Crise financiere 2007-2008 : les raisons du desordre mondial, Questions au Professeur Claude Dupuy
 
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Questions au Professeur Claude Dupuy
Claude Dupuy est professeur de sciences économiques à l’Université Bordeaux 4 (Gretha UMR CNRS 5113).
Entretien réalisé en novembre 2008

Pouvez-vous nous rappeler brièvement ce qui s’est passé depuis l’été 2007 ?

© Claude Dupuy

On est passé, par phases successives, d’une crise limitée (dite des subprimes) à une crise systémique plus générale du système bancaire et financier mondial.

La première phase de la crise est bien connue car très décrite dans la presse. Il s’agit de l’émission de titres liés à la dette immobilière des ménages américains (CDO ou Collaterized Debt Obligations et CDS ou credit default swap). Ceux-ci ont été émis par les institutions financières pour couvrir les risques liés aux emprunts à taux variables, qui représentaient 91,6 % des crédits immobiliers aux États-Unis en 2006.

Des instruments financiers « innovants » ont été popularisés depuis la fin des années 90, notamment le prêt hypothécaire à taux révisable ARM avec un taux initial (teaser) inférieur au marché les deux premières années. Au bout des deux ans, au moment où s’applique le taux élevé, l’hypothèque pourrait être refinancée grâce à la valeur du bien, permettant au préteur de prélever des frais supplémentaires. De fait, ce type de prêt se retourne contre l’acheteur lorsque les prix s’effondrent de façon systémique comme c’est le cas depuis deux ans. D’autres prêts ont aussi ciblé des populations non solvables comme les Alt-A surnommés « prêts pour menteurs » et parfois nommés Ninja (No Job, No Income, No Assets).

Pourquoi les banques et toutes les sociétés de courtage en prêts ont-elles engendré cette spéculation ? Tout simplement parce qu’elles avaient la possibilité de se débarrasser des dettes en les titrisant. Elles émettaient des obligations découpées en plusieurs tranches (CDO). Les tranches supérieures avaient une liquidité maximale (notée AAA par les agences de notation) et les tranches inférieures supportaient tous les risques mais avaient un fort rendement. On comprend aujourd’hui le caractère toxique de ce genre de produits lorsque l’on se trouve face à une crise systémique. En fait, il s’agit de transferts de risques dans la profession de la finance : les prêts octroyés par les courtiers étaient confiés temporairement à des banques « hypothécaires » sous-capitalisées puis revendues en bloc à des banques d’investissement (d’où les problèmes de Lehman Brothers) qui les restructuraient et les vendaient à des investisseurs institutionnels (après notation). De fait, à chaque étape les intervenants de cette chaîne de « valeur » étaient motivés par les gains liés aux frais bancaires. Cette titrisation à outrance a conduit au développement de nombreuses autres innovations (dont les fameux CDS). L’émergence de ces contrats dérivés sur défauts de crédit est l’innovation majeure de ces dernières années. Ils représentaient en 2005 (selon George Soros) 42 600 milliards de dollars soit l’équivalent du patrimoine immobilier privé américain (contre 18 500 milliards à la capitalisation boursière et 4 500 milliards aux valeurs du Trésor américain). L’ampleur du problème montre bien que nous sommes face à la plus grande crise du système capitaliste.


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