L'essentiel de ce qu'il faut savoir sur le sujet de la vidéo que vous avez visionnée : une remise en contexte, des clés pour comprendre et les points qui font débat. Bonne lecture !
Hollman Morris, journaliste indépendant colombien, tente difficilement de concilier vie professionnelle et vie de famille, rigueur de l'engagement et craintes pour la sécurité des siens.
À travers son émission de télévision Contravia, il se bat pour dénoncer la barbarie du conflit qui frappe son pays. Mais comme partout où les journalistes subissent des pressions quotidiennes, partout où des hommes et des femmes s'engagent avec passion pour le respect des droits de l'homme, son combat dérange une Colombie qui veut aujourd'hui se vendre comme une destination de vacances. Ses reportages exclusifs ont valu à Hollman Morris honneurs et reconnaissance internationales, mais aussi menaces de mort et intimidations en tout genre dans son propre pays.
Avec Témoin indésirable, Juan José Lozano accompagne Hollman Morris dans sa lutte, ses doutes, ses moments de découragement et de fierté.
Le conflit qui agite la Colombie prend ses racines dans la guerre civile entre libéraux et conservateurs qui ensanglanta le pays entre 1948 et 1957 (les historiens parlent de plusieurs centaines de milliers de morts). La réconciliation entre les deux parties déçut de nombreux groupes armés qui refusèrent de rendre les armes. Dans les années soixante, ils se fédèrent autour de deux guerillas révolutionnaires : les FARC « Fuerzas armadas revolucionarias de Colombia – Ejército del Pueblo », Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple), d’obédience marxiste, et l’ELN (Ejército de Liberación Nacional), très influencée par le guévarisme.
Depuis les années 1960, la Colombie connait ainsi un conflit armé impliquant ces deux guérillas, l’armée gouvernementale, et des groupes paramilitaires d’extrême droite, mis sur pied par les grands propriétaires terriens, comme les Autodéfenses unies de Colombie (AUC) où les Águilas Negras (Aigles Noirs), qui se donnent dans les années 1980 une véritable existence politique.
Sans importance géostratégique ou économique (si ce n’est la lutte contre le trafic de drogue, soutenue par les Etats-Unis), cette guerre perdure dans l’indifférence de la communauté internationale, à peine troublée par le feuilleton de l’enlèvement puis de la libération de la franco-colombienne Ingrid Betancourt.
Malgré son bilan dramatique (près de 200 000 mort en quarante ans, plus de 4 millions de déplacés), et son coût économique (le poste militaire – 6,5% du PIB ! – grève lourdement le budget de la nation), elle est également de plus en plus ignorée de la majorité des Colombiens : elle touche des zones périphériques et rurales, loin des grands bassins de population et des lieux du pouvoir (politique, économique, médiatique).
Témoin indésirable montre ainsi les embûches qui se dressent devant la détermination d’Hollman Morris à couvrir de manière honnête, approfondie et régulière la guerre en cours. Les atrocités ont généralement lieu dans des endroits reculés, loin des regards et difficiles d’accès ; victimes ou témoins ont des réticences à témoigner, craignant à juste titre les représailles. Mais le journaliste se heurte également à une forme insidieuse, mais particulièrement puissante, de censure, à la fois politique (le président libéral Alvaro Uribe, élu puis réélu en 2006 (au premier tour avec plus de 60 % des voix) sur sa promesse d’éradiquer militairement les guérillas, cherche à minimiser la réalité du conflit) et économique.