L'essentiel de ce qu'il faut savoir sur le sujet de la vidéo que vous avez visionnée : une remise en contexte, des clés pour comprendre, quelques chiffres et les points qui font débat. Bonne lecture !
Jeanne vit dans un pavillon de banlieue avec sa mère Louise. Louise gagne sa vie en gardant des enfants. Jeanne, sans trop de conviction, cherche un emploi.
Un jour, en lisant une annonce sur le net, Louise croit que le destin frappe à sa porte. Elle nourrit l'espoir de faire engager sa fille chez Samuel Bleistein, un avocat de renom qu'elle a connu dans sa jeunesse.
L'univers de Jeanne et celui de Bleistein sont à des années lumières de distance... Pourtant, ils vont se rencontrer à cause d'un mensonge inouï que Jeanne va échaffauder.
Le film est l'histoire de ce mensonge qui va devenir le fait divers le plus médiatisé et le plus politisé de ces dernières années.
Le 9 juillet 2004, Marie-Léonie Leblanc, une jeune femme de 23 ans, porte plainte au commissariat en affirmant avoir été victime avec son bébé d’une agression antisémite dans le RER. Six jeunes gens, l'ayant pris pour une juive (parce qu’elle habite dans le seizième arrondissement de Paris), lui auraient lacéré les vêtements, coupé des cheveux et dessiné sur le ventre des croix gammées au feutre noir.
L’affaire est rapidement médiatisée et inspire une série de réactions horrifiées et de déclarations solennelles de la part des hommes politiques (le président de la République Jacques Chirac parle de son « effroi »), des intellectuels, des associations… avant que l’on ne se rende compte, quelques jours après, que la jeune femme a tout affabulé.
Le film d’André Téchiné s’inspire de ce fait divers, via l’adaptation de la pièce RER, de Jean-Marie Besset. Dans son carton final il précise que « les personnages sont totalement fictifs, seul le point de départ de l'histoire est véridique ».
Les « faits divers » ont toujours fasciné les artistes, cinéastes ou romanciers : que l’on pense à l’affaire Jean-Claude Romand qui inspira un roman (L’Adversaire d’Emmanuel Carrère) et deux films (L’Adversaire de Nicole Garcia, adaptation du roman, et L’Emploi du temps de Laurent Cantet), ou aux Etats-Unis à la tuerie de Columbine (cf les films Bowling for Columbine de Michael Moore et Elephant de Gus Van Sant). En 1830, Stendhal s’inspire également d’un fait divers survenu dans sa région, l’affaire Berthet, pour écrire Le Rouge et le Noir.
Le « fait divers » est une catégorie journalistique : on appelle ainsi un type d'évènements qui n’est classable dans aucune des rubriques qui composent habituellement un média d'actualité (international, national, politique, économie, etc.). Mais quand il fascine les artistes, c’est qu’il révèle l’inconscient d’une société ou d’une période. Pour André Téchiné, cette affaire est ainsi « le miroir de toutes les peurs françaises ».
Marie-Léonie Leblanc sera condamnée à quatre mois de prison avec sursis. Dans le film, un des personnages (l’avocat Bleistein joué par Michel Blanc) pointe toutefois la responsabilité des médias et des hommes politiques « qui ont délibérément fabriqué cette affaire du RER », sur la base d'un dossier judiciaire vide.