujours en butte aux préjugés et aux persécutions, mais préservent, de siècle en siècle, leur langue et leurs coutumes. Hommes libres et nomades, ils gardent aussi intacte leur haine du paysan (cadjo), ce sédentaire dont le Romanichel (rabouin) vole volontiers les poules (krani) pour faire bouillir sa marmite. Ils sont vanniers, forgerons ou maquignons ; musiciens, jongleurs, dresseurs d'animaux ou diseurs de bonne aventure (drabarni). De foire en foire, ils commercent ou mendient l'argent revenant aux hommes de la tribu (les morés). Pendant la morte-saison, on les dit "pêcheurs de poules" (prises à l'hameçon) ou maquilleurs de chevaux volés. A cause de cette réputation, certains leur contestent l'identité de banquiste (ou forain, terme plus contemporain). Dans ses mémoires (Seventy Years a Showman), George Sanger (1827-1911) témoigne que forains et Gypsies ne partagent pas le même campement ni les mêmes activités et, en 1947, dans sa Merveilleuse histoire du cirque, Henry Thétard s'appuie sur le récit du banquiste anglais et les dires d'une directrice de théâtre forain, pour refuser aux Romanis, objets de fréquentes persécutions, une contribution à l'histoire du cirque. Certaines dynasties du cirque sont issues des Romanis : Renz, Knebel, Lee et Bouglione dont l'arrière-petit-fils, Alexandre Romanès, est aujourd'hui directeur d'un cirque réputé. Article rédigé par Thierry Voisin pour le magazine Textes et Documents pour la classe n° 819 du 1er septembre 2001. |