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Questions au Professeur Claude Dupuy
Claude Dupuy est professeur de sciences économiques à l’Université Bordeaux 4 (Gretha UMR CNRS 5113).
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La croissance américaine des dernières années est fondée sur la croyance en un effet de richesse positif lié à l’accroissement de valeur du patrimoine immobilier. Nous sommes donc, comme en 1929, face à une crise qui touche conjointement la finance et les modes de répartition de la richesse. Les ménages sont touchés aujourd’hui par un effet de richesse négatif qui aura un impact sur la demande solvable dans tous les pays qui ont développé un capitalisme de marché financier. Comme le relève Jacques Sapir dans un très intéressant article paru dans la Revue de la régulation (n° 3, 2e sem. 2008), les pays les plus endettés ne sont pas ceux que l’on croit. La crise devrait être très difficile pour les pays qui ont mis en pratique le modèle anglo-saxon (Royaume-Uni, Espagne, Australie...) et, peut-être, faire le bonheur de pays qui ont limité la financiarisation de leur économie (comme le Japon). En ce sens, nous assistons peut-être au basculement géo-économique du monde vers l’Asie.
Cette crise ne met-elle pas en évidence l’insuffisance des garde-fous mis en place ?
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| © Corbis |
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J’aime bien le terme « garde-fous », qui s’applique bien dans le cas présent. La croyance en la liquidité s’est accompagnée d’une folie collective : la croyance en l’auto-régulation (« le marché doit s’occuper du marché »). Cette croyance a conduit à l’émergence d’un « petit monde » sûr de sa puissance qui a imposé ses propres règles de fonctionnement au reste de la planète. Dans son très bel ouvrage, Le nouveau mur de l’argent (2006), François Morin dénonçait, bien avant la crise actuelle, cette autonomisation de la sphère financière et proposait quelques pistes de régulation internationale. Les réformes qui se sont succédé depuis 1999 n’ont été que parcellaires (nouvelle architecture financière, réforme du contrôle prudentiel, réforme de Bâle II, réforme comptable, loi Sarbanes-Oxley).
Les difficultés actuelles des gouvernements à endiguer la crise illustrent aussi le caractère illusoire des tentatives nationales à endiguer une crise qui touche les bases d’un mode d’accumulation globalisé. En effet, tous les acteurs de la finance mondiale sont touchés du fait de leur imbrication, chaque État essaie d’endiguer la chute de ses acteurs nationaux (Fortis, Hypo Real State, Natixis…). Il s’agit d’un véritable défi politique, qui vise à recomposer la finance internationale sur des bases plus régulées au niveau international comme le monde a su le faire en 1944 avec les accords de Bretton-Woods. La piste d’un régulateur mondial qui pourrait être un FMI abandonnant son crédo auto-régulateur, est une voie à suivre, à condition de le doter de pouvoirs importants. C’est tout l’enjeu des différents sommets qui se préparent sous impulsion européenne.
La crise que nous vivons n’est pas due à un petit nombre de personnes irresponsables (les traders), ni à une insuffisance de réglementation (ou de transparence). C’est une crise globale qui touche l’élément essentiel de la cohésion mondiale : les inégalités. Il faudrait donc aussi revoir les bases de la répartition, en remettant le travail et l’épargne au cœur du développement économique.
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