Frédéric Samuel
Frédéric Samuel est enseignant d'histoire-géographie dans un collège de Charente-Maritime. Ces dix dernières années, il a coordonné plusieurs projets d’échanges dans son établissement. Il vient de participer à une formation continue.
En quoi consistait la formation continue que vous avez suivie ?
Dans le cadre du programme Comenius, j'ai obtenu une bourse de formation professionnelle qui m'a permis d'accéder à un séminaire appelé "Tracing back Europe : from Thessaloniki to Istanbul".
Ce séminaire était organisé par un centre de formation pédagogique hollandais (ECNO).
Le programme auquel j'ai participé, dénommé CHAIN*, regroupe un certain nombre d’initiatives dans le domaine de l’éducation au patrimoine européen. Je suis donc directement concerné en tant que professeur d'histoire-géographie.
Le cours proposait une approche historique des origines de l'Europe. L'objectif était de partager des points du vue sur l'Antiquité et sur l'imbrication des cultures européennes et asiatiques, dont est vraiment issue l'Europe d'aujourd'hui et tout ce qui constitue notre culture.
Comment s'est déroulée cette formation ?
Nous étions 19 participants, venant de France, Finlande, Norvège, Belgique, Roumanie, Espagne, Italie, Portugal et Royaume-Uni. Des enseignants de latin, de grec, de lettres, d'histoire-géographie…
La formation a duré 10 jours. Chaque cours était un atelier de travail sur le terrain.
Nous sommes partis de Thessalonique, en Grèce, et nous sommes remontés vers le nord jusqu'au détroit de Dardanelles, puis nous avons fait le tour de la mer de Marmara et sommes revenus à Istanbul. Nous avons ainsi travaillé sur de nombreux sites antiques, voyageant de l'Antiquité jusqu'au Moyen Âge. Un périple physique et très passionnant !
En amont, sur un site web proposé par l'organisateur, nous devions produire des articles. Ensuite, sur place, nous avions pour mission de faire un travail de terrain de façon à produire de nouveaux documents, plus originaux, en atelier et par binôme. Les participants imaginaient ce qu'ils pourraient raconter sur ce qu'ils venaient d'observer. Et l'outil avait beau être le même, les modes de pensée ou les approches n'avaient rien à voir !
Nous avons aussi étudié les textes anciens : Shakespeare, Ovide, Héraclite... Nous déclamions quelques vers pour ajouter un peu d'émotion !
L'anglais était-il une barrière ?
Tout se passait en anglais. Le niveau était variable, parfois très bon, parfois moyen, comme le mien, mais toujours suffisant pour pouvoir avoir une trame, se comprendre et échanger.
La langue n'est pas une barrière. Bien au contraire, elle incite les gens à s'impliquer davantage et à communiquer, d'autant plus que chacun comprend les difficultés de l'autre ! C'est un peu fatigant mais, en fin de journée, on est ravi parce qu'on progresse non seulement dans les étapes du cours mais aussi en anglais.
Que vous a apporté cette expérience ?
Les expériences Comenius sont les meilleurs moments que j'aie pu vivre d'un point de vue professionnel.
Au niveau local, la formation continue en interne reste surtout axée sur le disciplinaire. Pour les professeurs qui ont un peu de bouteille, cela peut servir à faire, de temps en temps, un petit lifting intellectuel sur notre discipline. Mais sur des problèmes de pratique professionnelle, nous n'avons plus tellement besoin de stages en formation continue.
Par contre, au niveau européen, cela devient passionnant. Avec Comenius, on nous propose un outil de rencontres et, en même temps, un espace de travail. Chacun vient avec sa culture propre (il n'est absolument pas question de standardiser) et c'est justement la multiplicité des regards sur un thème commun qui est intéressante.
Et par induction, en ayant bénéficié de ces formations continues, nous aidons nos établissements scolaires à s'ouvrir sur l'Europe. Les formations nous donnent les outils pour construire des projets Comenius dans nos collèges et lycées. (J'ai moi-même déjà déposé un nouveau projet à l'agence Europe-Education-Formation France !) Nous créons un réseau avec d'autres établissements européens. Nous organisons des jumelages, des échanges avec les élèves. La continuité est là.
Le but du jeu est ensuite de travailler ensemble et de produire ensemble. L'expérience est commune. D'où sa richesse. Aussi bien pour les adultes qui suivent de la formation continue que pour les élèves quand les enseignants montent un projet s'adressant à eux. Peu importe l'envergure des projets. Ils peuvent être très simples ; mais, parce qu'il s'agit d'échanges, ils s'avèreront plus riches.
Quels sont les bénéfices pour vos élèves ?
De manière générale, les formations européennes apportent aux enseignants un regard neuf sur l'éducation, et les élèves le ressentent.
Grâce au réseau, nous avons monté des échanges pédagogiques. Nous recevons des étrangers chez nous et nos élèves vont chez eux. Et il n'est pas question de faire un petit tour dans un pays pour voir de jolis monuments. Il s'agit d'être en immersion dans les familles. Le véritable échange est là.
Du point de vue de la pratique, nous ajoutons forcément des petits éléments, tirés des établissements étrangers. Nous tentons des expériences. Par exemple, dans mon collège, nous avons créé un Club Europe : une demi-heure par semaine, les élèves peuvent converser par webcam avec des élèves de Finlande, d'Italie, d'Autriche...
Quant aux contenus, ils sont évidemment enrichis puisque nous pouvons témoigner d'une expérience vécue, avec un support matériel : photos, musique...
Très clairement, cela nous sort du carcan habituel. Après 13 ans de collège, je pourrais facilement ronronner dans mon établissement avec des cours qui tournent. Mais ces projets apportent une richesse, surtout du point de vue de l'humain. Vous allez à la rencontre des gens, vous vous impliquez parce que vous êtes obligés de communiquer. La communication change tout. Chacun en sort grandi, complètement transformé.
Pour conclure, je dirais qu'en 10 ans, ces expériences ont totalement changé ma vie d'enseignant. Elles m'ont apporté du sang neuf.
Propos recueillis en avril 2009.
Agence Europe-Education-Formation France
http://www.europe-education-formation.fr
Le programme hollandais CHAIN
http://www.chain.to
* CHAIN : "Cultural Heritage Activities and Institutes Network" ou "Réseau des instituts et des activités liées à l’héritage culturel" |